‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 84 sur 296 · Var. d'autant que · texte numérisé non relu

Var. d'autant que

leur a donné sa bénédiction avec tant d'affection, qui a attaché à leur être de si belles qualités, qu'aura-t-il réservé à ceux pour lesquels il a bâti tout cet univers ? Car enfin je ne puis croire qu'il ait pris plaisir à répandre ses trésors sur des créatures qui ne peuvent que recevoir, et qui ne sont pas capables de remercier, ni même de regarder la main qui les embellit. S'il y a du plaisir et de la gloire à donner, il faut que ce soit à des personnes qui ressentent tout au moins la grâce que l'on leur fait. Il est vrai qu'il y a des propriétés merveilleuses dans les créatures les plus insensibles, et c'est cela même qui me persuade qu'il les a si bien travaillées pour en faire présent à quelque autre. Il n'y a que les natures intelligentes qui en connaissent le prix : ce n'est qu'à elles qu'il a donné l'adresse d'en savoir user : elles seules en peuvent bénir l'auteur. Sans doute ce ne peut être que pour elles qu'elles sont faites. L'ordre de sa Providence nous fait assez voir cette vérité, parce que (') la première chose qu'il s'est proposée, c'est la manifestation de son nom. Cela demandait qu'il jetât d'abord les yeux sur quelques natures à qui il se pût faire connaître : et puisque c'était par elles qu'il commençait ses desseins, il fallait qu'il formât tous les autres sur ce premier plan, afin que toutes les parties se rapportassent. Ainsi donc, après avoir résolu de laisser tomber sur elles un rayon de cette intelligence première qui réside en lui, il a imprimé sur une infinité d'autres créatures divers caractères de sa bonté ; afin que, les unes fournissant de tous côtés la matière des louanges, et les autres leur prêtant leur intelligence et leur voix, il se fît un accord de tous les êtres qui composent ce grand monde, pour publier jour et nuit les grandeurs de leur commun Maître. Pour achever ce dessein, il prépare à ses saints une vie tranquille et immortelle, de peur qu'aucun accident ne puisse interrompre le sacrifice de louanges qu'ils offriront continuellement à sa majesté. Alors il leur parlera lui-même de sa grandeur sans l'entremise de ses créatures, pour tirer de leur bouche des louanges plus dignes de lui. Et afin que ses intérêts demeurent éternellement confondus avec ceux de ses élus, en même temps qu'il

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