‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 271 sur 296 · I. Var. Elle n'est jamais déchue · texte numérisé non relu

I. Var. Elle n'est jamais déchue

c'est lui-même qui est monté : » celui qui était si petit sur la terre, est infiniment relevé dans le ciel ; et par la puissance de Dieu, sa grandeur est crue selon la mesure de sa bassesse.

Nous lisons au livre des Nombres, chapitre x. que, lorsqu'on élevait l'arche d'alliance. Moïse disait : « Élevez-vous, Seigneur, et que vos ennemis disparaissent, et que ceux qui vous haïssent soient dissipés devant votre face; » et lorsque les lévites la descendaient : « Venez, disait-il, ô Seigneur, à la multitude de l'armée d'Israël. » Que signifiait cette arche, sinon le Sauveur ? C'était par l'arche que Dieu rendait ses oracles ; par l'arche il se faisait voir à son peuple ; l'arche était ornée de deux chérubins sur lesquels il se reposait en sa majesté. Et n'est-ce pas Jésus qui est l'interprète et l'oracle du Père, parce qu'il est sa parole et son Fils ? n'estce pas en la personne du Médiateur « que la divinité habite corporellement, » comme dit l'apôtre saint Paul (''), et que ce Dieu invisible en lui-même, en s'appropriant une chair humaine, s'est vraiment rendu visible aux mortels ? Et ainsi l'arche représentait au vieux peuple le Fils de Dieu fait homme, qui est le prince du peuple nouveau : c'est lui en effet qui est descendu, et c'est lui aussi qui est élevé. Ce Dieu-Homme est descendu pour combattre : c'est pourquoi Moïse disait : « Descendez, Seigneur, à l'armée. » Il monte pour triompher; c'est pourquoi le même Moïse dit : « Elevezvous, Seigneur, et que vos ennemis fuient devant votre f^ice. » Moïse prie le Dieu d'Israël de descendre à l'armée de son peuple ; cela sent le travail du combat : mais en ce qu'il assure qu'en s'élevant sa présence dissipera tous ses ennemis, qui ne remarque la tranquillité du triomphe ? C'est ce que nous voyons accompli en la personne de notre Sauveur. Jksus- CiiRiST, dans l'infirmité de sa chair, au jour de sa Passion douloureuse, a livré bataille à Satan et à ses anges rebelles, qui étaient conjurés contre lui. Sans doute il est descendu pour combattre, puisqu'il a combattu par sa mort : c'tîst descendre infiniment à un Dieu, que de mourir cruellement sur un bois infâme. Mais aujourd'hui ce même Jésus, après son combat, montant à la droite du Père, met tous ses enne-

a. Coloss.y II, 9.

mis à ses pieds ; et à la vue d'une si grande puissance, « tout i^enou se llcchit devant lui, comme dit l'Apôtre, dans le ciel, sur la terre, et dans les enfers ("). » Chantons donc avec le Psalmiste, et disons à notre Maître victorieux : « Elevezvous, Seigneur, au lieu de votre repos ; vous et l'arche que vous vous êtes sanctifiée ('') ; » c'est-à-dire, vous et l'humanité que vous vous êtes unie ; disons avec Moïse : « Élevezvous, Seigneur, et que vos ennemis disparaissent, et que ceux qui vous haïssent soient dissipés devant votre face {'). » Et certainement il est vrai que la magnificence de son triomphe dompte la fierté de ses adversaires, et rompt leurs entreprises audacieuses. Les démons n'auraient point senti leur déroute, s'ils n'avaient reconnu par expérience que l'autorité souveraine avait été mise aux mains de celui dont ils avaient méprisé la faiblesse : c'est pourquoi il était convenable qu'après être descendu pour combattre, il allât au ciel recueillir la gloire que ses victoires lui avaient acquise. Comme un prince qui a sur les bras une grande guerre contre une nation éloignée, quitte pour un temps son royaume pour aller combattre ses ennemis en leur propre terre ; puis, l'expédition étant achevée, il rentre avec un superbe appareil dans la ville capitale de son royaume, et orne toute sa suite et ses chariots des dépouilles des peuples vaincus ; ainsi le Fils de Dieu, notre roi, voulant renverser le règne du diable, qui, par une insolente usurpation, s'était hautement déclaré le prince du monde, est lui-même descendu en terre, pour vaincre cet irréconciliable ennemi ; et l'ayant dépossédé de son trône par des armes qui n'auraient rien eu que de faible, SI elles avaient été employées par d'autres mains que celles d'un Dieu, il ne restait plus autre chose à faire sinon qu'il retournât triomphant au ciel, qui est le lieu de son origine, et le siège principal de sa royauté. Vous voyez donc que Jésus-Christ, comme roi, devait nécessairement remonter au ciel.

