‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 202 sur 296 · Var. s'était rendu maître · texte numérisé non relu

Var. s'était rendu maître

2. Les éditeurs citent ici le texte entier, que nous retrouverons ailleurs dans Bossuet; mais l'auteur ne prend ici que les deux mots qui importent à son raisonnement.

Ce m'est déjà une grande joie qu'il m'assure par sa parole qu'il est réconcilié avec moi ; mais combien est-elle plus grande, lorsqu'il me le fait toucher au doigt par les choses mêmes ! Je connais ('), chrétiens, que mon Dieu veut réparer nos dommages, et qu'il n'y a plus pour nous de condamnation, puisque tous les instruments de notre ruine sont tournés miséricordieusement à notre salut. Je reconnais bien ici ce que dit l'Apôtre, que Dieu renouvelle toutes choses en Jésus-Christ. Tout revient par sa grâce à la pureté de la première origine, et je sens qu'on nous remet dans le Paradis, puisqu'on nous donne un nouvel Adam en notre Sauveur, et une nouvelle Eve en la sainte Vierge, et un nouvel arbre en la croix, et un nouveau fruit en l'Eucharistie. Après quoi je ne m'étonne pas si nos Pères, induits par (^) cette belle convenance de choses, ont appelé Marie la nouvelle Eve, c'est-à-dire la mère de tous les vivants.

Par conséquent, fidèles, le Scapulaire n'est pas une marque inutile : vous le portez comme un témoignage visible que vous vous reconnaissez enfants de Marie. Et Marie en effet sera votre mère, si vous vivez en Notre-Seigneur Jésus- Christ. Elle sera Eve, en hébreu (^) vivante. Adam donna ce nom à sa femme, parce qu'elle est la mère de tous les vivants. Ce n'est pas Eve, mes frères, ce n'est pas Eve qui est la mère de tous les vivants : elle est plutôt la mère de tous les morts. Sur quoi saint Epiphane observe très bien qu'elle n'a été appelée mère des vivants, qu'après que sa race a été maudite. Quelle apparence que ce nom lui convienne } Est ce être mère de tous les vivants que d'engendrer tous ses enfants à la mort } Par conséquent, ce n'est pas pour elle que la première Eve reçoit ce titre, c'est en figure de la sainte Vierge, dont Eve nous représente la dignité. C'est donc la sainte Vierge qui est la vraie Eve, la vraie mère de tous les vivants. Vivez, vivez, fidèles, et Marie sera votre mère. Mais vivez de Jésus-Christ et par jÉsus-

\. Èdit. Je suis convaincu. — C'est la variante.

2. Edit. induits par une telle convenance. (Faute de lecture.)

3. Var. c'est-à-dire vivante. — Édit, c'est-.Vdirc en hébreu vivante.

CiiKisT, parce que Marie elle-même n'a de vie qu'en jÉsus- CiiRiST et par Jésus-Ciirist.

Voilà la maternité de la sainte Vierge très solidement établie. Vous voyez qu'il était convenable qu'elle fût mère des chrétiens ; et que tel était le dessein de Dieu, qui nous a été montré dans le Paradis. Mais afin que cette doctrine pénètre plus profondément en vos cœurs, admirez l'exécution de ce grand dessein dans l'Évangile de notre Sauveur, et contemplez comme Jésus -Christ s'associe la sainte Vierge dans la génération que son sang toujours fertile produit à son Père.

SECOND POINT

Saint Jean nous représente en cette action l'universalité des fidèles. Comprenez, s'il vous plaît, ce raisonnement. Tous les autres disciples de mon Sauveur l'ont abandonné ; et Dieu l'a permis de la sorte afin de nous faire entendre qu'il y en a peu qui suivent Jésus-Christ à la croix : donc, tous les autres étant dispersés, la Providence n'a retenu près du Dieu mourant que Jean, le bien-aimé de son cœur. C'est l'unique, c'est le vrai fidèle : car celui-là est vraiment fidèle à Jésus, qui suit Jésus jusqu'à sa croix. Et ainsi cet unique fidèle représente tous les fidèles. Par conséquent, lorsque Jésus-Christ, parlant à sa Mère, lui dit que saint Jean est son fils, ne croyez pas qu'il considère saint Jean comme un homme particulier : il lui donne en la personne de Jean tous ses disciples et tous ses fidèles, tous les héritiers de la nouvelle alliance, et tous les enfants de la croix. De là vient, comme je l'ai remarqué, qu'il l'appelle Femme : il veut dire femme par excellence, femme choisie singulièrement pour être la mère du peuple élu. O femme, dit-il, nouvelle Eve, voilà votre fils ; et lui, et tous les fidèles qu'il représente, ce sont vos enfants. Jean est mon disciple et mon bien-aimé, recevez en sa personne tous les chrétiens, parce que Jean tient la place d'eux tous, et qu'ils sont tous, aussi bien que Jean, mes disciples et mes bien-aimés. C'est ce que le Sauveur veut montrer à sa sainte Mère. Et ce qui me semble le plus remarquable, c'est à la

