‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 72 sur 296 · Édlt. il n'était · texte numérisé non relu

Édlt. il n'était

4. Ms. Fer omne ingenium crudelitatis. — Cité de mémoire, inexactement.

ces clameurs si cruelles dont on a ouï si souvent résonner les amphithéâtres : Christiani ad bestias ! Christiani ad bestias! « Que l'on donne les chrétiens aux bêtes farouches! »

On n'observait contre eux ni formes ni procédures. Cela était bon pour les voleurs et les meurtriers ; mais pour les chrétiens, on n'avait garde d'y faire tant de façons. On les traînait aux gibets tout ainsi qu'on mènerait de pauvres agneaux à la boucherie, sans qu'ils ouvrissent la bouche ni aux plaintes, ni aux murmures. C'étaient des incestes, des magiciens, des parricides, qui mangeaient leurs propres enfants dans des sacrifices nocturnes î Que s'il se trouvait quelqu'un qui voulût les défendre de ces horribles reproches, on les faisait passer pour de pauvres insensés, pour des esprits faibles qui s'amusaient à de vaines superstitions; de sorte qu'on ne les excusait qu'en les chargeant de nouvelles calomnies. Et voilà, messieurs, sans feinte et sans exagération, quelle était l'estime que l'on avait, dans le monde, des premiers chrétiens.

Ne vous en étonnez pas: Jésus-Christ devait être tout ensemble un signe de paix et un signe de contradiction. La vérité était étrangère en ce monde ; il n'est pas merveille si elle n'y trouvait pas d'appui. Mais voyez par là ce que le zèle du christianisme a fait quitter à Gorgon et ce qu'il lui a fait prendre. J'en fais juges (') tout ce qu'il y a d'honnêtes gens en cette assemblée: combien ces reproches et cette ignominie doit-elle ('') être insupportable aux âmes les plus communes, et bien plus encore aux hommes généreux, nourris comme notre saint dans la Cour et dans le grand monde, en espérance (^) de faire une si belle fortune .'^ En vérité,

1. Lâchât et les éditions récentes abandonnent ici formellement l'orateur, et impriment : « Si on sait juger tout ce qu'il y a d'honneur en un cœur noble, combien... » Est-ce correction arbitraire.-^ n'est-ce pas plutôt une leçon hardiment inventée, dans un passaj,rc difficile où l'on n'était plus guidé par Deforis.^ Les anciens éditeurs, en effet, avaient pris le parti de supi^rimer ce qui leur fiis.iit peine.

2. (Sic.) Cet accord du verbe avec le sujet le plus voisin est un lalinismc. Pu reste, il est h, peine nécessaire de faire remarquer que les archaïsmes de toute sorte abondent dans cette prose antérieure aux Provinciales et h la fixation de notre langue classique.

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