Var. et enfin
Non tam passibus quam victoriis peragravit (^\ Les panégyriques sont pleins de ces sortes d'exagérations. Et qu'est-ce à dire, parcourir les provinces par les victoires ? N'est-ce pas porter partout le carnage, la désolation et la pillerie ? Telles sont les suites de nos victoires.
Ah ! que mon Sauveur a parcouru la Judée d'une manière bien plus admirable ! Je puis dire véritablement qu'il l'a parcourue moins par ses pas que par ses bienfaits. PertraJisiit benefaciendo. Il allait de tous côtés visitant ses malades, distribuant partout un baume céleste, je veux dire une miraculeuse vertu qui sortait de son divin corps, devant laquelle on voyait disparaître les fièvres les plus mortelles et les maladies les plus incurables : Pe^^transiit benefaciendo. Et ce n'était pas seulement les lieux oii il arrêtait quelque temps, qui se trouvaient mieux de sa présence, il rendait remarquables les endroits dans lesquels il passait, par la profusion de ses grâces. En cette bourgade, il n'y a plus d'aveugles ni d'estropiés: sans doute, disait-on, le bienfaisant Jl^sus a passé par là : Pertransiit. Et en effet, chrétiens, quelle contrée de la Palestine n'a pas expérimenté mille et mille fois combien était présent le remède que les infirmes et les languissants trouvaient dans le secours de sa main puissante ? C'est aussi ce que le prophète Isaïe, que les Pères ont appelé l'évangéliste de la loi ancienne, tant ses prédictions sont précises ; c'est, dis-je, ce que le prophète Isaïe célèbre avec son élégance [p. 7] ordinaire, dans le chapitre xxxv de sa prophétie : « Dites aux affligés, nous dit-il, à ceux qui ont le cœur abattu par leurs longues calamités, dites-leur qu'ils se fortifient. Voici venir notre Dieu qui les vengera : Dieu viendra lui- même et nous sauvera : » Dcus ipsc vcnict et salnibit nos ("). Quel est ce Dieu qui vient nous sauver, si ce n'est le Sauveur Jésus, duquel le mrmt; Isaïe a écrit qu'il serait appelé Emmanuel, Dieu avec nous ? Un Dieu avec nous, n'est-ce pas à dire un Dieu- Homme? Dieu donc viendra lui-même, dit Lsaïe, Dieu viendra lui-même pour nous sauver.
a. /.v., XXXV, 4. — Le texte porte : Salvnhit vos.
I. IMine le Jeune dit, diins le r.mcgyriquc de Trajan : Cum orbetn Urrarum non pedibus nina^is quant lauciibtts perai^rans. Cf. ci dessus, p. 140.
Vous voyez qu'il est parlé là du Messie. « Et alors, poursuitil (''), c est-à-dire, à la venue du Sauveur, les oreilles des sourds et les yeux des aveugles seront ouverts ; alors celui qui était perclus sautera agilement comme un cerf, et la langue des muets sera déliée. » Ne voyez-vous pas, chrétiens, que le discours de notre Sauveur, dans l'évangile que nous exposons, est tiré de celui du prophète ? « Les sourds entendent, dit le Fils de Dieu, les aveugles voient, les boiteux marchent. » Il se plaît de toucher, quoiqu'en peu de mots, les prophéties qui s'accomplissent en sa personne; afin de nous faire comprendre ce que l'apôtre saint Paul nous a si évidemment démontré, qu'il est la fin de la Loi (^), et Tunique sujet de tous les oracles divins.
