Var. Pour servir à la postérité d'un mémorial éternel
ab(Mll(^s (') sortent de leur ruche quand elles voient le beau temps, et, parcourant les Heurs de quelque belle campagne, s'en retournent chargées de cette douce liqueur que le ciel y verse tous les matins avec la rosée : de même aux jours illustres par la solennité des martyrs, nous accourons en foule à leurs Mémoires, pour y recueillir comme un don céleste l'exemple de leurs vertus. Voilà, messieurs ('), ce qui nous assemble aujourd'hui. Saint Gorgon a laissé, en mourant, une certaine odeur de sainteté sur la terre, que l'Eglise ne manque point de rafraîchir tous les ans. C'est là sans doute ce qui nous en est demeuré de meilleur. Nous ne pouvons pas appeler ces précieux restes les reliques de son corps, mais nous ne nous éloignerons pas de la raison, quand nous les nommerons les reliques de sa sainteté. Ce sont celleslà que je m'en vais {f) vous produire dans ce discours ; conservez-les dans vos cœurs comme dans un saint reliquaire, et faites en sorte que toutes vos affections s'en ressentent. Quelle joie vous sera-ce, lorsque vous ressusciterez avec saint Goreon, de reconnaître en cette bienheureuse entrevue, les endroits de son corps que vous aurez baisés sur la terre, et les vertus que vous y aurez imitées !
Je n'ai que faire de vous demander ni silence, ni attention; vous devez le silence à la majesté de ce lieu ; vous devez vos attentions au récit d'une histoire si mémorable, que je vous ferai simplement et brièvement (^). Prosternons-nous
1. Cette physique toute poétique a offusqué Lâchât, qui a cru devoir la réfuter (XII, 316, note a).
2. Cette appellation est une habitude du collège de Navarre.Plus tard l'orateur s'adressant au peuple, dira fidèles j en attendant qu'il reprenne le messieurs pour l'auditoire de Paris.
3. Ainsi reconstitue, ce passage ne semble plus offrir de difficulté. Dans notre Histoire critique^ nous n'avions pas cru devoir tenir compte de la correction définitive, parce qu'elle était inachevée. — On lit dans une première rédaction, dont l'auteur n'a effacé que la moitié : « Vous avez baisé les premiers ce matin avec la dévotion que vous y deviez apporter, je m'en vais vous produire les autres dans ce discours; conservez-les...» Le discours devait d'abord être réservé pour l'office de l'après-midi : la présence de l'évêque à la messe l'aura fait avancer de quelques heures. Pour la même raison, l'œuvre aura été concentrée au dernier moment.
4. C'est ici que Deforis a intercalé l'allocution. Pour la raccorder avec la dernière phrase : « Prosternons-nous, » etc., il fabrique l'interpolation suivante : « Vous venez d'entendre le sujet que je dois traiter devant vous : plus il est im-
tous ensemble devant le trône de Dieu pour lui demander sa grâce : et si nous n'osons approcher une grandeur si terrible, la sainte Vierge que nous allons saluer par les paroles de l'Ange, aura assez de bonté pour s'employer (') pour nous auprès de son Fils : Ave.
Ce n'est pas sans raison que l'Apôtre nous exhorte à être toujours sous les armes (''), puisque nous apprenons par les oracles divins que notre vie est une guerre continuelle (^\ L'esprit de Dieu, que nous avons reçu par le saint baptême, remplit nos âmes de l'idée du souverain bien, pour nous faire regarder avec mépris les mouvements éternels qui agitent la vie humaine. Mais vous le savez, messieurs, il n'y a point de grande entreprise qui ne trouve de grands obstacles. Le monde entier s'efforce de combattre ce dessein : Adversum nos omnis mimcius arinatur. Il orne de faux appas toutes les créatures qu'il comprend dans son enceinte, pour tâcher de nous surprendre par ce vain éclat. Que si nous sommes assez généreux pour dédaigner ses faveurs, il nous représente un grand appareil (') de peines et de supplices pour nous émouvoir ; tellement qu'il faut que le serviteur de Dieu soit également sans crainte et sans espérance en la terre, qu'il se rende de tous côtés immobile et inexorable (^).
a. Ephes.^ VI, 11. —b.Job.^ vu, r.
portant, plus j'ai besoin des lumières d'en haut pour le faire dignement, et d'une manière qui puisse tourner à l'édification de cet auditoire. »
1. Ces mots semblent inélégants à Deforis ; il les remplace par ceux-ci : «i pour se rendre notre avocate ».