I. Eudamidas de Corinthe. (Lucian. Toxaris^ seu Amicitia
êtes devenue mère de saint Jean, nous vous allons adresser une autre parole qui vous a rendue Mère du Sauveur; toutes deux vous ont été portées de la part de Dieu; mais vous reçûtes l'une de la propre bouche de son Fils unique, et l'autre vous fut adressée par le ministère d'un ange, qui vous salua en ces termes: Ave, gratia plena.
Parmi tant d'objets admirables que la croix du Sauveur Jésus présente à nos yeux, ce que nous fait remarquer saint Jean Chrysostome, traitant l'Évangile que nous avons lu ce matin, est digne, à mon avis, d'une considération très particulière. Ce grand personnage, contemplant le Fils de Dieu prêt à rendre l'âme, ne se lasse point d'admirer comme il se possède dans son agonie, et comme il paraît absolument maître de ses actions. La veille de sa mort, dit ce saint évêque (''), il sue, il tremble, il frémit, tant l'image de son supplice lui paraît terrible; et dans le fort des douleurs, vous diriez que ce soit un autre homme, à qui les tourments ne font plus rien. Il s'entretient avec ce bienheureux larron, d'un sens rassis et sans s'émouvoir: il considère et reconnaît distinctement ceux des siens qui sont au pied de sa croix, il leur parle, il les console; enfin, ayant remarqué que tout ce qu'il avait à faire était accompli, qu'il avait exécuté de point en point la volonté de son Père, il lui rend son âme avec une action si paisible, si libre, si préméditée, qu'il est aisé à juger que « personne ne la lui ravit, mais qu'il la donne lui-même de son plein gré, » ainsi qu'il l'assure (en saintjean, chapitre x):AV;;/^ tollit eam a me, se d ego pono eam a meipso. Qu'est-ce à dire ceci.'^ demande saint Jean Chrysostome; comment est-ce que l'appréhension du mal l'afflige si fort, puisqu'il semble que le mal même ne le touche pas ? Est-ce point que l'économie de notre salut devait être tout ensemble un ouvrage de force et d'infirmité? Il voulait montrer par sa crainte qu'il était comme nous sensible aux douleurs, et faire voir par sa constance qu'il savait bien maîtriser ses inclinations, et les faire céder à la volonté de son Père. Telle est la raison que nous pouvons tirer de saint Chrysostome; et je vous avoue, chré-
a. Injoan. Nom. LXXXV. ~
tiens, que je n'aurais pas la hardiesse d'y ajouter mes pensées, si le sujet que je traite ne m'y obligeait.
Je considère donc le Sauveur pendu à la croix, non seulement comme une victime innocente qui se dévoue volontairement pour notre salut, mais encore comme un père de famille qui, sentant approcher son heure dernière, dispose de ses biens par son testament ; et, sur une vérité si connue, je fonde cette réflexion que je fais. Un homme est malade en son lit; on le vient avertir de donner ordre à ses affaires au plus tôt, parce que sa santé est désespérée par les médecins : en même temps, si abattu qu'il soit par la violence du mal, il fait un dernier effort pour ramasser ses esprits, afin de déclarer sa dernière volonté d'un jugement sain et entier. Il me semble que mon Sauveur a fait quelque chose de semblable sur le lit sanglant de la croix. Ce n'est pas que je veuille dire que la douleur ou l'appréhension de la mort aient jamais pu troubler tellement son esprit, qu'elles lui empêchassent aucune de ses fonctions : plutôt ma langue demeure à jamais immobile, que de prononcer une parole si téméraire ! Mais comme il voulait témoigner à tout le monde qu'il ne faisait rien en cette rencontre qui ne partît d'une mûre délibération, il jugea à propos de se comporter de telle sorte qu'on ne pût pas remarquer la moindre émotion en son âme, afin que son testament ne fût sujet à aucun reproche. C'est pourquoi il s'adresse à sa Mère et à son disciple avec une contenance si assurée, parce que ce qu'il avait à leur dire devait faire une des principales clauses de son testament : et en voici le secret.
