‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 229 sur 296 · Edit. et prêtes · texte numérisé non relu

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pensons-nous faire, quand nous louons les vertus du grand saint Bernard ?

O Dieu de nos cœurs ! quelle indignité ! Cet innocent a fait une pénitence si longue, et nous criminels, nous ne voulons pas la faire. La pénitence autrefois tenait un grand rang dans l'Église : je ne sais dans quel coin du monde elle s'est maintenant retirée. Autrefois ceux qui scandalisaient l'Eglise par leurs désordres étaient tenus comme des gentils et des publicains : maintenant tout le monde leur applaudit. On ne les eût autrefois reçus à la communion des mystères qu'après une longue satisfaction et une grande épreuve de pénitence : maintenant ils entrent jusqu'au sanctuaire. Autrefois ceux qui par des péchés mortels avaient foulé aux pieds le sang de Jésus, n'osaient même regarder les autels où on le distribue aux fidèles, si auparavant ils ne s'étaient purgés par des larmes, par des jeûnes et par des aumônes. Ils croyaient être obligés de venger eux-mêmes leur ingratitude, de peur que Dieu ne la vengeât dans son implacable fureur : après avoir pris des plaisirs illicites, ils ne pensaient pas avoir (') de miséricorde, s'ils ne se privaient de ceux qui nous sont permis.

Ainsi vivaient nos pères, dans le temps où la piété fleurissait dans l'Eglise de Dieu. Pensons-nous que les flammes d'enfer (^) aient perdu depuis ce temps-là leur intolérable ardeur, à cause que notre froideur a contraint l'Eglise de relâcher l'ancienne rigueur de sa discipline, à cause que la vigueur ecclésiastique est énervée ? Pensons-nous que ce Dieu jaloux, qui punit si rudement les péchés, en soit pour cela moins sévère, ou qu'il nous soit plus doux, parce que les iniquités se sont augmentées ? Vous voyez combien ce sentiment serait ridicule. Toutefois, comme si nous en étions persuadés, au lieu de songer à la pénitence, nous ne songeons à autre chose qu'à nous enrichir. C'est déjà une dangereuse pensée ; car l'Apôtre avertit Timothée, « que le désir des richesses est la racine de tous les maux ('*). » Encore son-

(i. I T/m., VI, 10.

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