Var. dan<;ereuses
3. C'est d(5j:\ la pensée que le discours /r'//r hi l^rofession t/e M"" de la l a//i?re rendra si célèbre. C'est donc àsoi-mcnie que lîossuct rempruntera alors (1675), non aux Pensées de Pascal, qui parurent en 1670.
persuade que nous sommes en bonne santé : c'est en cela que je suis plus malade, que je ne sais pas déplorer ma misère ni implorer le secours du Libérateur; faible et altier tout ensemble, impuissant et présomptueux.
Et d'ailleurs je ne m'étonne pas, si, vivant comme nous vivons, nous ne sentons pas la guerre éternelle que nous fait la concupiscence. Lorsque vous suivez en nageant le cours de la rivière qui vous conduit, il vous semble qu'il n'y a rien de si doux ni de si paisible; mais si vous remontez contre l'eau, si vous vous opposez à sa chute, c'est alors, c'est alors que vous éprouvez la rapidité de son mouvement. Ainsi je ne m'étonne pas, chrétien, si menant une vie paresseuse, si ne faisant aucun effort pour le ciel, si ne songeant point à t'élever au-dessus de l'homme, pour commencer à jouir de Dieu, tu ne sens pas la résistance de la convoitise; c'est qu'el'le t'emporte toi-même avec elle : vous marchez ensemble d'un même pas, et vous allez tous deux dans la même voie : ainsi son impétuosité t'est imperceptible.
Un saint Paul, un saint Paul la sentira mieux; parce qu'il a ses affections avec Jésus-Chrlst : les inclinations charnelles le blessent, parce qu'il aime la loi du Seigneur; tout ce qui s'y oppose,lui devient sensible. Saint (^) Augustin [p. 1 7] a bien compris sa pensée. Il a voulu, dit-il, faire voir à l'homme combien était grande son impuissance, et combien déplorable son infirmité, puisqu'une loi si juste et si sainte lui devenait un poison mortel; « afin que, par ce moyen, nous
I. Seconde rédaction, destinée à concentrer la première. Les éditeurs, sans tenir compte d'un renvoi du manuscrit, les cousent ensemble à la suite. Singulière façon d'abréger ! Voici l'ancien développement :
« Aspirons à la perfection chrétienne : suivons un peu JÉSUS-Christ dans a voie étroite, et bientôt notre expérience nous fera reconnaîte notre infirmité. C'est alors qu'étant fatigués par les opiniâtres oppositions de la convoitise, nous confesserons que les forces nous manquent si la grâce divine ne nous soutient. Car enfin ce n'est pas un ouvrage humain de dompter cet ennemi domestique qui nous persécute si vivement, et qui ne nous donne aucune relâche. Ltant ainsi déchirés en nous-mêmes, nous nous consumons par nos propres efforts; plus nous pensons nous pouvoir relever par notre naturelle vigueur, et plus elle se diminue; comme un pauvre malade moribond qui ne sait plus que faire; il s'imagine qu'en se levant il sera un peu allégé, il achève de perdre son peu de force par un travail qu'il ne peut supporter, et, après qu'il s'est beaucoup tourmenté k traîner ses membres appesantis avec [p. 25] une extrême conten-
reconnussions humblement qu'il ne suffît pas que Dieu nous enseigne, mais qu'il est nécessaire qu'il nous soulage, » non tantum doctorem sibi esse necessariiDJi, vertini clia?n adjittore7n Deum {^). C'est pourquoi le grand docteur des gentils, après avoir dit de la Loi toutes les choses que je vous ai rapportées, commence à se plaindre de sa servitude. «Je me plais, dit-il (^), à la loi de Dieu selon l'homme intérieur ; mais je sens une loi en moi-même qui répugne à la loi de l'esprit, et me captive sous la loi du péché : car je ne fais pas le bien que je veux; mais je fais le mal que je hais. Malheureux homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort? La grâce de Dieu par Notre-Seigneur Jësus-Ciirist.» C'est là enfin, fidèles, c'est à cette grâce que notre impuissance doit nous conduire. La Loi ne fait autre chose que nous montrer ce que nous devons demander à Dieu, et de quoi nous avons à lui rendre grâces; et c'est ce qui a fait dire à saint Augustin (^) : « Faites ainsi. Seigneur, faites ainsi, Seigneur miséricordieux : commandez ce qui ne peut être accompli; ou plutôt commandez ce qui ne peut être accompli que par votre grâce ; afin que tout fléchisse devant vous; et que celui qui se glorifie, se glorifie seulement en Notre- Seigneur. »
a. De Spirit. et litt.^ n. 9. — b. Rom., vn, 15, 22-25. — ^- ^^ ^^- cxviii, serm. xvii, n. 3.
