‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 250 sur 296 · DEUXIÈME POINT · texte numérisé non relu

DEUXIÈME POINT

Ce sera le prophète Isaïe qui nous ayant fait voir Jésus- Christ donnant la guérison à nos maladies, nous dira aussi qu'il est envoyé pour être l'évangéliste des pauvres. Où par le mot de pauvres, vous devez entendre généralement tous les affligés que Jésus devait évangéliser, c'est-à-dire, leur porter de bonnes nouvelles. Cela étant ainsi supposé, écoutez maintenant Isaïe en son chapitre lxi, où il parle ainsi du Messie : « L'Esprit de Dieu, dit-il, est sur moi. à cause qu'il m'a oint (''). i> Arrêtons-nous à ces mots, chrétiens, et pénétrons-en le sens. Je dis, avant toutes choses, que le prophète parle en la personne d'un autre, selon le style ordinaire de l'expression prophétique. Car nous ne lisons rien dans les Écritures de l'onction du prophète Isaïe. Mais qui serait celui qui, étant un peu instruit du christianisme, ne verrait pas que par ces paroles il a manifestement désigné le Sauveur du monde ? « L'Esprit de Dieu est sur moi, » dit-il ; et lui-même n'a-t-il pas dit « qu'il sortirait une tleur de la racine de Jessé, et que sur elle reposerait l'Esprit du Seigneur [^)} » Vous savez que Jessé, c'est le père du roi David. Quelle est cette fleur delà racine de Jessé, sinon le Sauveur Jésus, qui est appelé par excellence le Fils de David .-^ Et n'est-ce pas sur lui que l'on a vu descendre le Saint-Esprit en la forme d'une colombe, quand il se fit baptiser par son Précurseur } « C'est pour cela que le Seigneur m'a oint,» poursuit Isaïe. N'estce pas encore le Fils de Dieu que Dieu a oint de cette onction admirable, de laquelle même il tire son nom ? Il est appelé indifféremment, dans les saintes lettres, le Messie, le Christ de Dieu, l'Oint de Dieu; et c'est dire la même chose en divers langages. Car, comme dans la loi ancienne |p. i6] c'était par l'onction que les rois et les sacrificateurs étaient établis, le réparateur de notre nature devant être (ensemble, et roi du vrai peuple, et l'unique sacrificateur du vrai Dieu, il est appelé oint de Dieu avec un titre de prérogative extraordinaire ; d'autant que par la dignité de son onction il devait assembler en un la roxauté et le sacerdoce, qui étaient

a. /s.y LXI, I. — ^. /â/d.y XI, 1,2.

séparés dans le premier peuple. Et n'entendez pas ici, chrétiens, quelque espèce d'onction corporelle : l'onction de notre pontife, c'est la divinité du Dieu-Verbe. Carde même que la propriété des huiles et des onctions, c'est de s'étendre premièrement sur les choses auxquelles elles sont appliquées et puis de les pénétrer autant qu'elles peuvent, de s'incorporer à elles en quelque façon, et d'y être si intimement attachées, qu'il ne s'en fasse qu'une même substance : ainsi la divinité du Verbe s'unissant à l'humanité de Jésus, elle s'est premièrement répandue sur elle en son tout et en ses parties ; elle l'a pénétrée si profondément, qu'elle s'y est effectivement incarnée : de sorte que de l'une et de l'autre il ne s'est fait plus qu'un seul tout, en suite de cette union ineffable. C'est pourquoi le Sauveur Jésus est appelé par excellence, oint et Christ, à cause de cette divine et miraculeuse onction.

Mais revenons au prophète Isaïe. « L'esprit de Dieu est sur moi, à cause que le Seigneur m'a oint. Il m'a envoyé évangéliser les pauvres (remarquez les propres mots de notre évangile), guérir les cœurs affligés, prêcher la liberté aux captifs, annoncer l'an de pardon du Seigneur, consoler ceux qui pleurent, et changer en joie la tristesse de ceux qui se lamentent en Sion : » jusqu'ici parle le prophète Isaïe. Et y a-t-il un seul mot dans tout ce discours, où vous ne voyiez clairement le Seigneur Jésus dans les effets de son Evangile ? Aussi s'étant trouvé lui-même dans la synagogue, où il lut cette prophétie, il montre évidemment qu'elle s'est accomplie en ses jours ('"). Mais voulez-vous, mes frères, que je vous en fasse voir en un mot l'accomplissement.^ Allons, allons ensemble sur cette mystérieuse montagne où Jésus commence à ouvrir sa bouche, après s'être contenté jusqu'alors d'ouvrir celle de ses prophètes : Aperiens os suum docebat ('^) : allons à cette mystérieuse montagne : entendons-y la première prédication du Messie ; voyons lui faire l'ouverture de son Évangile, et jeter les fondements de la loi nouvelle : [p. i 7] c'est là qu'il commence d'évangéliser. C'est pourquoi s'étant souvenu que son ordre portait très expressément d'évangé-

a. Luc.^ IV, 17, 21,— b. Mafth., V, 2. — Ms. dixit.