Le Fils de Dieu n'avait rien qui fût plus à lui que sa Mère, ni que ses disciples, puisqu'il se les achetait au prix de son sang : c'est une chose très assurée, et il en peut disposer comme d'un héritage très bien acquis. Or, dans cette dernière disgrâce, tous ses autres disciples l'ont abandonné : il n'y a que Jean, son bien-aimé, qui lui reste : tellement que je le considère aujourd'hui comme un homme qui représente tous les fidèles, et partant nous devons être disposés à nous appliquer tout ce qui reg-ardera sa personne. Je
vois, ô mon Sauveur! que vous lui donnez votre Mère, et « incontinent il en prend possession comme de son bien : » Et ex illa hora accepit eam discipulus in sua (^). Entendons ceci, chrétiens. Sans doute nous avons bonne parc dans ce legs pieux : c'est à nous que le Fils de Dieu donne la bienheureuse Marie, en même temps qu'il la donne à son cher disciple. Voilà ce mystérieux article du testament de mon Maître, que j'ai jugé nécessaire de vous réciter, pour en faire ensuite le sujet de notre entretien.
N'attendez pas, ô fidèles, que j'examine en détail toutes les conditions d'un testament, afin d'en faire un rapport exact aux paroles de mon évangile : ne vaut-il pas bien mieux que, laissant à part cette subtilité de comparaisons, nous employions tous nos soins à considérer attentivement le bien qu'on nous fait ; Jésus regarde sa Mère, dit l'auteur sacré (^) : ses mains étant clouées, il ne peut la montrer du doigt, il la désigne des yeux ; et par toutes ses actions il se met en état de nous la donner. Celle qu'il nous donne, c'est sa propre Mère : par conséquent, sa protection est puissante, et elle a beaucoup de crédit pour nous assister. Mais il nous la donne afin qu'elle soit notre Mère : par conséquent, sa tendresse pour nous est extrême, et elle a une grande inclination de nous bienfaire : ce sont les deux points qui composeront ce discours. Afin que nous puissions espérer quelque assistance d'une personne près de la majesté divine, il est nécessaire et que sa grandeur l'approche de Dieu, et que sa bonté l'approche de nous. Marie étant Mère de notre Sauveur, sa qualité l'élève bien haut auprès du Père éternel : Marie étant notre Mère, son affection la rabaisse jusqu'à compatir à notre faiblesse : en un mot, elle peut nous soulager, à cause qu'elle est Mère de Dieu ; elle veut nous soulager, à cause qu'elle est notre Mère. C'est dans la déduction de ces deux raisonnements que je prétends établir une dévotion raisonnable à la sainte Vierge sur une doctrine solide et évangéli(iue ; et je demande, fidèles, que vous vous y rendiez attentifs.
a.Joan.^ Xix, 27. — h. lùiii., 26.
PREMIFR POINT.
L'une des plus belles qualités que la sainte Écriture donne au Fils de Dieu, c'est celle de Médiateur entre Dieu et les hommes. C'est celui qui réconcilie toutes choses en sa personne, il est le nœud des affections du ciel et de la terre ; et la sainte alliance qu'il a contractée avec nous, nous rendant son Père propice, nous donne un accès favorable au trône de sa miséricorde. C'est sur cette vérité qu'est appuyée toute l'espérance des enfants de Dieu. Cela étant ainsi, voici comme je raisonne. L'union que nous avons avec le Sauveur nous fait approcher de la majesté divine avec confiance : or, quand il a choisi Marie pour sa Mère, il a fait, pour ainsi dire, avec elle un traité tout particulier ; il a contracté une alliance très étroite, dont les hommes ni les anges ne peuvent concevoir l'excellence (') ; et, par conséquent, l'union qu'elle a avec Dieu, le crédit et la faveur qu'elle a auprès du Père, n'est pas une chose que nous puissions jamais concevoir. Je n'ai point d'autre raisonnement à vous proposer dans cette première partie : mais afin que nous en puissions pénétrer le fond, je tâcherai de déduire par ordre quelques vérités, qui nous feront reconnaître la sainte société c]ui est entre Jésus et Marie ; d'où nous conclurons qu'il n'y a rien dans l'ordre des créatures qui soit plus uni à la majesté divine que la sainte Vierge.