tion, il retombe, ainsi qu'une pierre, sans pouls et sans mouvement, plus faible et plus impuissant que jamais. Ainsi en est-il de nos volontés, si elles ne sont secourues par la grâce. Or la grâce n'est point pur la Loi : car si la grâce était par la Loi, c'est en vain que Jésus-Christ serait mort ; et ce grand scandale de la croix serait inutile. C'est pourquoi l'évangéliste nous dit : « La loi a été donnée par Moïse; mais la grâce et la vérité a été faite par Jksus-Chkist. » (Joan.j I, 17.) D'où je conclus que, sous le Vieux Testament, tous ceu.x qui obéissaient à la grâce, c'était par le mérite de JÉSUS-Christ; et de 1«\ ils appartenaient au christianisme, parce que la grâce ni la justice n'est point par la Loi. Et de là, pour revenir à mon texte, j'infère avec l'Apôtre <i que la lettre tue. » Voyez si je prouverai bien ce que je propose, et renouvelez vos attentions.
Insistons toujours aux mêmes principes. Et ainsi, pour revenir â notre passage, figurez-vous cet homme malade, que je vous dépeignais tout à l'heure ; cet homnie tyrannisé par ses convoitises, cet homme imi)uissant .\ tout bien, qui, selon le concile d'Orange, i. n'a rien de son crû que le mensonge et le péché» {Conc. Arausic. II, can. xxil). Que produira la Loi en cet homme, puisciu'ellc ne peut lui donner la grâce? IClle parle, elle commande, elle tonne, elle retentit aux oreilles d'un ton puissant et impérieux ; m.iis (.[ue sert île frapper les oreilles, puisque la maladie est au c(cur.^ Je ne craindrai point de le dire : si
C'est là la vraie justice du christianisme, qui ne vient pas en nous par nous-mêmes, mais qui nous est donnée par le Saint-Esprit : c'est là cette justice qui est par la foi, que l'apôtre saint Paul élève si fort ; non pas comme l'entendent nos adversaires, qui disent que toute la vertu de justifier consiste en la foi. Ils n'ont pas bien pris le sens de l'Apôtre ; et je le prouve démonstrativement en un mot que je vous prie de retenir, pour les combattre dans la rencontre. « Si, dit saint Paul (''), j'ai toute la foi, jusqu'à transporter les montagnes, et que je n'aie pas la charité, je ne suis rien. » S'il n'est [p. 18] rien, donc il n'est pas juste : donc la foi ne justifie pas sans la charité. Et toutefois il est véritable que c'est la foi de Jésus-Chrlst qui nous justifie ; parce qu'elle n'est pas seulement la base, mais la source qui fait découler sur nous la justice qui est par la grâce. Car, comme dit le grand Augustin, « ce que la loi commande, la foi l'impètre : » Fides impetrat qtw ci lex imper at (^). La Loi dit : « Tu ne convoiteras pas (') ; » la foi dit avec le Sage : <:< Je sais, ô grand Dieu, et je le confesse, que personne ne peut être continent, si vous ne le faites (^), » Dieu dit par la Loi : « Fais ce que j'ordonne ; » la foi répond à Dieu : « Donnez, Seigneur, ce
a. I Cor.^ XHi, 2. — b. In Ps. cxvni, serm. xvi, n. 2. — c. Rom.^ vu, 7. — d. Sap., VIII, 21.