liser les pauvres et les misérables, c'est-à-dire, comme je l'ai déjà expliqué, de leur porter de bonnes nouvelles, dans cet admirable discours il adresse d'abord la parole aux pauvres : « O pauvres, que vous êtes heureux ! car le royaume céleste vous appartient (''). » Quelle consolation aux pauvres, que Jésus, si riche par sa nature et si pauvre par sa volonté, leur promette de si grandes richesses ! Quelles meilleures nouvelles leur pouvait-il dire ? N'est-ce pas s'acquitter de l'office auquel il était destiné parles prophéties, d'évangéliser les pauvres ? Ah ! que je reconnais ici clairement celui duquel le Psalmiste a dit : Honorabile nomen eoriun corain illo {^') ? « Leur nom sera en honneur devant lui. » Mais il poursuit de la même force. Isaïe, s'il vous en souvient, dit qu'il doit annoncer la consolation à ceux qui pleurent ('). « Bienheureux ceux qui pleurent, dit Notre-Seigneur ('''), car ils seront consolés. » Isaïe nous apprend que le Messie devait prêcher l'an de pardon du Seigneur (') : c'est ce qui est appelé ailleurs le temps d'indulgence, le temps de miséricorde. Et n'est-ce pas ce que fait le Sauveur Jésus, nous annonçant la miséricorde en ces termes : « Bienheureux les miséricordieux, car on leur fera miséricorde (^) .'^» Isaïe assure qu'il doit annoncer à ceux qui se lamentent en Sion, que leur tristesse sera changée en joie (^). Sion, c'est le lieu du temple de Dieu ; c'est la figure de son Église. Ceux qui se lamentent en Sion, ce sont ceux qui se plaignent de cet exil; qui, éloignés de leur terre natale, souffrent ordinairement persécution dans ce triste pèlerinage. Jésus donc, pour leur annoncer le changement de leur état misérable en une condition toujours bienheureuse, parle ainsi en ce même lieu : « Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce que le royaume des cieux est à eux (^') ! » C'est ainsi que Notre-Seigneur évangélise les affligés, exécutant ponctuellement les prophéties anciennes. Pourquoi ne m'écrierai-je pas en ce lieu avec le grave Tertullien, dont j'ai tiré presque toutes les remarques que je viens de faire, en son livre IV contre P^Iarcion (') ; pourquoi,

a. Mat/h., V, 3. — l>. Ps., LXXI, 14. — r. A., i.xi, 2. — d. Matth., v, ç. — e. h., LXi, 2. — / Matih., v, 7. — .(f. /j., lxi, 3. — //. Arttth.,\\ 10. — /. Adi*. Marcion.^ lib. IV, n. 21.

Sermons de Bossuet. 7*

dis-je, ne m'écrierai-je pas avec lui : O ChristMin et in novis vetercDi ! « Oh! que Jésus-Christ est ancien dans la nouv^eauté de son Évangile! » Ce qu'il fait est nouveau, parce que personne ne l'avait fait avant lui : ce qu'il fait est ancien, parce qu'il ne fait qu'accomplir les choses que la fidèle antiquité avait attendues. [P. i8] Quel autre a jamais apporté de meilleures nouvelles aux pauvres que celles que le pauvre Jésus leur a annoncées, quand il leur a prêché sa venue ? O pauvres, réjouissez-vous : voici un compagnon qui vous vient; mais un compagnon si grand et si admirable, qu'il vaut mieux être pauvre en sa compagnie, que d'être le maître et le toutpuissant dans les assemblées des mondains. Ne vous étonnez pas si vous êtes le rebut du monde : tel était Jésus-Christ, lorsqu'il a paru sur la terre et a conversé parmi les hommes. Les pauvres, ses bons amis, apprirent les premiers sa venue, parce que c'était pour eux qu'il venait ; et il ne voulut être reconnu que par les marques de sa pauvreté. La suite de sa vie n'a pas démenti sa naissance. Plus il s'est avancé dans l'âge, plus il a mis les pauvres dans ses intérêts, qui n'étaient autres que la gloire de Dieu. C'est eux qu'il admet dans sa confidence ; c'est à eux qu'il découvre tous ses mystères ; c'est eux qui sont choisis pour les ministres de son royaume, et les coadjuteurs de son grand ouvrage. Courage donc, ô pauvres de Jésus-Christ! Que toute la terre vous méprise ; c'est assez que vous ayez Jésus-Christ pour vous. Vous n'avez point d'accès dans la cour des rois ; mais souvenez [-vous] que c'est là que règne la confusion et le trouble. Courez à Jésus-Christ, ô vous qui êtes oppressés, ô malades, nécessiteux, misérables généralement qui que vous soyez : vous y trouverez la paix de vos âmes. Ecoutez la voix amoureuse qui vous appelle. Jetez-vous entre ses bras avec confiance: il les a toujours ouverts pour vous recevoir. Seulement souffrez votre pauvreté avec patience : ne murmurez ni contre Dieu ni contre les hommes. Attendez doucement le temps de votre consolation: et souvenez-vous que, si le monde vous tourmente, vous servez un Maître qui l'a surmonté, qui n'a pu plaire au monde, et à qui le monde aussi n'a pu plaire. C'est ce qu'annonce aux pauvres le Sauveur

