‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 270 sur 296 · L'ASCENSION · texte numérisé non relu

L'ASCENSION

prêché à Metz, devant la communauté de la Propa-

gation de la Foi, dont Bossuet était le Supérieur.

1654 (au plus tard).

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On ne peut hésiter pour la date de ce sermon qu'entre 1653 et 1654. La seconde nous a paru la plus probable après une étude minutieuse de récriture et de l'orthographe du manuscrit. Apparemment il ne fut pas résumé à l'époque des sommaires ; mais l'auteur a marcjuc d'un trait à la sanguine les principaux passages.

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JÉSUS notre avant-coureur est entré pour nous au-dedans du voile, — c'est-à-dire au ciel, — fait pontife éternellement selon l'ordre de Mclchiscdcch.

{Hcbr.^ VI, 20.)

SI l'on voyait une telle magnificence, lorsque les consuls et les dictateurs triomphaient des nations étrangères ; si les arcs triomphaux portaient jusqu'aux nues le nom et la gloire du victorieux ; s'il montait dans le Capitole au milieu de la foule de ses citoyens, cpii faisaient retentir leurs acclamations jusque devant les autels de leurs dieux ; aujourd'hui que notre invincible Libérateur fait son entrée au plus haut des cieux, enrichi des dépouilles de nos ennemis, quelle serait notre ingratitude, si nous n'accomj^agnions son triomphe de pieux cantiques et de sincères actions de grâces ! Certes, il est bien juste, ô Seigneur Ji':sus, que nous assistions avec une sainte allégresse à la célébrité dt; votre triomphe. Car encore que, sortant de ce monde, \ ous empor-

1. Mss. 12824, ^- '3^^- ï^etit in-f', sans marine ni |)a^ination.

2. A la pi. ire de ce texte ^rcc, les premiers éditeurs ont donnt' le latin : Prtrcurso) pro fwbis introivif Jesus^ secundum ordincm .\tclchisedcih pontiftx fiutus in çEtcrnn7)u

C20 POUR LE JOUR DE l'aSCENSION.

tiez avec vous toute notre joie, encore que cette solennité regarde plus apparemment les saints anges, qui seront dorénavant réjouis par l'honneur de votre bienheureuse présence, toutefois il est assuré que nous avons la plus grande part en cette journée. Vos intérêts sont de telle sorte liés avec ceux de notre nature, qu'il ne s'accomplit rien en votre personne qui ne tourne à l'avantage du genre humain. Vous ne montez au ciel que pour nous en ouvrir le passage : « Je m'en vais, dites-vous, préparer vos places {''). » C'est pourquoi votre apôtre saint Paul ne craint pas de vous appeler notre avant-coureur, et de dire que vous entrez pour nous dans le ciel : tellement que si nous savons comprendre vos intentions, vous ne frustrez aujourd'hui notre vue que pour accroître notre espérance.

Et, en effet, considérons, mes très chères sœurs, quel est le sujet de ce magnifique triomphe qui se fait aujourd'hui dans le ciel : n'est-ce pas, qu'on y reçoit Jésus-Christ comme un conquérant ? Mais c'est nous qui sommes sa conquête ; et c'est de nos ennemis qu'il triomphe. Toute la cour céleste accourt au-devant de Jésus, on publie ses louanges et ses victoires ; on chante qu'il a brisé les fers des captifs, et que son sang a délivré la race d'Adam éternellement condamnée. Que si on honore sa qualité de Sauveur, eh ! quelle est donc notre gloire, mes sœurs, puisque le salut et la délivrance des hommes fait non seulement la fête des anges, mais encore le triomphe du Fils de Dieu même.^ Réjouissons-nous, mortels misérables, et ne respirons plus que les choses célestes. La divinité de Jésus, toujours immuable dans sa grandeur, n'a jamais été abaissée ; et par conséquent ce n'est pas la divinité qui est aujourd'hui établie en gloire, car elle n'a jamais rien perdu (') de sa dignité naturelle. Cette humanité qui a été méprisée, qui a été traitée si indignement, c'est elle qui est élevée aujourd'hui : et si Jésus est couronné en ce jour illustre, c'est notre nature qui est couronnée ; c'est elle qui est placée dans ce trône auguste devant lequel le ciel et la terre se courbent. «Celui qui est descendu, dit saint Paul {^),

a.Joan.^ XIV, 2. — b. Ephes.^ iv, 10.

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