vous n'ajoutez l'esprit de la grâce, tout ce bruit de la Loi ne fait qu'étourdir le pauvre malade : elle l'effraye, elle l'épouvante ; mais il vaudrait bien mieux le guérir, et c'est ce que la Loi ne peut faire. Quel est donc l'avantage qu'apporte la Loi ? Elle fait connaître le mal ; elle allume le flambeau devant le malade, elle lui montre le chemin de la vie : « Fais ceci, et tu vivras, » lui dit-elle : Hocfac et vives (Luc, X, 28). Mais à quoi sert de montrer à ce pauvre paralytique qui est au lit depuis trente-huit ans, à quoi sert que vous lui montriez l'eau miraculeuse qui peut le guérir ? Homlnem non habeo (Joan., V, 7) : « Je n'ai personne, » dit-il ; il est immobile, il faut le porter : et il est impossible que la Loi le porte. Mais la Loi, direz-vous, n'a-t-elle donc aucune énergie? Certes, son énergie est très grande ; mais très pernicieuse à notre malade. Que fait-elle .'' Elle augmente la connaissance, et cela même augmente le crime. Elle me commande de la part de Dieu, elle me fait comprendre ses jugements. Avant la Loi, je ne connaissais pas que Dieu fût mon juge, ni qu'il prît la qualité de vengeur des crimes ; mais la Loi me montre bien qu'il est juge, puisqu'il daigne bien être législateur. Mais enfin que produit cette connaissance.^ Elle fait que mon péché est moins excusable, et ma rébellion plus audacieuse. C'est pourquoi l'Apôtre nous dit que « le péché a abondé par la Loi (/?<?;//., v, 20 ), » qu'elle lui donne de nouvelles forces, «qu'elle le fait vivre {Ibid.^ vil, 9) ; » parce qu'à tous les autres péchés elle ajoute la désobéissance formelle, qui est le comble de tous les maux.
que VOUS ordonnez (''). » La foi fait naître l'humilité, et l'humilité attire la grâce, « et c'est la grâce qui justifie (^). » Ainsi notre justification se fait par la foi, la foi en est la première cause ; et en cela nous différons du peuple charnel, qui ne considérait que l'action commandée, sans regarder le principe qui la produit. Quand ils lisaient la Loi, ils ne songeaient à autre chose qu'à faire ; et ils ne pensaient point qu'il fallait auparavant demander. Pour nous, nous écoutons, à la vérité, ce que Dieu ordonne ; mais la foi en Jésus-Chrlst nous enseigne que c'est de Dieu même qu'il le faut attendre. Ainsi notre justice ne vient pas des œuvres en tant qu'elles se font par nos propres forces ; elle naît de la foi, « qui, opérant par la charité, fructifie en bonnes œuvres, » comme dit l'Apôtre {').
En effet, croire en Jésus-Chrlst n'est-ce pas croire au Sauveur, au Libérateur ? Et quand nous croyons au Libérateur, ne sentons-nous pas notre servitude ? Quand nous confessons le Sauveur, ne confessons-nous pas que nous sommes perdus ? Ainsi, reconnaissant devant Dieu que nous sommes perdus en nous-mêmes, nous courons à Jésus-Christ par la foi, cherchant notre salut en lui seul : c'est là cette foi qui nous justifie, si nous croyons, si nous confessons que
a. S. Aug., Confess.^ lib. x. — b. Tit.^ m, 7. — c. Gai., v, 6; Coloss., i, 10.
De cette sorte, que fait la Loi ? Elle lie les transgresseurs par des malédictions éternelles ; parce qu'il est écrit dans cette Loi même : « Maudit est celui qui n'observe pas ce qui est commandé dans ce livre {Dcui. xxvii, 26). »
A présent, ne voyez-vous pas clairement toute la force du raisonnement de l'Apôtre ? car la Loi ne nous touchant (ju'au dehors, elle n'a pas la force de nous soulager ; et, sortant de la bouctie de Uieu, elle a la force de nous condamner. La Loi donc, considérée en cette manière, qu'est-ce autre chose qu'une lettre qui ne soutient pas l'impuissance, mais qui condamne la rébellion : « cjui ne soulage pas le malade, mais qui témoigne contre le pécheur? » \on adjultix lci:^£ntiutn, sed testis peccantium, dit saint Augustin {De divers. Quœst. ad Simplician., lib. I, quaîst. V, n. 7) : mais cet excellent docteur passe bien plus outre, appuyé sur la doctrine du saint Apôtre.
