DEUXIÈME POINT. LES SUITES DU PÉCHÉ D'HABITUDE
La première, que quand on commet deux fois un même péché, le second est toujours • plus grand que le premier ; à cause que le péché s'augmente ou à raison de la grandeur de la matière en laquelle on pèche, ou à raison de la force avec laquelle on s'y attache» Le second péché est plus grand que le premier à raison de la matière : vous avez volé les particuliers ; dans deux jours vous volerez le prince, si l'occasion s'en présente : par les moindres péchés vous vous disposez aux plus grands. Achab ayant fait mourir un de ses sujets pour avoir son bien, le prophète lui dit de la part de Dieu : « Tu as volé et tu as tué ; tu feras encore pis : » Et acides (^). Mais ce n'est pas tout : la première fois vous péchez avec moins d'inclination et d'attache, mais la seconde, elle augmente, et par suite vous aimez plus votre crime, vous vous y portez avec plus de force ; votre péché est donc plus grand : comme l'amour de Dieu s'accroît par les actions de
a. Ps., XXXVII, lo. — b. Ibid. — c. III Re^., xxi, 19. I. Ms. Deserit.
SUR LE PÉCHÉ d'habitude.
vertu, aussi l'amour des créatures par les actions vicieuses. Il s'ensuit donc qu'au lieu qu'on pense s'excuser en disant : Je pèche, mais c'est par coutume, on s'accuse davantage.
Je sais bien ce que disent les méchants pour défendre ces excuses : premièrement que la coutume étouffe (') la réflexion, qu'on va plus à l'aveugle, et qu'ainsi l'âme ayant moins de secours, elle est moins blâmable de se laisser vaincre ; secondement, que la coutume apporte une inclination puissante qui vous empêche : et si elle vous empêche, il y a moins de volontaire ; et le péché suit et est égal au volontaire.
Mais j'oppose deux choses à ces deux raisons. En premier lieu, que le manque de secours n'excuse jamais lorsque c'est une punition de notre faute, et que nous nous l'ôtons volontairement nous-mêmes. On avertit un capitaine: Prenez garde, les ennemis vous surprendront pendant la nuit ; pour les empêcher, faites allumer des flambeaux par toute la ville. Ce capitaine, au lieu de suivre cet avis, fait éteindre tous les flambeaux, et est surpris à la faveur des ténèbres ; son excuse semble raisonnable s'il dit : J'ai été surpris, il est vrai, mais c'est pendant les ténèbres. Non certainement, car on l'avait averti de se garder des ténèbres. Tout de même on nous avertit : Donnez -vous garde, le prince des ténèbres vous surprendra parmi l'obscurité. Si donc ensuite vous éteignez vous-mêmes les lumières de la raison, et si vous en corrompez l'usage par la multitude de vos péchés, le défaut de lumière ne pourra pas vous servir d'excuse. Voilà pour la première opposition.
A la seconde, je dis qu'il y a deux sortes d'emportement : l'un est l'emportement d'une volonté prévenue, l'autre est l'emportement d'une volonté persuadée. Vous êtes tourmenté d'une forte tentation, sa force divertit celle de votre raison, vous péchez quasi sans y penser: voilà une volonté prévenue et emportée de cet emportement de surprise, et celui-là sans doute peut diminuer le péché. Mais l'emportement d\\nc. volonté persuadée ne le peut pas diminuer, à cause cjue l'inch'nation y est i)his L^rande, l'application plus forte, la