‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 75 sur 296 · DEUXIÈME POINT · texte numérisé non relu

DEUXIÈME POINT

Saint Gorgon ne l'a pas eu si aisé. Ce n'a pas été tout d'avoir méprisé les grandeurs; l'empereur lui fit payer bien cher la grâce qu'il lui avait faite de le recevoir en son amitié. Outre la haine qu'il avait généralement pour tous les chrétiens, telle qu'il quitta l'empire, désespéré de n'en pouvoir éteindre la race, il était encore rongé d'un secret dépit d'avoir nourri en sa maison un ennemi de l'empire, et même de lui avoir donné part de sa confidence. Il se résout donc d'en faire un exemple qui puisse donner de l'épouvante aux plus déterminés, et voici par où il commence. Il commande au saint martyr de sacrifier aux idoles; ce qu'ilrefuse de faire généreusement, disant qu'il n'a garde de rendre cet honneur à un métal insensible: pour lui, il avait appris, dans l'école de Jésus-Christ, à adorer en esprit et en vérité un seul Dieu créateur du ciel et de la terre, dont la beauté pure ne pouvait être vue par ces yeux mortels, ni représentée sur une matière comme la nôtre. Le peuple ignorant, à qui Dieu n'avait point parlé dans le cœur de ces vérités, prit pour un blasphème cette céleste philosophie, et s'écria qu'il fallait punir l'ennemi des dieux. Là-dessus on le dépouille, on l'élève avec des cordes pour le faire voir à toute la ville, qui était accourue pour voir quelle serait la fin de cette aventure; et puis (^) on le bat de verges si cruellement, qu'en peu de temps il ne resta plus en son corps aucune partie entière. Déjà le sang ruisselait de tous côtés sur la face des bourreaux:

a. Ephes.^ iv, i. — Cf. Rom.^ xii, i. Texte composite.

1. Var. de marcher. — Deforis refait ainsi cette traduction : « de vous conduire d'une manière convenable h... »

2. Les éditeurs n'ont pas reconnu ici le passage du premier au second point. Ils le font commencer 80 lignes plus loin, à l'endroit où il finit.

Page 1