Mais le Seigneur Jésus n'est pas seulement un roi puissant et victorieux ; il est le grand sacrificateur du peuple fidèle, et le pontife de la nouvelle alliance ; et de là vient

a. Philipp.^ II, 10. — ^. Ps.^ CXXXI, 8. — ç. Nîtm., x, 35.

qu'il nous est figuré dans les Écritures en la personne de Melchisédech, qui était tout ensemble et roi et pontife. Or cette qualité de pontife, qui est le principal ornement de notre Sauveur en qualité d'homme, l'obligeait encore, plus que sa royauté, à se rendre auprès de son Père pour y traiter les affaires des hommes, desquels il est établi le Médiateur. Et d'autant que le texte du saint Apôtre, que je me suis proposé de vous expliquer, joint l'ascension de Jésus-Christ dans les cieux avec la dignité de son sacerdoce, suivons diligemment sa pensée, et proposons la doctrine toute céleste qu'il étale avec une si divine éloquence dans l'incomparable Epître aux Hébreux. Mais, pour y procéder dans un plus grand ordre, réduisons tout notre discours à trois chefs.

Le pontife, ainsi que nous le verrons dans la suite, est le député du peuple vers Dieu : en cette qualité il a trois fonctions principales. Et premièrement il faut qu'il s'approche de Dieu au nom du peuple qui lui est commis : secondement, étant près de Dieu, il faut qu'il s'entremette et qu'il négocie pour son peuple : et enfin, en troisième lieu, parce qu'étant si proche de Dieu il devient une personne sacrée, il faut qu'il consacre les autres en les bénissant. J'espère, avec l'assistance divine, que la suite de mon discours vous fera mieux comprendre ces trois fonctions : pour cette heure, je ne vous demande autre chose sinon que vous reteniez ces trois mots : « Le pontife, dit l'apôtre saint Paul (''), est établi près de Dieu pour les hommes : » pour cela il faut qu'il s'approche, il faut qu'il intercède, il faut qu'il bénisse. Car s'il ne s'approchait, il ne serait pas en état de traiter; et s'il n'intercédait, il lui serait inutile de s'approcher ; et s'il ne bénissait, il ne servirait rien au peuple de l'employer. Ainsi, en s'approchant, il nous prépare les grâces ; en intercédant, il nous les obtient ; en bénissant, il les épanche sur nous. Or ces fonctions sont si excellentes, qu'aucune créature vivante n'est capable de les exercer dans leur perfection. C'est Ji':sus, c'est Jr:sus qui est l'unique et le véritable pontife : c'est lui seul qui ai)[)r(v che de Dieu avec dignité, lui seul qui intercède avec fruit, a, Hebr.^ v^ i,

lui seul qui bénit avec efficace. Ce sont de grandes choses en peu de mots : attendez-en l'explication de l'Apôtre, dont je ne ferai que suivre les raisonnements. Montrons, par cette doctrine toute chrétienne, qu'il était nécessaire que notre Sauveur, pour faire sa charge de grand Pontife, allât prendre sa place auprès de son Père, à la droite de la majesté : faisons voir incidemment à nos adversaires, qui veulent tirer ces belles maximes à l'avantage de leur nouvelle doctrine, qu'ils les ont très mal entendues, et que le véritable sens en est dans l'Église. Seigneur Jésus, soyez avec nous.

