‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 190 sur 296 · Var. qu'il ne peut y avoir · texte numérisé non relu

Var. qu'il ne peut y avoir

entreprise. Car au lieu que les objets ne se présentent à nous qu'à demi, si bien que par de secondes réflexions nous avons de nouvelles vues, qui nous font changer très souvent tout l'ordre de nos desseins, les anges, au contraire, dit saint Thomas ('*), embrassent tout leur objet du premier regard avec toutes ses circonstances ; et partant leur résolution est fixe et déterminée. Mais particulièrement celle de Satan est puissamment appliquée à notre ruine. Son esprit entreprenant et audacieux, fortifié par tant de succès, et envenimé par une haine mortelle et invétérée, l'incite jour et nuit contre nous. C'est pourquoi les Ecritures nous le dépeignent comme un ennemi toujours vigilant, qui rôde sans cesse aux environs, pour tâcher de nous dévorer {^'). Lorsque par la grâce de Dieu nous l'avons chassé de nos âmes, c'est alors qu'il s'anime le plus. En voulez-vous une preuve évidente, de la bouche même de Notre-Seigneur? « L'esprit immonde sortant de l'homme va chercher du repos, dit le Fils de Dieu dans son Evangile {"), et n'en trouve pas. » C'est que l'esprit humain est la seule retraite où il semble se rafraîchir, parce que du moins il y contente sa haine. Voyez les fols amoureux du siècle, comme ils sont patients et persévérants dans leurs convoitises brutales ! Or ce vieux adultère, dit saint Augustin (''), n'a point d'autres délices que de corrompre les âmes pudiques : ainsi ne vous étonnez pas si ses poursuites sont opiniâtres. Ayant bien eu l'insolence de traiter d'égal avec Dieu, il croit qu'il ne lui sera pas difficile d'abattre une créature impuissante. Et si, renversé comme il est par le bras de Dieu dans les gouffres éternds (remarquez ce raisonnement, chrétiens), il ne cesse néanmoins par une vaine opiniâtreté de traverser autant qu'il peut les desseins de sa Providence ; s'il se roidit avec tant de fermeté contre Dieu, bien qu'il sache que tous ses efforts seront inutiles ; que n'entreprendra-t-il pas contre nous, dont il a si souvent expérimenté la faiblesse ? Ainsi je vous avertis, mes chers frères, de vous défier toujours de cet ennemi : cjuand mcMiie vous le surmontez, vous ne domptez pas son audace, mais vous en-

a. I Parf., Quœst. LViii, urt. m. — ô. I /VA, V, 8. — c. Lt/i.y xi, ^4. — tf. In Ps. XXXIX, n. I.

Sermons de lîossuet. tj

flammez son indignation : Tmic plurimum accenditur, cum extingiiitnr, dit Tertullien (") : « Quand on l'éteint, c'est alors qu'il s'allume. » Il veut dire que ce superbe, cet audacieux ne croira jamais que vous soyez capable de lui résister ; et plus vous ferez d'efforts, plus il dressera contre vous ses diverses et furieuses machines.

Vous vous imaginez peut-être, fidèles, que s'il est si audacieux, il vous attaquera par la force ouverte. Ah ! qu'il n'en est pas de la sorte ! Il est vrai, c'est l'ordinaire des orgueilleux d'exercer ouvertement leurs inimitiés ; mais l'inimitié de Satan n'est pas d'une nature vulgaire : elle est mêlée d'une noire envie qui le ronge éternellement. Il ne peut souffrir que nous vivions dans l'espérance de la félicité qu'il a perdue, et que Dieu par sa grâce nous égale aux anges; que son Fils se soit revêtu d'une chair humaine pour nous faire des hommes divins. Il enrage, quand il considère que les serviteurs de Jésus, hommes misérables et pécheurs, assis dans des trônes augustes, le jugeront à la fin des siècles avec les anges ses sectateurs. Cette envie le brûle plus que ses flammes. C'est, mes frères, ce qui lui fait embrasser les fraudes et les tromperies ; parce que l'envie, comme vous savez, est une passion froide et obscure, qui ne parvient à ses fins que par de secrètes menées. Et c'est par là que Satan est infiniment redoutable ; ses finesses sont plus à craindre que ses violences. De même qu'une vapeur pestilente se coule au milieu des airs, et, imperceptible à nos sens, inspire (') son venin dans nos cœurs ; ainsi cet esprit malin, par une subtile et insensible contagion, corrompt la pureté de nos âmes. Nous ne nous apercevons pas qu'il agisse en nous, parce qu'il suit le courant de nos inclinations. Il nous pousse et il nous précipite du côté qu'il nous voit pencher : il ne cesse d'enflammer nos premiers désirs, jusqu'à temps que par ses suggestions il les fasse croître en passions violentes. Si nous avons commencé à aimer, de fous il nous rend furieux : si l'avarice nous inquiète, il nous représente un avenir toujours incertain (^), il étonne notre âme timide par des objets de

a. De Pœnit.^ n. 7.

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