I. Phrase soulignée. C'est tout le plan du discours
fonctions ecclésiastiques, prêchant et annonçant la croix de Jésus, afin que vous glorifiiez Dieu, qui nous a envoyé cet apôtre. Vous verrez donc, mes frères, la vie chrétienne et la vie apostolique de saint Bernard, fondées Tune et l'autre sur la science de notre Maître crucifié : c'est le sujet de cet entretien. Il est simple, je vous l'avoue; mais je bénirai cette simplicité, si dans la croix de Jésus je puis vous montrer l'origine des admirables qualités du pieux Bernard. C'est ce que j'attends de la grâce du Saint-Esprit, si vous vous rendez soumis et attentifs à sa sainte parole. Commençons (') avec l'assistance divine, et entrons dans la première partie.
PREMIER POINT
Si j'ai été assez heureux pour vous faire entendre ce que je viens de vous dire, vous devez avoir remarqué que le Sauveur, pendu à la croix, nous enseigne le mépris du monde d'une manière très puissante et très efficace. Car si Jésus crucifié est le Fils et les délices du Père, s'il est son unique et son bien-aimé, et le seul objet de sa complaisance ; si d'ailleurs, selon notre façon de juger des choses, il est de tous les mortels le plus abandonné et le plus misérable ; le plus grand selon Dieu, et le plus méprisable selon les hommes : qui ne voit combien nous sommes trompés dans l'estime que nous faisons des biens et des maux ; et que les choses qui ont parmi nous l'applaudissement et la vogue, sont les dernières et les plus abjectes ? Et c'est ce qui inspire, jusqu'au fond de l'âme, le mépris du monde et des vanités à ceux qui sont savants dans la croix du Sauveur Jésus, où la pompe et les fausses voluptés de la terre ont été éternellement condamnées. C'est pourquoi l'apôtre saint Paul, considérant Jésus -Christ sur ce bois infâme : « Àh ! dit-il, je suis crucifié avec mon bon Maître. » Je le vois, je le vois sur la croix, dépouillé de tous les biens que nous estimons, accablé à l'extrémité de tout ce qui nous afflige et qui nous effraye. Moi qui le crois la sagesse même, j'estime
I. Ce second exorde est d'une lonj^ueur démesurée. Un auditoire mocicrne apprendrait ici avec stupeur qu'on va seulement commencer. L'usage comportait alors ces préliminaires infinis. Bossuet toutefois les réduira progressivement.
ce qu'il estime ; et, dédaignant ce qu'il a dédaigné, je me crucifie avec lui, et rejette de tout mon cœur les choses qu'il a rejetées : Christo conjixtcs S7iin critci {f).
Tel est le sentiment d'un vrai chrétien, mais que cette vérité est dure à nos sens ! Oui la pourra comprendre, fidèles, si Jésus même ne l'imprime en nos cœurs ? C'est ainsi qu'il se plaît à nous commander des choses esquelles (') toute la nature répugne, afin de faire éclater sa puissance dans notre faiblesse; et pour animer nos courages, il nous propose des personnes choisies, à qui sa grâce a rendu aisé ce qui nous paraissait impossible. Or, parmi les hommes illustres dont l'exemple enflamme nos espérances et confond notre lâcheté, il faut avouer que l'admirable Bernard tient un rang très considérable. Un gentilhomme, d'une race illustre, qui voit sa maison en crédit, et ses proches dans les emplois importants; à qui sa naissance, son esprit, ses richesses promettent une belle fortune, à l'âge de vingt-deux ans renoncer au monde, au point (^) que fit saint Bernard, vous semble-t-il, chrétiens, que ce soit un effet médiocre de la toute-puissance divine ? S'il l'eût fait dans un âge plus avancé, peut-être que le dégoût, l'embarras, les ennuis et les inquiétudes qui se rencontrent dans les affaires, l'auraient pu porter à ce changement. S'il eût pris cette résolution dans une jeunesse plus tendre, la victoire eût été médiocre dans un temps où à peine nous nous sentons, et où les passions ne sont pas encore nées. Mais Dieu a choisi saint Bernard, afin de nous faire paraître le triomphe de la croix sur les vanités, dans les circonstances les plus remarquables que nous ayons jamais vues en aucune histoire.
Vous dirai-je en ce lieu ce que c'est qu'un jeune homme de vingt-deux ans? quelle ardeur? quelle impatience? quelle impétuosité de désirs ? Cette force, cette vigueur, ce sang chaud et bouillant, semblable à un vin fumeux, ne leur permet rien de rassis ni de modéré. Dans les âges suivants on commence à prendre son pli, les passions s'appliquent à
a. Galat.^ Il, 19.