Donc, mes frères, reconnaissons la puissance de notre Sauveur dans les remèdes qu'il nous apporte, touché de compassion de nos maux. Certes, je sais que, le Fils de Dieu venant enseigner sur la terre une doctrine si incroyable qu'était la sienne, il fallait qu'il la confirmât par miracles, et qu'il justifiât la dignité de sa mission par des effets d'une puissance surnaturelle. Mais cela n'empêche pas que je ne remarque la bonté qu'il a pour notre nature, dans le plaisir singulier qu'il reçoit de donner la guérison à nos maladies. Oui, je soutiens que tous ses miracles viennent d'un sentiment de compassion. Plusieurs fois, considérant les misères qui agitent la vie humaine, il ne nous a pas pu refuser ses larmes. Jamais il ne vit un misérable [p. 8] qu'il n'en eût pitié ; et je pense certainement qu'il eût été chercher les malheureux jusqu'au bout du monde, si les ordres de Dieu son Père et l'ouvrage de notre rédemption ne l'eussent arrêté en Judée. « J'ai, dit-il, compassion de ce peuple {'), » avant que de multiplier les cinq pains. « Il fut mû de miséricorde, dit l'Evangéliste, et rendit l'enfant à la mère ('^). » Dans toutes les grandes guérisons qu'il fait, il ne manque jamais de donner des marques qu'il déplore nos calamités ; d'où je conclus très certainement que sa compassion a fait presque tous ses miracles. La première grâce qu'il faisait aux infirmes, c'était de les plaindre avec l'affection d'un bon père.
a. /s., XXXV, 5, 6. — â. Rom., x, 4. — c. Marc, viil, 2. — d. Luc, Vli, 13, 15.
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Son cœur écoutait la voix de la misère qui l'attendrissait, et en même temps il sollicitait son bras pour la soulager. Son amour ne se rebute pas par le mauvais traitement que nous lui faisons. En voulez-vous voir un exemple admirable ? Un Juif le priant de guérir son fils effroyablement tourmenté : « Race infidèle et maudite, dit-il, jusqu'à quand serai-je avec vous.-* et faudra-t-il toujours vous souffrir? Amenez ici votre fils (''). » « Race infidèle et maudite... amenez ici votre fils : » Quelle est la suite de ces paroles ? et qu'elles semblent mal digérées ! Pourquoi dans un même discours assembler une juste indignation et un témoignage certain de tendresse ? [P. 9] C'est qu'il se remit en l'esprit que c'était un homme, et un homme extrêmement misérable ; et cette seule considération lui fit perdre toute sa colère : elle tombe désarmée comme vous voyez, et vaincue par cet objet de pitié. En vérité, la malice des Juifs était montée à un grand excès ; leur mépris, leur ingratitude le dégoûtaient fort ; il ne les pouvait presque plus souffrir : toutefois, dit-il, « amenez votre fils, » je le guérirai ! Vous remarquez bien que sa naturelle bonté l'oblige presque par force à nous gratifier, et extorque de lui des bienfaits pour nous. Jugez combien était grande l'inclination qu'il avait de bienfaire aux hommes, puisque ni la haine la plus furieuse, ni l'envie la plus envenimée ne pouvaient arrêter le cours de ses grâces. C'est qu'il était sincèrement bon, et qu'il avait pitié de nos maux. Et certes, puisqu'il n'y avait autre chose que notre extrême misère qui l'obligeât de venir à notre secours, il devait descendre sur terre, comme dit l'apôtre saint Paul (^'), « revêtu d'entrailles de miséricorde. » Car qu'y avait-il de plus convenable au Sauveur, que de plaindre ceux qui étaient perdus ; à celui qui devait nous guérir, que d'être touché de nos maladies ; et à notre libérateur, que de dé[)lorer notre servitude ? C'est ici le lieu, chrétiens, d'élever plus haut nos esprits, et après avoir considéré le Sauveur guérissant les maladies de la chair, il faut j)asser à une réll(\\ion plus spirituelle, et parler de la guérison des esprits, dont cc.Wc. des corps n'était que l'image. Car si vous voyez son cœur tellement cniu des
(i. Matth,^ XVII, 16. — /;. 0>A'.v.s-., III, 12.