Jésus. Dites-moi, [p. 19] en vérité, chrétiens, pouvait-il leur dire de meilleures nouvelles ? et n'avons-nous pas raison d'assurer que c'est lui véritablement qui est envoyé pour être l'évangéliste des pauvres ?

TROISIÈME POINT

Ce qui m'étonne, fidèles, c'est que le Sauveur du monde étant tel que nous le venons de dépeindre, on ait été offensé de sa vie. Repassons en peu de mots, je vous prie, sur les choses que nous avons dites, et étonnons-nous devant Dieu, que l'on ait pu être scandalisé en notre Sauveur. Et premièrement, ses miracles devaient-ils pas faire taire les bouches les plus médisantes ? Une mission si bien attestée (') devait-elle être jamais contestée ? Encore s'il eût fait des miracles qui n'eussent de rien servi que pour faire éclater son pouvoir, peut-être aurait-on pu dire qu'il y avait de l'ambition dans ces grands ouvrages. Mais je vous ai montré que tous ses miracles ont pris leur naissance dans une tendre compassion de nos maux ('') ; et jamais il n'a fait un pas que pour le bien de ce peuple ingrat. Faisons néanmoins qu'une noire envie ait encore pu se persuader qu'il se servait du don de Dieu pour s'acquérir du crédit; qu'avait-on à dire contre sa simplicité ? L'a-t-on vu à la porte des grands pour mendier leur laveur ? S'est-il intrigué dans les affaires du monde ? A-t-il tlatté l'ambition et l'arrogance des princes ? Au contraire, n'a-t-il pas mené une vie non seulement commune et privée, mais très abjecte et très basse ; marchant en toute simplicité, vivant et conversant avec les pauvres, souffrant toujours injustice sans jamais se plaindre ? Il est vrai qu'il était méprisé, mais il ne se souciait point des honneurs : pauvre, mais il ne demandait point de richesses, bien (ju'il n'eût pas seulement

1. Var. Une mission attestée par des signes si extraordinaires devait-elle éire tant soit peu contestée ?

2. « Toifs ces miracles tiennent plus de la bonté ciue de la puissance, >»iiMade même Bossuet, dans le Discours sur l' Histoire universelle (II, ch. XIX>. Kl semblablement,dans une préface latine pour mettre en tête du Nouveau Testament, publiée pour la première fois dans l'Appendice de notre Histoire eritique de la Pràiicaiion de Jiossuet, nous lisons : < Hic effusa in omnes homines miseras bonitas^ et miracula non tant spiemiida quant benejica... >

un gîte assuré pour reposer sa tête. Pouvait-il s'acquitter plus dignement de sa charge de prédicateur ? Il allait enseignant la parole de vie éternelle que Dieu lui avait mise à la bouche. Il n'enflait pas son discours par de superbes pensées, ou par le faste d'une éloquence mondaine ; mais il le remplissait d'une doctrine céleste, de vérités divines, [p. 20] qui donnaient aux âmes une nourriture solide, et allaient jusqu'à la racine de nos maladies. Tantôt il attirait les peuples par la douceur, tantôt il les reprenait sans les épargner, jusqu'à les appeler les enfants du diable ; leur prêchant les oracles divins, non point avec les lâches condescendances des scribes et des pharisiens, mais avec empire et autorité {''), avec une liberté et une assurance digne des vérités éternelles qu'il nous venait annoncer. Que pouvait-on trouver à dire en une vie si réglée ? Ne devait-on pas admirer ce courage également inflexible aux biens et aux maux ; cette égalité de mœurs qui le faisait vivre avec tout le monde sans rigueur et sans flatterie, sans lâcheté et sans arrogance : cette pureté d'intention qui lui faisait toujours regarder les intérêts de son Père? Et néanmoins, dit-il, il faut que je donne du scandale ; et pour faire voir la difficulté qu'il y a de n'être point offensé de sa vie : « Heureux celui, dit-il, qui n'est point scandalisé en moi ! » Beatus qui non ftierit scandalizatus in me (^).