Achevons de faire connaître \ l'homme l'extrémité de sa maladie, afin qu'il sache mieux reconnaître la miséricorde infinie de son médecin. Nous avons dit c|ue notre plus grand mal, c'est l'orgueil. (2ue fait le commandement .\ un orgueilleux } Il fait qu'il se raidit au contraire, comme une eau ilébordéc qui s'irrite par les obstacles. Mt d'où vient cela .' C'est .\ cause i|ue l'orgueilleux n'atTcc te rien tant que la liberté, et ne fuit rien tant ([ue la dépendance : c'est pourquoi il se plail à secouer le joug. Il aime la licence ; parce qu'elle semble un débordement de
560 l'OUR LE JOUR DE LA PENTECOTE.
nous sommes morts, et que c'est Jésus-Christ qui nous rend kl vie. Chrétien, le crois-tu de la sorte: le croyons-nous ainsi, chrétiens.^ Si tu ne le crois pas, tu renies Jésus-Ciirlst pour Sauveur ; Jésus n'est plus Jésus, et toute la vertu de sa croix est anéantie. Que si nous confessons cette vérité, qui n'est pas un [p. 19] article particulier, mais qui est le fondement et la base qui soutient tout le corps du christianisme ; avec quelle humilité, avec quelle ardeur, avec quelle persévérance devons-nous approcher de notre grand Dieu, pour rendre grâces de ce que nous avons, et pour demander ce qui nous manque ! Que ma peine serait heureusement employée, si l'humilité chrétienne, si le renoncement à nousmêmes, si l'espérance au Libérateur, si la nécessité de persévérer dans une oraison soumise et respectueuse, demeuraient aujourd'hui gravés dans vos âmes par des caractères ineffaçables! Prions, fidèles, prions ardemment; apprenons de la Loi combien nous avons besoin de la grâce. Ecoutons le saint concile de Trente qui assure qu'en commandant, « Dieu nous avertit de faire ce que nous pouvons, et de demander ce que nous ne pouvons pas (''). » Entendons (') par cette doctrine qu'il y a des choses que nous pouvons,
a. Sess. VI, cap. xi.
la liberté. Notre âme donc étant inquiète, indocile et impatiente, la vouloir retenir par la discipline, c'est la précipiter davantage. Avouons la vérité, chrétiens ; nous trouvons une certaine douceur dans les choses qui nous sont défendues. Tel ne se souciera pas beaucoup de la chair, qui la trouvera plus délicieuse pendant le carême. La défense excite notre appétit, et par ce moyen fait naître un nouveau plaisir. Et quelle est la cause de ce plaisir, si ce n'est celle que je viens de vous rapporter, c'est-à-dire, cette vaine ostentation d'une liberté indocile et licencieuse qui est si douce à un orgueilteux, et qui fait que l'objet de ses passions « lui plaît d'autant plus, qu'il lui est moins permis ? » Tanto magis libet^ quanta minus licet^ dit saint Augustin {De divers. Qiiœst. ad Simplician.^ lib. I, quaîst. V, n. 17) ; et c'est ce que veut dire l'Apôtre aux Romains : « Le péché, prenant occasion du commandement, m'a trompé, et m'a fait mourir {Rom.^ vil, 1 1). » Le péché prenant occasion du commandement, il m'a trompé par cette fausse douceur que la défense fait naître. Elle est vaine, elle est fausse, il est vrai, mais plus charmante à une âme superbe; et c'est par cette raison qu'elle trompe facilement. Reprenons donc maintenant ce raisonnement. La Loi, par la défense, augmente le plaisir de mal faire, et par là excite la convoitise ; la convoitise me donne la mort : et partant la Loi me donne la mort, non point certes par elle-même, mais par la malignité du péché qui domine en moi. [En sorte que la concupiscence est devenue, par le commandement même, une source
I. Var, Il y a donc des choses que nous ne pouvons pas ; et si...
et d'autres que nous ne pouvons pas ; et si nous ne les demandons, elles ne nous seront pas données. Ainsi nous demeurerons impuissants, et notre impuissance n'excusera point notre crime : au contraire nous serons doublement coupables, en ce que nous serons tombés dans le crime pour n'avoir pas voulu demander la grâce. Combien donc est-il nécessaire que nous priions, ainsi que de misérables nécessiteux qui ne peuvent vivre que par aumônes! C'est ce que prétend l'apôtre saint Paul, dans cet humble raisonnement que j'ai tâché de vous expliquer : il nous montre notre servitude et notre impuissance; afin que les fidèles étant effrayés par les menaces de la lettre qui tue, ils recourent par la prière à l'Esprit qui nous vivifie. C'est la dernière partie de mon texte, par laquelle je m'en vais conclure en peu de paroles.