maux que souffrent nos corps, avec quels gémissements pensez-vous qu'il pleure les calamités de nos âmes ? Jugez-en vous-mêmes par ce raisonnement. Certes, ce n'est pas une chose fort étrange que notre corps souffre, puisqu'il est passible; ni qu'il languisse, puisqu'il est infirme; ni qu'il meure, puisqu'il est mortel : telle est sa qualité naturelle. Nous n'avons pas accoutumé de plaindre les bêtes de ce qu'elles n'ont pas de raison ; ni de déplorer la condition des créatures inanimées, de ce qu'elles sont sans sentiment et sans vie : c'est que ce sont des choses communes, trop dans l'ordre de la nature pour être un sujet de compassion. Toute compassion est une douleur : [p. lo] la douleur s'excite singulièrement par les accidents étrangers et inopinés. Et sachant de quelle matière nos corps ont été ramassés, à quoi ne devons-nous pas nous attendre ? Mais qu'une âme d'une nature immortelle, animée de je ne sais quoi de divin, composée, si je puis parler de la sorte, de cette flamme toute pure et toute céleste dont les intelligences ont été formées ; une âme de qui la raison est un éclat de la sagesse éternelle, et l'essence, une image de l'essence même de Dieu; une âme qui, étant telle, ne peut être née que pour la souveraine félicité; qu'elle soit précipitée dans un abîme de maux infinis ; qu'elle soit toujours aveugle, toujours languissante, et justement condamnée à souffrir la dernière et éternelle désolation : c'est pour cela, mes frères, que la plus tendre compassion ne saurait avoir ni des plaintes assez lugubres, ni des larmes assez amères. Tu trouves cet homme bien misérable de ce qu'ayant perdu la vue corporelle, il ne peut plus jouir de cette lumière qui naît et qui périt tous les jours ; et tu penses que c'est un petit malheur que l'âme soit enveloppée d'épaisses ténèbres, qui lui cachent les vérités éternelles qui seules devraient luire à notre raison ! Ce pauvre corps perclus de ses membres te touche d'une sensible compassion ; et tu ne plains pas cette âme, qui, par une brutale stupidité, a toutes ses fonctions interdites ! Ce misérable hydropique te fait pitié, parce que tu le vois toujours boire sans que sa soif puisse être étanchée ; et tu regardes sans douleur cet avare, cet ambitieux, dont l'un hume sans cesse de la fumée, et l'autre emploie
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tout son âge à entasser des biens qu'il perdra tous en un seul moment, sans que ni l'un ni l'autre puisse jamais éteindre la soif de ses passions infinies ! N'est-ce pas être dépourvu de sens ?
Aussi (') je ne doute pas que le Fils de Dieu n'ait jugé nos âmes d'autant plus dignes de sa pitié et miséricorde que [leur] dignité est plus relevée, et [leurs] misères plus véritables. Et cela même (^) m'oblige de croire que, lorsque son cœur était attendri sur les maladies dont cette chair mortelle est si cruellement tourmentée, il n'arrêtait pas sa pensée au corps : sans doute qu'il allait bien plus haut; et qu'en voyant l'effet, aussitôt il remontait à la cause, qui est le péché. Car dans le bienheureux état d'innocence oii [Dieu] avait mis [les hommes] à leur origine, ils n'auraient pas été ainsi misérables. Là, leur bonheur eût été la divinité, et leur vie l'immortalité.
Et en effet, chrétiens auditeurs, tant que cette innocence eût duré. Dieu, s'unissant intérieurement à nos âmes, y eût versé l'influence de vie avec une telle abondance qu'elle se fût débordée sur le corps : de sorte que l'homme vivant de Dieu n'aurait eu aucun trouble en l'esprit ni aucune infirmité
1. Var. Concluons de tout ceci, chrétiens, que l'iime est d'autant plus dic^ne de compassion que sa dignité est plus élevée et ses misères plus véritables.
