‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 62 sur 296 · I. Péché d'habitude, 1646. (Voy. p · texte numérisé non relu

I. Péché d'habitude, 1646. (Voy. p

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De la BRIEVETE de la VIE (■)•

Cette célèbre Méditation a été écrite par Bossuet pendant sa retraite pour le sous-diaconat, à Langres, septembre 1648. (Voy. Histoire critique, p. 120-122.)

C^ 'EST bien peu de chose que l'homme, et tout ce y qui a fin est peu de chose. Le temps viendra où cet homme qui nous semblait si grand ne sera plus, où il sera comme l'enfant qui est encore à naître, où il ne sera rien. Si longtemps qu'on soit au monde, y serait-on mille ans, il en faut venir là. Il n'y a que le temps de ma vie qui me fait différent de ce qui ne fut jamais : cette différence est bien petite, puisqu'à la fin je serai encore confondu avec ce qui n'est point ; ce qui arrivera le jour où il ne paraîtra pas seulement que j'aie été, et où peu m'importera combien de temps j'ai été, puisque je ne serai plus. J'entre dans la vie avec la loi d'en sortir, je viens faire mon personnage, je viens me montrer comme les autres ; après, il faudra disparaître. J'en vois passer devant moi,

I. Mss. 12822, f. 370. En tête de la feuille on lit la fin d'une autre Méditation, sîir la Pénitence. Voici ce frajj^ment :

[...la charité] «qui fait Vun\or\, vi?tat/ujn perfeciionis {Coloss., m, 14). De sorte que je ne suis que comme ces membres qui pendent et ne sont plus rien au corps qu'un fardeau inutile. II n'y a que la foi et l'espérance qui me demeurent ; encore sont-elles mortes, car elles n'ont leur vie que par la charité. Mais au moins je tiens au corps par elles, comme par quelques petites fibres. Ce sont les semences de la vie. Qui les fomentera ces semences.'' qui leur donnera la chaleur vitale ? Il faut en prier aujourd'hui la Mère de Dieu. Voici ma résolution et ma prière.

« Mère de mon Dieu, c'est dans vos chastes entrailles que le Verbe a pris sa nouvelle vie ; je vous prie par ce sant; imr et virijjinal que vous lui avez donné pour la recevoir, que je puisse par votre intercession recouvrer la vie nouvelle qui m'a été communicpiée par le Verbe. Et d'autant que cette vie nouvelle, qui réside principalement en lui, se répand de lui immédiatement sur vous comme à la partie qui a le plus d'union avec lui, et que y entrant toute pure avec abondance, elle se peut de 1<\ répandre sur les autres par votre moyen, souffrez que j'aie recours à votre intercession, et que je vous prie ilc faire en sorte auprès de votre Fils qu'il anime ce reste de vie spirituelle que le pé( hé !u'a laissé malj^ré sa malice, par la ijjrAce de Dieu, et (|uc je puisse ensuite vivrk a Jksus ET JÉSUS KN MOI, Et cela pour jamais. >>

lO lîRI^.VETI^ DE LA VIE. Ml':niTATION.

d'autres me verront passer ; ceux-là mêmes donneront à leurs successeurs le même spectacle ; et tous enfin se viendront confondre dans le néant.

]\Ta vie est de quatre-vingts ans tout au j^lus; prenons-en cent : cjuil y a eu de temps où je n étais pas ! qu'il y en a où je ne serai point ! et que j'occupe peu de place dans ce grand abime de temps (') ! Je ne suis rien ; ce petit intervalle n'est pas capable de me distinguer du néant où il faut que j'aille. Je ne suis venu que pour faire nombre, encore n'avait-on que faire de moi ; et la comédie ne se serait pas moins bien jouée, quand je serais demeuré derrière le théâtre. Ma partie est bien petite en ce monde, et si peu considérable que, quand je regarde de près, il me semble que c'est un songe de me voir ici, et que tout ce que je vois ne sont que de vains simulacres : Prœterit figura huj us mundii^).

Ma carrière est de quatre-vingts ans tout au plus ; et pour aller là, par combien de périls faut-il passer ? par combien de maladies, etc. 1 à quoi tient-il que le cours ne s'en arrête à chaque moment ? Ne l'ai-je pas reconnu quantité de fois ? J'ai échappé la mort à telle et telle rencontre : c'est mal parler, j'ai échappé la mort : j'ai évité ce péril, mais non pas la mort : la mort nous dresse diverses embûches ; si nous échappons l'une, nous tombons en une autre ; à la fin il faut venir entre ses mains. Il me semble que je vois un arbre battu des vents ; il y a des feuilles qui tombent à chaque moment ; les unes résistent plus, les autres moins : que s'il y en a qui échappent de l'orage, toujours l'hiver viendra qui les flétrira et les fera tomber : ou comme dans une grande tempête, les uns sont soudainement suffoqués, les autres flottent sur un ais abandonné aux vagues ; et lorsqu'ils croient (^) avoir évité tous les périls, après avoir duré longtemps, un flot les pousse contre les écueils et les brise. Il en est de même : le grand nombre d'hommes qui courent la même carrière fait que quelques-uns passent jusqu'au bout ;

a. I Cor.^ vn, 31.

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