I. Kir. a commencé d'occuper nos corps
Sermons de Bossuet. 33
Dieu nous assure qu'il ne fait rien que ce qu'il voit faire à son Père, ainsi le Saint-Esprit, « qui reçoit du Fils, » demeo accipiet {^), qui procède de lui non moins que du Père, il le regarde comme l'exemplaire de tous ses ouvrages ; tous ceux dans lesquels il fait sa demeure, il ne les quitte pas jusqu'à temps qu'il y ait formé Jésus-Christ, et qu'il en ait fait ses images vivantes. C'est (') pourquoi l'Apôtre a dit ces excellentes paroles : « Si Celui qui a ressuscité Jésus-Christ habite en vous, il vivifiera vos corps mortels par la vertu de son Esprit qui habite en vous ('''). »
Éveillons-nous donc, mortels misérables ; considérons la grandeur de nos espérances. Ressusciter comme Jésus- Christ, être semblable à Jésus-Christ, être glorieux comme Jésus-Christ : Dieu éternel ! est-il rien de plus grand ? Hé ! ramperons-nous toujours sur la terre !
Remets en ton esprit, chrétien, les vérités chrétiennes et évangéliques que tu as aujourd'hui entendues. Je t'ai montré par les Écritures que tu n'es plus un homme charnel, mais un homme céleste parla nouveauté de vie (^). Si tu es véritablement chrétien, c'est Dieu même qui te meut, c'est lui qui t'anime. Considère tant de grandes choses qui se font en toi, et tant d'autres encore plus grandes qui s'y commencent. Si Dieu est tout-puissant, il est très certain que tous les ouvrages qu'il commencera auront un jour la dernière main. Il commence ici-bas la justice en ruinant la tyrannie du péché : et donc viendra le temps que la justice sera parfaite. Ici il fait croître la charité par laquelle la convoitise est diminuée tous les jours : un jour donc la convoitise seraéteinte et la charité sera consommée. En combattant la concupiscence, il commence à établir nos cœurs dans la paix : nous verrons donc enfin cette bienheureuse journée en laquelle sans trouble, sans douleur, sans inquiétude, nous jouirons éternellement avec Dieu d'une pleine paix. Cette pauvre chair corruptible est déjà en quelque sorte vivifiée par le
a. Joan.^ xvi, 14. — b. Rom.^ Vlll, 11.
1. Var. C'est l'apôtre saint Paul qui le dit en ces excellentes paroles.
2. Encore une fois, toute la récapitulation qui suit aurait bien dû faire reconnaître l'unité de l'œuvre.
Saint-Esprit : elle vivra entièrement d'une vie divine et par conséquent immortelle. Toutes ces choses se commencent en nous ; et d'autant qu'elles s'y commencent par l'Esprit de Dieu, il n'y a aucune puissance en ce monde qui puisse empêcher le progrès de ce grand ouvrage. Nous seuls y pouvons apporter obstacle, parce que notre consentement y est nécessaire. Pour recevoir les bienfaits de Dieu, il faut que nous nous plaisions dans ses volontés. Tout s'accomplira, si nous le voulons : et nous ne le voulons pas ! Quelle fureur ! Quel aveuglement !
Chrétien ('), dans ces saintes solennités, tu as bu à la fontaine de vie dans la source des sacrements. Tu as reçu la grâce, je le veux croire ; tu as repris une vie nouvelle avec Jésus-Christ. Cette vie nouvelle n'est que commencée icibas, et quand elle sera consommée, elle aura tous ces admirables effets que je te représentais tout à l'heure. Dans un mois, dans dix jours, dans trois jours peut-être tes anciennes habitudes se réveilleront. L'ivrognerie, l'impudicité, la vengeance te rappelleront à leurs faux plaisirs. Tu avais pardonné une injure ; le venin de la haine reprendra ses forces. Arrête, misérable. Considère : eh ! que de belles espérances tu vas détruire, que de beaux commencements tu vas arrêter ! Si c'est une malice insupportable de déraciner la première verdure des champs, parce qu'elle est l'espérance de nos moissons ; si nous tenons à très grande injure que l'on arrache dans nos jardins une jeune plante, parce qu'elle nous promettait (^) de beaux fruits, quelle est notre folie, quelle injure nous faisons-nous à nous-mêmes, à l'Eglise, à l'Esprit de Dieu, de chasser cet Esprit qui commençait en nous un si grand ouvrage, de mépriser la grâce qui est une semence
1. Cette péroraison est entrée, sans aucune correction, dans le sermon tlu Carême des Minimes. Il est bien certain que Bossuet ne l'a pas redite textuellement. Dans le sermon du dimanche précédent, il avait fait entendre < une forte réflexion sur les chan^^ements précipités de l'honneur... » i>iniiilcmcnt indiquée au manuscrit (Édit. Cuvjiet., p. 144). Ici encore il aur.i modilié telle pensée, ou telle expression. L'appel lati on y/<AVt-j, qu'il n'a pas remplacée, n'a pas dû être employée à Paris.