croix qu'il lui adresse cette parole ('). Ah ! fidèles, ne remarquez-vous pas en ce lieu l'entier accomplissement du mystère que je vous ai prêché aujourd'hui ? C'est à la croix que le Fils de Dieu nous donne la vie et nous régénère à la grâce par la vertu de son sang répandu pour nous. C'est à la croix aussi qu'il enseigne à la très pure Marie qu'elle est la mère de Jean et de ses fidèles : « Femme, voilà ton Fils, » lui dit-il. Et ainsi je vois le nouvel Adam qui, nous engendrant par sa mort, associe la nouvelle Eve, sa sainte Mère, à la chaste et mystérieuse génération des enfants du Nouveau Testament (^)...

1. A la place de cette phrase, les éditeurs donnent celle-ci : « N'en comprenezvous pas la raison? » — C'est une première rédaction (variante). M. Lâchât a renoncé à lire la seconde, qui est en surcharge et très serrée.

2. Inachevé. L'auteur a laissé en blanc une partie de la p. 7, et tout le verso. Il lui était facile de compléter son discours, au moyen de réminiscences empruntées à ses compositions précédentes.

Sermons de Hossuet. fS

^ ^ ter

Sur la DÉVOTION a la

Conclusion d'un sermon perdu. — Ecrite vers 1653.

Deforis a fait de ce fragment la dernière partie du sermon de la Nativité de la sainte Vierge ("), prêché en 1652 (3^ des éditions). La différence de format, d'écriture et d'orthographe, avons-nous dit, accusent ici une interpolation manifeste. Le manque de suite en est une autre preuve. Enfin, ce qui est encore plus décisif, on n'a pu réussir à faire accepter cette finale, substituée à la quatrième considération qui devait conclure le discours, qu'en y faisant une coupure, pour éliminer quatre phrases qui formaient redite avec le corps du sermon.

INTERCÉDEZ pour nous, ô sainte et bienheureuse Marie. Car, comme dit votre dévot saint Bernard {''), quelle autre peut plutôt que vous parler au cœur de Notre- Seigneur Jésus-Christ ? Vous y avez une fidèle correspondance, je veux dire l'amour filial, qui viendra accueillir l'amour maternel et même qui préviendra ses désirs. Et partant, que ne devons-nous point espérer de vos pieuses intercessions ? Certes, fidèles, il n'est pas croyable quelle utilité il nous en revient ; et c'est avec beaucoup de raison que l'Église répandue par toute la terre nous exhorte à nous mettre sous sa protection spéciale. Mais toutefois je ne craindrai point de vous dire que plusieurs se trompent dans la dévotion de la Vierge : plusieurs l'appellent Mère, qu'elle ne reconnaît pas pour enfants ; plusieurs implorent son assistance, à qui cette Vierge très pure n'accorde pas le secours de ses oraisons (^). Apprenez donc, chrétiens, apprenez quelle est la vraie dévotion pour la sainte Vierge ; de peur que, ne l'ayant pas comme il faut, vous ne perdiez toute l'utilité d'une chose qui pourrait vous être fructueuse.

a. Ad B. Virg. Serin. Panegyr. n. 7, inter Opéra S. Bernard.

1. Ms. à Meaux, communiqué par M. le chanoine Denis : 2 feuilles in-4°, format un peu plus grand que le sermon de la Nativité, 1652.

2. Voyez ci-dessus, p. 183. Cf. Histoire critique de la Prédic. de Bossîiet, p. 76.

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