2. Tout ce passage a été remanié au dernier moment. Les modifications sont indiquées sommairement au manuscrit. L'auteur a voulu concentrer sa composition. Voici la première rédaction, maintenue en grande partie dans le texte par les éditeurs : « C'est pourquoi la compassion que JksI'S Christ témoigne des maux du corps, bien qu'elle soit très sincère et très véhémente, n'est en aucune façon comparable à la douleur qui le saisissait, lorsqu'il considérait la perte des âmes. S'il témoigne du déplaisir de voir les infirmités de la chair, et de la joie d'y apporter le remède; c'est afin de nous faire voir que tout l'homme lui est très cher, [p. ii] et que s'il aime si tendrement la partie la plus abjecte, il a des transports incroyables pour la plus noble et la plus divine. Hicn plus, remarquez, s'il vous plaît, ce raisonnement : c'est une chose constante tju'il ne plaignait le corps qu'à cause de l'âme ; que dans toutes les maladies corporelles il considérait le péché, qui en est la source. (>uand il regardait celte pauvre chair exposée de toutes parts aux douleurs, dont les intirniités ne peuvent p.is ctre comptées; ah ! ne croyez pas qu'il arrêtât son esprit au corps. O Dieu tout-puissant ! disait-il (permettez moi, mon Sauveur J KStrs, de pénétrer ici dans vos sentiments; sans doute cju'ils sont vôtres, puisqu'ils sont de vos Kcrilurcs) : donc, o Dieu! disait-il, si les hommes fussent tlemcurés en Theurcux état où mon Père les avait mis en leur origine, ils n'ainaient pas été ainsi misérables. »
en la chair. Le péché nous ayant retirés de Dieu, il a fallu nous faire voir combien nous perdions. Tellement que l'âme ne buvant plus à cette fontaine de vie éternelle, devenue elle-même impuissante , elle a aussi laissé le corps sans vigueur. C'est pourquoi je ne m'étonne pas si la mortalité s'en est emparée; et dès lorâ cette chair, qui tend à la mort, a été découverte à toute sorte d'injures, et penchant continuellement à sa fosse, elle est devenue sujette nécessairement à de grandes vicissitudes, et par conséquent à de mortelles altérations ('). Et dans tous ces malheurs que voyons-nous autre chose, fidèles, car je vous en fais juges, qu'une juste punition de notre péché? d'autant qu'il était plus que juste que l'incorruptibilité abandonnât l'homme, puisqu'il nevoulait pas en jouir avec Dieu. Ce qui étant ainsi supposé, il est très certain que le Fils de Dieu, qui d'abord pénétrait toutes choses, quand il voyait les fièvres, les paralysies et les autres maladies corporelles, allait à la source du mal, je veux dire à cette première désobéissance. Dans la peine il ne considérait que le crime, et c'est ce qu'il déplorait davantage. Il savait bien que les afflictions de la chair n'étant que la puni-tion, elles ne pouvaient pas être le plus grand mal. Il n'est pas en la puissance même de Dieu qu'il y ait une misère plus grande que [p. 12] le péché même. Je sais que cette vérité offense les sens humains : hélas! mortels ignorants que nous sommes, nous ne comprenons pas quelle misère c'est que d'offenser Dieu!
Dites à un homme qui est sur la roue, s'il lui reste assez de sentiment pour vous écouter; dites-lui qu'il est malheureux, non pas tant de ce qu'il est puni, que de ce qu'il est coupable; que sa plus grande misère est d'être homicide, et non pas d'être rompu vif : quand est-ce qu'il entendra ce discours? Son âme oppressée de tourments, ne s'arrête qu'au plus sensible et non pas au plus raisonnable. 11 s'irritera contre vous; et une telle proposition lui augmenterait son supplice. Et toutefois est-il rien de plus nécessairement véritable ? Car c'est une chose certaine que la plus grande misère