O Dieu ! qui ne serait étonné des secrets terribles de la [p. 20 bis\ Providence? C'est ici que je dis du plus grand sentiment de mon âme avec le grave Tertullien (') : Mihi vindico Ckrishcm, miJii defendo Jesum;... quodcumque ilhtd corpusculum sit (^) : cet innocent contredit par toute la terre, c'est le Jésus-Christ que je cherche ; je soutiens que ce Jésus est à moi, je proteste qu'il m'appartient. « S'il est déshonoré, s'il est abject, s'il est misérable ; » j'ajouterai encore, s'il est le scandale des infidèles, « c'est mon Jésus-Christ : » Si inglorius, si ignobilis, si inkonorabilis, meus erit Christus. « Car, poursuit le même Tertullien, il m'a été promis tel dans les prophéties : » Talis enim habitu et aspectu annun-

a.Joajt.^ VHI, 44. — b. Matth.^ XI, 6. — c. Adv. Ma? don. ^ lib. III, n. i6, 17. I. Ms. « TertulUan, » par exception. Dans le reste du discours : « Tertullien. »

tiabahir. Je reconnais celui duquel Isaïe a écrit, au chapitre XXVIII, que c'est « une pierre élue, une pierre de salut (") » pour son peuple ; et au chapitre viii, que c'est « une pierre d'achoppement : tous ceux qui s'y heurteront seront brisés (^■). » Je reconnais celui duquel le Psalmiste a chanté : « La pierre qu'ils ont rejetée en bâtissant, est devenue la pierre ano-ulaire ('), » qui soutient tout le corps de l'édifice. Enfin je reconnais celui duquel Siméon a dit, le tenant entre ses bras dans le temple : « Celui-ci est établi pour la ruine et pour la résurrection de plusieurs, et pour un signe auquel on contredira (^) ; » celui enfin qui a dit de lui-même à l'aveugle qu'il avait éclairé bien plus en son esprit qu'en son corps : « Je suis venu en jugement en ce monde, afin que ceux qui ne voient pas commencent à voir et que ceux qui voient soient aveuglés ('). » [P. 21] Chrétiens, ne tremblez-vous pas à ces paroles de notre Sauveur? Toutefois j'espère de la miséricorde de Dieu qu'elles ne sont pas dites pour vous. Tremblez, infidèles; tremblez, endurcis : c'est vous seuls que Jésus aveugle. Et vous, vrais fidèles de Ji':sus-Christ, vous qui avez sa crainte en vos cœurs, ouvrez, ouvrez vos yeux à cette lumière qui n'éblouit que les orgueilleux ; et comprenez avec foi et soumission les profonds conseils du Père éternel, dans l'envoi de son Fils Jksus-Christ. Pressons ici nos raisonnements, afin de laisser du temps à une brièvc réflexion sur nos mœurs.

Premièrement je pourrais vous dire, pour arrêter d'abord une curiosité peu respectueuse, que Dieu, cjui modère comme il lui plaît l'ouvrage de notre salut, et qui sait ce qui nous est propre, n'a pas jugé à propos que nous eussions toutes les raisons du mystère. Quand le sag(î architecte commence de rebâtir un vieux édifice, l'ignorant spectateur s'imagine qu'il renverse tout. Sa faible imaginaiioii ne voit (jue désordre, ne pouvant supporter un dessein trop lort : mais, quand il a mis la dernière main à l'ouvrage, alors on voit reluire de toutes parts l'art et la conduite; de l'ouvrier. Eh ! ne savez-vous i)as, chrétiens, (jue clans les Ecritures divines

n. Is.^ xxvm, 16. — h. Ibid.^ vin, 14. — c. J's., txvii, :i. — (/. /.uc, il, 34.— c.Joan., IX, 39.

