‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 232 sur 296 · SERMON POUR L'EXALTATION · texte numérisé non relu

SERMON POUR L'EXALTATION

A Metz, 1653.

Encore un grand sujet qui ne pouvait manquer d'inspirer l'éloquence du jeune orateur. Cette œuvre n'est point inférieure au Panégyrique de saint Bernard. L'étude minutieuse de l'écriture, de l'ortho^Traphc et du style, nous a convaincu qu'elle est exactement de la même époque. D'ailleurs, en 1653, le 14 septembre, qui n'est point une fête célébrée tous les ans avec solennité, tombait le dimanche. Le sermon fut prononcé à la messe, comme il paraît par la péroraison : « Assistons dans cette pensée au saint sacrifice qui se fait en mémoire de la Passion du Fils de Dieu. » Une autre phrase, qui se lit à la fin du second point, semble désigner la paroisse de Saint-Gorgon, de Metz, où demeuraient beaucoup de magistrats, notamment les Bossuet, les Bretagne, les Chasot (Floquet, Études, I, 505): « Mais ma charge, direz-vous, veut que je me fasse honorer : si Von ne respecte les magistrats, toutes choses iront en désordre. »

Le sommaire qu'on va lire, entré tout récemment (février 1889) à la Bibliothèque Nationale, avec le second sermon pour la même fête (du 14 septembre 1659), est inédit.

Sommaire :

Exorde. Gloire de Dieu : de la puissance et de la miséricorde. Les deux bras de la croix.

I"' point. Jésus-Christ ne peut être forcé à mourir : source de vie interne en lui. Comparaison (p. 5, 6).

Orgueil le plus grand ennemi de Dieu (p. 10, 11). — Il faut que la faiblesse dompte l'orgueil, parce que c'est l'honorer que d'aller contre lui par la force (p. 11).

Irréligion du monde avant JéSUS-Christ (p. 12) ; victoire de la

croix (p. 13, 14, 15. 16, 17).

La croix pourquoi découverte sous le règne de Constantin (p. 17).

2^^ point. Confiance du chrétien par la croix (p. 22, 23).— Chrétiens déclarés infâmes selon le monde par l'impression de la croix sur le front : Nota imista. Non indignes des honneurs ; mais les honneurs indignes d'eux (p. 25, 26).

Mépris des honneurs (p. 26).

I. Ms. donné, en 1847, à Mgr Allou, évêque de Meaux, par M. de Monmerqué. C'est, comme le précédent, un de ceux que l'on croyait perdus à tout jamais. — Grand in-4" sans marge. Paginé 1-28.

Mihi aiite7n absit gloriari^ nisi in cnice Doinini nostri Jnsu Chkisti.

Pour moi, à Dieu ne plaise que jamais je me glorifie, si ce n'est en la croix de Notre - Seigneur JÉSUS- Christ ! {Galat.^ vi, 14.)

CE n'a pas été une petite entreprise de rendre la croix vénérable. Jamais chose aucune ne fut attaquée avec des moqueries plus plausibles. Les Juifs et les gentils en faisaient une pièce de raillerie ; et il faut bien que les premiers chrétiens aient eu une hardiesse et une fermeté plus qu'humaine, pour prêcher à la face du monde, avec une telle assurance, une chose si extravagante. C'est pourquoi le grave Tertullien se vante que la croix de Jésus en lui faisant mépriser la honte, l'a rendu impudent de la bonne sorte, et heureusement insensé. « Laissez-moi, » disait ce grand homme, quand on lui reprochait les opprobres de l'Évangile, « laissez-moi jouir de l'ignominie de mon Maître, et du déshonneur nécessaire de notre foi. Le Fils de Dieu a été pendu à la croix ; je n'en ai point de honte, à cause que la chose est honteuse. Le Fils de Dieu est mort; il est croyable, parce qu'il est ridicule ('). Le Fils de Dieu est ressuscité : je le crois d'autant plus certain, que, selon la raison humaine, il paraît entièrement impossible (''). » Ainsi la simplicité de nos pères se plaisait d'étourdir les sages du siècle par des propositions étranges et inouïes, dans lesquelles ils ne pouvaient rien comprendre ; afin que la gloire du monde s'évanouissant en fumée, il ne restât plus d'autre gloire que celle de la croix de Jésus.

Bienheureuse Mère de mon Sauveur, que la Providence divine, voulant éprouver votre patience, amena au pied de la croix, où l'on déchirait vos entrailles ; puisque vous ctes de toutes les créatures celle qui en a le mieux vu l'infamie, et celle qui en a le mieux connu la grandeur, aidez-nous. \r\r vos pieuses [intercessions] à célébrer la gloire de votre Mis crucifié pour l'amour de nous. Je vous V\ dcinaiulc pu" celle

a. De Carne C/trish\ n. $.

I. // au neutre : cela. Hossuet efface cela, pour y substituer //.

douleur maternelle qui perça votre âme sur le Calvaire, et par la joie infinie que vous ressentîtes, quand le Saint-Esprit descendit sur vous pour former le corps de Jésus, après que l'Ange vous eut saluée par ces divines paroles: Ave, \gratia ple7ici\.

[P. i] Ce (') orand Dieu tout-puissant, qui de rien a fait le ciel et la terre, qui a tiré les astres et la lumière du sein d'un abtme infini de ténèbres ; ce Dieu, pour faire éclater sa puissance d'une façon extraordinaire en la personne de son cher Fils, a voulu que la plus grande infamie fût une source de gloire incompréhensible. C'est pourquoi le Sauveur Jésus, encore (^) qu'il eût vécu comme un innocent, il a fini sa vie comme un criminel : et comme si le {^) gibet et la mort n'eussent point eu pour lui assez de bassesse, il a choisi volontairement de tous les supplices le plus honteux, et de toutes les morts la plus inhumaine. En effet, le tourment de la croix qu'est-ce autre chose qu'une longue mort, par laquelle la vie est arrachée peu à peu avec une violence incroyable, pendant qu'une nudité ignominieuse expose le pauvre supplicié à la risée des spectateurs inhumains ? Si bien que le misérable patient semble en quelque sorte n'être élevé audessus de ce bois infâme, qu'afin de découvrir de plus loin une multitude de peuple, qui repaît ses yeux du spectacle de sa misère.

Non, l'imagination humaine ne se peut rien représenter [p. 2] de plus effroyable; et jamais on n'a rien inventé ni de plus rigoureux pour les scélérats, ni de plus infâme pour les esclaves. Aussi le Maître de l'éloquence, accusant un gouverneur de province d'avoir fait crucifier un Romain, représente (^) cette action comme la plus noire et la plus furieuse qui puisse tomber dans l'esprit d'un homme, et proteste que par un tel attentat la liberté publique et la majesté de l'Empire était violée (''). C'était assez d'être né libre, fidèles, pour

a. Cicer., in Verretn, VIL

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