I. Passage de lecture difficile, très bien déchiffré par dom Deforis.
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vient du plus grand mal ('); et je ne craindrai point d'assurer que la peine, au lieu d'être un mal, est un bien; d'autant que ce qui fait le mal, c'est l'opposition au souverain bien qui est Dieu. Or la peine n'est pas contre Dieu : au contraire, elle s'accorde avec sa justice. Est-il pas très juste que le pécheur souffre, et que le crime ne demeure pas impuni ? Et la justice n'est-ce pas un grand bien ? Par conséquent si la peine est un mal, ce n'est qu'à l'égard du particulier; mais c'est un très grand bien à l'égard de l'ordre commun. Et comment? C'est que le péché met le désordre dans l'univers. C'est un désordre visible que les commandements du souverain soient mal observés : donc le péché met le désordre au monde. Et toutefois le Maître de l'univers ne peut souffrir de désordre dans son ouvrage. Que fait-il."^ Il établit deux ordres : l'un, de ses règlements éternels sur lesquels les volontés droites sont composées; l'autre, c'est l'ordre de la justice qui range les volontés déréglées. Ces deux ordres sont fondés tous deux sur cette loi immuable, qu'il faut que la volonté divine se fasse ou dans l'obéissance des bons, ou dans le supplice des criminels. « Ceux qui ne veulent pas faire ce qu'il veut, lui-même il en fait ce qu'il veut, » dit saint Augustin : Ctun faciunt guod non vnlt, hoc de eis facit quod ipse vult (").
Tu n'as pas voulu te mettre dans l'ordre, tu le souffriras : je veux dire, tu as voulu échapper, ô pécheur, d(; l'ordre des règles divines qui t'avaient été proposées; tu retomberas dans l'ordre de sa justice. Et quel est l'ordre de la justice.-^ C'est que c'est une chose très bien ordonnée, que les volontés rebelles soient châtiées; que ceux qui ont méprisé la bonté de Dieu, éprouvent en eux-mêmes la sévérité de sa rii^oureuse justice ; qu'étant sortis autant qu'ils ont pu de son domaine par leur révolte, ils y soient ramenés [p. 13] par leur peine, afin que tout ploie sous la main de Dieu, ou par inclination, ou par force. Par conséquent la [)eine (^st chuis l'orclrt-, parce qu'elle ramène dans l'ordni ceux ([ui s'ctn élaiciu ilévoycs : et donc elle est très bonne à la conduite générak* tir l'univers.
a. Scrm. ccxiv, n. 3.
F. l'<ir. Car la pins grande misère vient du plus grand mal.
parce que l'ordre est le bien général ; et encore qu'elle fasse souffrir le particulier, il y a du bien dans ce mal qu'il souffre, parce qu'il y a de la règle et de la raison. Donc, pour aller plus loin, il se trouvera que le péché seul est le mal proprement dit et essentiel, qui n'a aucun mélange de bien. Il faut qu'il soit le souverain mal, parce qu'il est souverainement opposé au souverain bien. Donc il est vrai ce que je disais, que la plus grande misère c'est le péché; parce que la plus grande misère, c'est le plus grand mal. Donc si le péché et l'enfer pouvaient être des choses séparées, il faudrait conclure nécessairement que le péché serait un mal sans aucune comparaison plus grand que l'enfer; et partant que les réprouvés seraient misérables, moins à cause qu'ils sont damnés qu'à cause qu'ils sont pécheurs. Et encore que le sens humain y répugne, il faut que les vérités éternelles l'emportent, et qu'elles captivent nos entendements.
Et ainsi, pour revenir à notre discours, nous devons croire que tant de péchés (') ont excité dans le cœur de notre Sauveur une douleur qui ne peut être comprise. Ah ! si Notre-Seigneur Jésus-Christ a eu une douleur si sensible pour les moindres de tous les maux, qui sont ceux qui travaillent ce corps mortel, il n'est pas imaginable combien ardemment il a désiré de donner le remède aux péchés qui abîmaient les âmes, qu'il était venu racheter, dans la dernière extrémité de misères. C'est pourquoi, s'il a donné des larmes aux maux du corps, il a donné aux maladies de nos âmes jusqu'à la dernière goutte de son divin sang. S'il a guéri les infirmités corporelles par la vertu de sa seule parole avec une incroyable facilité, il a voulu purger nos iniquités avec des douleurs incompréhensibles ; comme dit le prophète Isaïe (''), « que Dieu l'a frappé pour les péchés de son peuple, qu'il a porté nos péchés sur son dos, et que nous avons été guéris par ses plaies. » C'est par ce sang et par ces souffrances qu'il a ouvert à la maison de David cette belle et admirable fonfaine dont parle le prophète Zacharie en son XIII chapitre. « En ces jour-là, dit-il, jaillira une fontaine
a. Is., LUI, 4, 5, 8.