Jùiit. ne prononcez-vous pas
4. Prcniihe rédaction : Sa complexion l't ait tnulro et délicate ; cependant ni
nous apprendre que ce n'est pas le corps qui nous manque, mais plutôt le courage et la foi. Pour condamner tous les âges en sa personne, Dieu a voulu que sa pénitence commençât dès sa tendre jeunesse, et que sa vieillesse la plus décrépite jamais ne la vît relâchée. Vous vous excusez sur vos grands emplois : Bernard était (') accablé des affaires, non seulement de son ordre, mais presque de toute l'Kglise. 11 prêchait, il écrivait, il traitait les affaires des papes et des évêques, des rois et des princes : il négociait pour les grands et pour les petits, ouvrant à tout le monde les entrailles de sa charité ; et parmi tant de diverses occupations, il ne modérait point, ses (^) austérités, afin que la mollesse de toutes les conditions et de tous les âges fût éternellement condamnée par l'exemple de ce saint homme.
Vous (3) me direz peut-être qu'il n'est pas nécessaire que tout le monde vive comme lui. Mais du moins faut-il considérer, chrétiens, qu'entre les disciples du même Evangile il doit y avoir quelque ressemblance. Si nous prétendons au même paradis où Bernard est maintenant glorieux, comment se peut-il faire qu'il y ait une telle inégalité, une telle contrariété entre ses actions et les nôtres ? Par des routes si opposées, espérons-nous parvenir à la même fin, et arriver par les voluptés où il a cru ne pouvoir atteindre que par les souffrances ? Si nous n'aspirons pas à cette éminente perfection, du moins devrions-nous imiter quelque chose de sa pénitence. Mais nous nous donnons tout entiers aux folles
jeune ni vieux, il ne s'est jamais épargné. Sa première jeunesse a vu naître sa pénitence : sa vieillesse la plus décrépite ne l'a jamais vue relâchée.
1. Var. Bernard maniait presque toutes les affaires de son Ordre, et presque de toute l'Église. {/'''' rédaction^
2. Var. il ne modérait point la rigueur de sa pénitence... (/"' rédaction^
3. Tout ce paragraphe est une éloquente addition. Il en est de même du suivant. La première rédaction portait seulement : « Si cette extrême rigueur nous rebute, du moins devrions-nous tâcher d'imiter quelque chose de ce généreux mépris de la terre. Mais nous voulons contenter nos esprits et vivre à notre aise, et après cela être appelés chrétiens. N'appréhendons-nous pas cette terrible sentence du Fils de Dieu : « Malheur à vous qui riez, car vous pleurerez ! » {Luc.^ VI, 25.) Mais je vous laisse sur cette pensée ; car je suis moi-même trop languissant pour vous en représenter l'importance ; et il faudrait pour cela que j'eusse quelque étincelle de ce zèle apostolique de saint Bernard, que nous allons considérer un moment dans la seconde partie. »
joies.de ce monde ; nous aimons la débauche (') et la bonne chère, la vie commode et voluptueuse ; et après cela nous voulons encore être appelés chrétiens !
Et comment ne comprenons-nous pas que la croix de Jésus doit être gravée jusqu'au plus profond de nos âmes, si nous voulons être chrétiens ? C'est pourquoi l'Apôtre nous dit que nous sommes morts, et que notre vie est cachée, et que nous sommes ensevelis avec Jésus-Christ (''). Nous entendons peu ce qu'on nous veut dire, si lorsqu'on ne nous parle que de mort et de sépulture, nous ne concevons pas que le Fils de Dieu ne se contente pas de nous demander un changement médiocre. Il faut se changer jusqu'au fond ; et pour faire ce changement, ne nous persuadons pas, chrétiens, qu'une diligence ordinaire suffise. Cependant l'affaire de notre salut est toujours la plus négligée. Toutes les autres choses nous pressent et nous embarrassent : il n'y a que pour le salut que nous sommes froids et languissants. Et toutefois le Sauveur nous dit que le royaume des cieux ne peut être pris que de force, et « qu'il n'y a que les violents qui l'emportent (^). » O Dieu éternel ! s'il faut de la force, s'il faut de la violence, quelle espérance y a-t-il pour nous dans ce bienheureux héritage ? Mais je vous laisse sur cette pensée ; car je me sens trop faible et trop languissant pour vous en représenter l'importance, et il faudrait pour cela que j'eusse quelque étincelle de ce zèle apostolique de saint Bernard, que nous allons considérer un moment dans la (-) seconde partie.
SECOND POINT
Ce qui me reste à vous dire de saint Bernard est si grand et si admirable, que plusieurs discours ne suffiraient pas à vous le faire considérer comme il faut. Toutefois, j)uis(jue je vous ai promis de vous représenter ce saint homme dans les emplois publics et apostoliques, disons-en (juclciur chose brièvement, de peur que votre dévotion ncsoit frnstr<'<' «rune
a. Co/ûss., ni, 3. — /a Malth.^ XI, 12.
1. lùiit.ii N'a|3prchenclons-noiis pas cette tenihie sentence, itc. nn Phrase empruntée à la première rédaction. (\^)y. note précédente. — Cf. la lin du discours, où cette phrase se retrouve.)