2. Var. parce qu'elle devait .q)portcr de beaux fruits. - Les éditeurs, brouillant ces variantes, impriment : « clic nous promettait d'ai)iiorter... >
5l6 POUR LE JOUR DE PAQUES.
d'immortalité, de perdre la vie nouvelle qui croissant tous les jours, fût venue à cette perfection que je vous ai dite!
Par conséquent, mes frères, « comme Jésus-Christ est ressuscité, ainsi marchons en nouveauté de vie. >> Puisque nous sommes ici-bas, en cet exil du monde, parmi tant de maux, songeons qu'il n'est rien de meilleur que cette belle, cette illustre espérance que Dieu nous présente par Jésus- Christ. Après avoir confessé nos péchés dans l'humilité de la pénitence, cessons, cessons d'aimer ce que nous avons détesté solennellement devant le ministre de la sainte Église, en présence de Dieu et de ses saints anges. N'allons point aux eaux infectées, après nous être lavés au sang de Jésus. Après avoir « communiqué » à son divin corps, qui est le crage de notre glorieuse résurrection, ne communiquons point à Satan, ni à sa pompe, ni à ses œuvres. Que la joie sainte de l'Esprit de Dieu surmonte la fausse joie de ce monde.
Je me souviens ici, chrétiens, de la joie, de l'allégresse divine et spirituelle qui était autrefois dans l'Eglise au saint jour de Pâques. C'était vraiment une joie divine, une joie qui honorait Jésus-Christ, parce qu'elle n'avait point d'autre objet que la gloire de son triomphe. C'était pour cela que les déserts les plus reculés et les solitudes les plus affreuses prenaient une face riante. Maintenant nous nous réjouissons, il n'est que trop vrai ; mais ce n'est pas vous, mon Sauveur, qui êtes la cause de notre joie. Nous nous réjouissons de ce qu'on pourra faire bonne chère en toute licence : plus de jeûne, plus d'austérités ! Si peu de soin que nous avons peut-être apporté pendant le Carême à réparer les désordres de notre vie ('), nous nous en relâcherons tout à fait. Le saint jour de Pâques, destiné pour nous faire commencer une vie nouvelle avec le Sauveur, va ramener sur la terre les pernicieuses délices du siècle, si toutefois nous leur avons donné quelque trêve, et ensevelira dans l'oubli la mortification et la pénitence ; tant la discipline est énervée parmi nous ! Nous croyons avoir assez fait quand nous nous sommes acquittés
I, Var. de nos appétits. — C'était une seconde rédaction. Bossuet revient à la première qu'il récrit.
pour la forme d'une confession telle quelle, et d'une communion qui peut être est un sacrilège. Mais quand même elle serait sainte, comme je le veux présumer, vous n'avez fait que la moitié de l'ouvrage.
Fidèles, je vous en avertis de la part de Dieu, la principale partie reste à faire, qui est d'amender votre mauvaise vie, de corriger le dérèglement de vos mœurs, et de déraciner ces habitudes invétérées qui vous sont comme passées en nature. Si vous en avez été justifiés, j'avoue que vous n'avez plus à craindre la damnation éternelle ; mais ne vous imaginez pas pour cela être en sûreté. Craignez vos mauvaises inclinations ; craignez ces objets qui vous plaisent trop ('), craignez ces dangereuses rencontres dans lesquelles votre innocence a déjà tant de fois fait naufrage ; que votre expérience vous fasse prudents, et vous oblige à une précaution salutaire.
Car la pénitence a deux qualités qui sont toutes deux également saintes et inviolables. Retenez ceci, s'il vous plaît : la pénitence a deux qualités : elle est le remède pour le passé ; elle est une précaution pour l'avenir. La disposition pour la recevoir comme remède de nos désordres passés, c'est la douleur des péchés que nous avons commis. La disposition pour la recevoir comme précaution de l'avenir, c'est une crainte filiale des péchés que nous pouvons commettre, et des occasions qui nous y entraînent. Gardons-nous bien, fidèles, de violer la sainteté de la pénitence en l'une ou vn l'autre de ses parties, de peur de faire injure à la grâce et à la libéralité du Sauveur.
Par conséquent ne perdons jamais cette crainte respectueuse qui est l'unique garde de l'innocence. Craignons de perdre jivsus, qui nous a gagnés [)ar son sang. Partout où je le vois il nous tend les bras, Ji'isus nous tend les bras à la croix : Venez, dit-il, mourir avec moi. Ji'siis-Ciikist sortant du tombeau, victorieux de la mort, il nous ttMul les bras : Venez, dit-il, ressusciter avec m(M.Ji-:sus-CiiKisT à la dextre(')
1. V(ir. plus cju'il n'est ronvcnablc ?i un < hniii-n (|ui a participe' nu corps du Sauveur.