SECOND POINT
[P. 20] Je vous ai fait voir, chrétiens, par la doctrine de l'apôtre saint Paul, que la grâce et la justice n'est point parla Loi; d'autant qu'elle ne fait qu'éclairer l'esprit, et qu'elle n'est pas capable de changer le cœur. Mais, continue le même saint Paul, « ce qui était impossible à la Loi, Dieu l'a fait luimême en envoyant son Fils, qui a répandu dans nos âmes l'esprit de la grâce, afin que la justice de la Loi s'accomplit en nous ('') : » ce qui a fait encore dire à l'Apôtre, que « maintenant nous ne sommes plus sous la Loi {^'). » Or, pour entendre plus clairement ce qu'il nous veut dire, considérons
a. Rom.^ VHI, 3, 4. — b. Ibid.^ vi, 14.
plus abondante de péchd :] Ut fiât supra modum peccans pcccatum pcr man- (iattun, continue le mciiie saint Paul {Ibid.^ 13).
Ne voyez-vous pas maintenant plus clair ([ue le jour que non seulement les préceptes du Dccalogue, mais encore, par une conséquence infaillible, tous les enseignements de la Loi, et mcMTie toute la doctrine de l'Kvangile, si nous n'impétrons l'esprit de la grâce, ne sont qu'une lettre c|ui tue, c|ui pique \i'ar. enflamme) la convoitise par la défense, et comble {var. augmente) le péché par la transgression ? ICt ([uelle est donc l'utilité delà Loi? Ah ! c'est ici, mes frères, où il nous faut recueillir le fruit des doctes enseignements de l'.Vpôtrc. Ne croyons pas qu'il nous ait voulu débiter une doctrine si délicate .\ la manière des rhétoriciens. » — A cet endroit, les éditeurs placent la nouvelle rétlaction (voy. p. 556), ;\ la suite de l'ancienne, (|u'cllc devait remplacer. (Cf. notre Histoire critique de la Prédication de liossuct^ p. 74.)
Sermons de Hossuet. 36
r62 POUR LK JOUR DE LA PENTECOTE.
une belle distinction de saint Augustin (111^ traité sur saint Jean). « C'est autre chose, dit-il, d'être sous la Loi, et autre chose d'être avec la Loi. Car la Loi, par son équité, a deux grands effets : ou elle dirige ceux qui obéissent, ou elle rend punissables ceux qui se révoltent. Ceux qui rejettent la Loi, ils sont sous la Loi: parce que encore qu'ils fassent de vains efforts pour se soustraire de son domaine, elle les maudit, elle les condamne, elle les tient pressés sous la rigueur de ses ordonnances : et par conséquent ils sont sous la Loi, et la Loi les tue. Au contraire ceux qui accomplissent la Loi, ils sont ses amis, dit saint Augustin, ils vont avec elle; parce qu'ils l'embrassent, qu'ils la suivent, qu'ils l'aiment (''). » Ces choses étant ainsi supposées, il s'ensuit que les observateurs de la Loi ne sont [p. 21] plus sous la Loi comme esclaves, mais sont avec la Loi comme amis ('). Et comme dans le Nouveau Testament l'esprit de la grâce nous est élargi, par lequel la justice de la Loi peut être accomplie, il est très vrai, ce que dit l'Apôtre, que ^< nous ne sommes plus sous la Loi : » parce que si nous suivons cet esprit de grâce, la Loi ne nous châtie plus comme notre juge; mais elle nous conduit comme notre règle : de sorte que si nous obéissons à la grâce, à laquelle nous avons été appelés, la Loi ne nous tue plus ; mais plutôt elle nous donne la vie dont elle contient les promesses, d'autant qu'il est écrit : « Fais ces choses, et tu vivras ('''). » D'où il s'ensuit très évidemment que « c'est l'Esprit qui nous vivifie : » car la cause pour laquelle la lettre tue, c'est qu'elle (^) ne fait que retentir au dehors pour nous condamner. Or l'esprit agit au dedans pour nous secourir : il va à la source de la maladie ; au lieu de cette brutale ardeur qui nous rend captifs des plaisirs sensibles, il inspire en nos cœurs cette chaste délectation des biens éternels. C'est lui qui nous rend amis de la Loi; parce que, domptant la convoitise qui lui résiste, il fait que son équité nous attire. Vous voyez donc que c'est par l'esprit que nous sommes les amis
a. S. Aug., in Joan. Tract, ni, n. 2, — b. Luc, X, 28.