PREMIER POINT

La doctrine de l'Apôtre m'oblige à vous représenter la structure du Tabernacle, qui était le temple portatif des Israélites, et tout ensemble celle du temple auguste de Jérusalem, que Salomon avait fait bâtir sur la forme du Tabernacle que Dieu lui-même avait désigné à Moïse. Le temple donc et le Tabernacle avaient deux parties : le devant du temple; l'autel des sacrifices était au milieu, dont l'entrée était libre à tous les enfants d'Israël ; là se faisaient les oblations, et toutes les autres cérémonies qui regardaient le service divin : le lieu saint, [où étaient] les tables, les pains de proposition, les parfums, le chandelier d'or, [et où entraient] les enfants d'Aaron et les lévites ('). Mais il y avait une autre partie plus secrète et plus retirée, où était l'arche, et le propitiatoire qui était la couverture de l'arche, et les chérubins d'or qui étendaient leurs ailes sur l'arche comme pour couvrir la majesté du Dieu des armées, qui avait en ce temps choisi l'arche pour sa demeure. Ce lieu auguste, si religieux et si vénérable, consacré par une dévotion (-) plus particulière, s'appelait l'Oracle ou le Sanctuaire, ou autrement le Lieu très saint et le Saint des saints, selon la façon de parler des Hébreux. De ce lieu, il était prononcé : Quiconque y entrera, il mourra de mort. C'était le lieu secret et inaccessible, où on n'osait pas même porter ses regards ; tant il était vénérable et ter-

I. Cette phrase est une addition, écrite en abrégé. Nous y laissons les verbes ajoutés par Deforis, sans lesquels elle serait peu intelligible, 3. Var. par une religion très particulière.

rible : et c'est pourquoi, entre le Lieu saint et le Sanctuaire, un grand voile parsemé de chérubins était étendu, qui couvrait les mystères aux yeux du peuple, et leur apprenait à les respecter d-ins une profonde humiliation. Telle était la forme du temple où l'ancien peuple servait (') le Seigneur son Dieu.

Que ce lieu avait de majesté, chrétiens ! et que c'est avec beaucoup de raison que les plus grands monarques de l'Orient l'ont honoré par leurs sacrifices, et ont donné tant de privilèges illustres à ce temple et à ses ministres ! Mais il vous paraîtra beaucoup plus auguste, si vous remarquez que cette sainte maison était la seule dans tout l'univers que Dieu avait choisie pour son domicile, et qu'il n'y avait que ce lieu sur la terre où l'on fît le service du vrai Dieu vivant, et dans lequel on lui consacrât des victimes. C'est ce qui a fait dire aux anciens Hébreux, et après à quelques auteurs ecclésiastiques {'') que ce temple unique du peuple de Dieu était la figure du monde. Car de même qu'il n'y a qu'un Dieu créateur et un monde qui est l'ouvrage de sa sagesse et comme le temple de sa majesté, où il est loué et servi par l'obéissance de ses créatures; ainsi il n'y avait qu'un seul temple, qui représentait dans son unité le monde unique, qui a été fait ( ) par le Dieu unique.

Selon cela, j'apprends de l'Apôtre (^) que cette partie du temple de Salomon dans laquelle se faisait l'assemblée du peuple nous figurait la terre, qui est la demeure des hommes, et que ce lieu si secret, si impénétrable (^), oii était l'arche du témoignage, « où Dieu, comme dit le Psalmiste ("), était assis sur les chérubins, » représentait cette haute demeure que l'Ecriture appelle « le ciel des cieux (^'), » où l'iùernel se fait voir en sa gloire. C'est pourquoi et l'arche et le sanc-

a. Ps.y XCVlil, I. — />. Ibid.^ CXlll, 16.

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