‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 223 sur 296 · Var. cette · texte numérisé non relu

Var. cette

attente si douce. Voulez-vous que nous voyions le commencement de l'apostolat de Bernard ? Ce fut sur sa famille qu'il répandit ses premières lumières, commençant, dès sa tendre jeunesse, à prêcher la croix de Jésus à ses oncles et à ses frères, aux amis, aux voisins, à tous ceux qui fréquentaient dans (') la maison de son père. Dès lors il leur parlait de l'éternité avec une telle énergie, qu'il leur laissait je ne sais quoi dans l'âme, qui ne leur permettait pas de se plaire au monde. Son bon oncle Gaudri, homme très considérable dans le pays, fut le premier disciple de ce cher neveu. Ses aînés, ses cadets, tous se rangeaient sous sa discipline ; et Dieu permit (~) que l'un après l'autre, après avoir résisté quelque temps, tous ses frères vinssent à lui dans les moments marqués par la Providence. Gui, l'aîné de cette maison, quitta tous les emplois militaires et les douceurs de son nouveau mariage. Tous ensemble ils renoncèrent aux charges qu'ils avaient ou qu'ils prétendaient dans la guerre ; et ces braves, ces généreux {^), accoutumés au commandement et au noble tumulte des armes, ne dédaignent ni la bassesse, ni le silence, ni l'oisiveté de Cîteaux, si saintement occupée (^). Ils vont commencer de plus beaux combats, où la mort même donne la victoire.

Ces quatre frères allaient ainsi, disant au monde le dernier adieu,accompagnés de plusieurs gentilshommes,que Bernard, ce jeune pêcheur, avait pris dans les filets de Jésus. Nivard, le dernier de tous, qu'ils laissaient avec leur bon père pour être le support de sa caduque vieillesse, les étant venu embrasser : Vous aurez, lui disaient-ils, tous nos biens. Cet enfant, inspiré de Dieu, leur fit cette belle réponse : Eh {^) quoi donc ! vous prenez le ciel, et vous me laissez la terre (^) !

a. Vit. Bernard.^ lib. I, cap. m.

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