470 SUR Jl^SUS-CHRIST

tout l'œuvre de notre salut est souvent comparé à un édifice soutenu « sur le fondement des apôtres, et sur la pierre angulaire qui est Jésus-Christ (^) ? » Dieu donc, dans le cours des siècles, s'est proposé de rétablir l'homme comme un bâtiment ruineux. Il a posé le fondement de cette nouvelle structure en la vie de Notre Seigneur. Les sens humains n'y comprennent rien ; tout les choque, tout les embarrasse : de là le scandale et le trouble. Mais à ce grand jugement où Dieu couronnera l'édifice par la glorieuse immortalité de nos corps; où, toutes choses* étant consommées, [p. 22] « il sera tout en tous, » comme dit l'Apôtre Q ; alors la lumière éternelle venant à se découvrir à nos cœurs, quel ordre, quelle sagesse, quelle beauté ne verrons-nous pas dans ce qui paraissait à nos sens si confus et si mal digéré! Par conséquent, ô homme, crois en attendant que tu voies. Sache que la guérison de tes maladies dépend absolument de la confiance que tu auras en ton médecin : Crois, et tu seras sauvé, nous dit-il ('') ; prends, sans examiner, l'infaillible remède qu'il te présente. S'il s'en réserve le secret pour un temps, dès à présent il t'en abandonne l'usage : et sa miséricordieuse bonté a tellement disposé toutes choses, qu'y croire c'est ta santé, le connaître ce sera ta félicité.

Est-il rien de plus convenable ? D'autant plus que ce grand médecin qui entreprend de traiter tes plaies, connaissant parfaitement leur malignité et le vice de ta nature, a bien vu qu'il n'y avait rien qui te fût plus propre ni plus nécessaire que l'humilité. O homme, si tu l'entends, l'orgueil est ta maladie la plus dangereuse. C'est par l'orgueil que secouant le joug de l'autorité souveraine, par laquelle ton âme doit être régie, tu t'es fait toi-même ta loi : la conduite de ta raison, ç'ont été ses propres lumières ; la règle de ta volonté, ç'ont été ses inclinations. C'est là ta blessure mortelle. Il faut que ces deux facultés soient humiliées, afin qu'elles puissent être guéries. Comme ta volonté s'abaisse par l'obéissance, ton entendement se soumet par la foi. Tu soumets ta volonté à ton Dieu, quand tu embrasses les choses, parce qu'il les veut : tu lui soumets ton entendement,

a. E-phes.^ n, 19. — b.\ Cor.^ xv, 28. — c. Ltic.^ viil, 50.

quand tu les crois, parce qu'il les dit. Cette soumission te semble bien grande. Mais un Dieu, homme pour l'amour de nous, un Dieu, mort pour l'amour de nous, veut un sacrifice plus entier dans un abaissement plus profond. Car un Dieu- Homme et un Dieu mourant, n'est-ce pas un Dieu [p. 23] anéanti, comme dit l'Apôtre ('') ? Et quel doit être le sacrifice d'un Dieu anéanti pour l'amour de l'homme, sinon l'homme anéanti devant Dieu ? Or, ce ne serait pas faire beaucoup pour lui que de pratiquer les choses aisées, et de croire celles qui sont plausibles ; de sorte que, pour la perfection de ce sacrifice que nous devons offrir au Dieu incarné, il fallait et faire les choses difficiles ('), et croire les incroyables. Ainsi nous détruisons devant lui tout ce que nous sommes, afin que tout soit réparé de sa main ('). C'est pourquoi il était à propos, pour rétablir la raison humaine par l'humilité, que les vérités de Jésus fussent incroyables. Et tout ce qui est incroyable est choquant ; et tout ce qui est choquant, fait du trouble : de là le scandale des infidèles. Davantage, la vérité la plus importante qu'il fallait nous faire connaître, était notre faiblesse et notre impuissance ; parce qu'en nous montrant clairement combien nous sommes impuissants par nous-mêmes, c'était l'unique moyen de nous faire recourir avec confiance au mérite du libérateur Jésus-Christ. Or, quand je vois sa doctrine et sa vie si cruellement combattues, voici la réflexion que je fais : D'où vient cette résistance si furieuse que l'on apporte à l'œuvre de notre salut? N'est-ce pas ce que dit saint Paul : « L'homme animal ne comprend pas les secrets de Dieu ('') ?»N estce pas ce que dit Jésus-Ciikist : «Pourquoi n'entendezvous pas mes discours ? Parce que vous ne pouvez pas entendre mon langage (') ? » D'où vient qu'ils ne pouvaient pas entendre son langage ? C'est qu'ils le voulaient entendre par eux-mcMiies ; et il leur était impossible. N'entendant pas ce langage, ils ne pouvaient qu'être étourdis de la voix de

a. Philif).^ II, 7. — b. I Cor.^ Il, 14. — c. Joati., \ m, 43

1. Var. les choses (jui sont pi'niblcs. — Dcforis prot'crc la varianic, mais voyez le Sonnnaire.

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