Je dis (^) donc, avant toutes choses, qu'il n'y eut jamais mère qui chérît son fils avec une telle tendresse que faisait Marie ; je dis qu'il n'y eut jamais fils qui chérît sa mère avec une affection si puissante que faisait Jésus . J'en tire la preuve des choses les plus connues. Interrogez une mère d'où vient que souvent en la présence de son fils elle fait paraître une émotion si visible : elle vous répondra que le sang ne se peut démentir ; que son fils, c'est sa chair et son sang, que c'est là ce qui émeut ses entrailles et cause ces tendres mouvements à son cœur, l'Apôtre même ayant dit que « personne ne peut haïr sa chair : » Nemo enim unquam
1, Var. la grandeur.
2. Ici un signe de renvoi, mis l'année suivante (8 septembre, 1652).
POUR LA FETE DU ROSAIRE. 'j']
cai^nem suam odio habuit (f). Que si ce que je viens de dire est véritable des autres mères, il l'est encore beaucoup plus de la sainte Vierge ; parce qu'ayant conçu de la vertu du Très-Haut, elle seule a fourni toute la matière dont la sainte chair du Sauveur a été formée : et de là je tire une autre considération.
Ne vous semble-t-il pas, chrétiens, que la nature a distribué avec quelque sorte d'égalité l'amour des enfants entre le père et la mère ? C'est pourquoi elle donne ordinairement au père une affection plus forte, et imprime dans le cœur de la mère je ne sais quelle inclination plus sensible. Et ne serait-ce point peut-être pour cette raison que quand l'un des deux a été enlevé par la mort, l'autre se sent obligé, par un sentiment naturel, à redoubler ses affections et ses soins } cela, ce me semble, est dans l'usage commun de la vie humaine. Si bien que la très pure Marie n'ayant à partager avec aucun homme ce tendre et violent amour qu'elle avait pour son Fils Jésus, vous ne sauriez assez vous imaginer jusques à quel point elle en était transportée, et combien elle y ressentait de douceurs. Ceci toutefois n'est encore qu'un commencement de ce que j'ai à vous dire.
Certes il est véritable que l'amour des enfants est si naturel, qu'il faut avoir dépouillé tout sentiment d'humanité pour ne l'avoir pas. Vous m'avouerez néanmoins qu'il s'y mcle quelquefois certaines circonstances qui portent l'affection des parents à l'extrémité. Par exemple, notre père Abraham n'avait jamais cru avoir des enfants de Sara : elle était stérile ; ils étaient tous deux dans un âge décrépit et caduc : Dieu ne laisse pas de les visiter, et leur donne un fils. Sans doute cette rencontre fit qu'Abraham le tenait plus cher sans comparaison ; il le considérait, non tant comme son fils, que comme le « fils de la promesse » divine, Proniissionis films (''), que sa foi lui avait obtenu du ciel lorsqu'il y pensait le moins. Aussi voyons-nous qu'on l'appelle Isaac, c'est-àdire Ris (') ; parce que, venant en un temps où ses parents ne l'espéraient plus, il devait être après cela toutes leurs délices. Et qui ne sait que Joseph et Benjamin étaient les
a. Ephes.y V, 29. — b. Rom., IX, 8. — c. (Joies., xxi, 6.
FOUR Uk FETE DU ROSAIRE.
bien-aimés et toute la joie de Jacob, à cause qu'il les avait eus dans soo extrême vieillesse d'une femme que la main de Dieu avait rendue féconde sur le déclin de sa vie ? Par où il parait que la manière dont on a les en£uits. quand elle est surprenante ou miraculeuse, les rend de beaucoup plus aimables. Ici, chrétiens, quels discours assez ardents pourraient vous dépeindre les saintes aflecdons de I^Iarie ? Toutes les fois qu elle regardait ce cher Fils : O Dieu ! disait-elle, mon Fils, comment est-ce que vous êtes mon Fils ? qui Faurait jamais pu croire, que je dusse demeurer vierge, et avoir un Ffls si aimable ? quelle main vous a formé dans mes entraflles? comment y êtes-vous entré, conunent en êtes- vous sorti, sans laisser de &çon ni d'autre aucun vestige de votre passage ? Je vous laisse à considérer " t' point elle s'estimait bienheureuse, et que!- eiiic: r f - Transports dans ces ravissantes penséefsj: car vo.:? rt z, s'fl
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vous f^t, qu'A rV ei:: ' avec un sentîme^ii s: it va cette réflexion.
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