Var. démêler
VOUS rendrai mes vœux, dit le Roi-Prophète, que mes lèvres ont distingué[s] ; » c'est-à-dire, selon la pensée de saint Augustin (''), qu'il faut adorer Dieu distinctement. Et qu'est-ce que l'adorer distinctement, sinon le distinguer (') tout à fait de la créature et ne lui rien attribuer du nôtre ?
« Que ne peut-on dire de Dieu, dit saint Augustin (''); mais que peut-on dire de Dieu dignement (^) .^» Il est tout ce que nous pouvons penser de grand, et il n'est rien de ce que nous pouvons penser de plus grand; parce que sa perfection est si éminente que nos pensées n'y peuvent atteindre, et que nous ne pouvons pas même dignement comprendre jusques à quel point il est incompréhensible (^).
Cette profonde pensée de la haute incompréhensibilité de Dieu est une des causes principales qui nous portent à l'adorer. Nous aimons Dieu, dit saint Grégoire de Nazianze (^), parce que nous le connaissons (^) ; mais nous l'adorons,
a. Enarr. in Ps. LXV, n. 19. — b. Tract, xiii m Joan.^ n. 5. — c. Orat. XXXVIII, n. II.
1. Ms. sinon de le distinguer... et de ne lui rien attribuer... — Un des nombreux lapsus de ce manuscrit.
2. Var. dire dignement de Dieu.-' — En marge le latin : Omnia posstint dici de Deo^ et nihil digne dicitiir (m s. potest digne dici) de Deo.
3. Note^ au bas de la page, dont Deforis tire une phrase, pour l'introduire dans le texte : < — Pœnituit me quod constitiierim rege?n Saul. — Cian id de Deo sit indignuîn, aliquid dici arbitrareiur^ si aliquid dignufn inve?iiretur quod de itlo diceretur (Deforis rectifie ainsi : Ego vero cum hoc de Deo dicitur^ indignum aliquid dici arbitrarer si...). Ctitnvero (ms. autem) verba oîntiia, quibus hwnana colloquia conseruntur (ms. conferuntur)^ illius se?npiterjta virtus et divinitas \jnirabiiiter atque'\ incunctanter excédât^ quidquid de illo humaniter (ms. hunia}iiius) dicitur^ quod etiam hominibus asperfiabile videaiur^ ipsa huviana adtnonetur infirmitas., eiiam illa quœ congruenter in Scripturis sacris de Deo dicta existiniat (ms. dicta esse existitnantur)., hîima7tœ capacitati aptiora esse quain divijiœ sublimitati., ac per hoc eiiam ipsa tra7iscendeiida esse sereniore (ms. saniore) intellectu^ sicut ista qualicîitnque trans€e?tsa sunt (Lib. II de divers. Quœst. ad Simpl.^ quasst. Il, n, i).
Bossuet lui-même dira plus tard de «cette haute incompréhensibilité de Dieu» qu'elle est « un attribut divin, et l'un des plus augustes ; » et il ajoutera : « On ne sort donc jamais tellement des attributs de Dieu qu'on n'y rentre d'un autre côté, et peut-être plus profondément. Quelquefois Dieu semble nous échapper, quand il se communique plus obscurément, et que par là il nous fait entrer dans son incompréhensible profondeur : alors, comme toute la vue semble être réduite à bien voir qu'on ne voit rien, parce qu'on ne voit rien qui soit digne de Dieu,cela paraît un songe à Ihomme animal ; mais cependant Ihomme spirituel s'en nourrit. » {Lett?-e à M'"" Co7-nuau, du 29 mars 1695.}
4. Var. mais parce que nous ne le comprenions pas, nous l'adorons.
I lO CAREME DE SAINT-GERMAIN.
poursuit-il, parce que nous ne le comprenons pas : c'est-àdire, ce que nous connaissons de ses perfections fait que notre cœur s'y attache comme à son souverain bien ; mais parce que c'est un abîme impénétrable que nous ne pouvons sonder, nous nous perdons à ses yeux ('), nous supprimons devant lui toutes nos pensées, nous nous contentons d'admirer de loin une si haute majesté, et nous [nous] laissons pour ainsi dire engloutir (^) par la grandeur de sa gloire : et c'est là adorer en vérité {').
Voilà l'idée véritable ; voyons maintenant l'idole que l'homme abusé se forme. Je ne veux pas dire, messieurs, que nous pensions pouvoir comprendre la Divinité ; il y a peu d'hommes assez insensés pour avoir une telle audace. Mais celui que nous confessons être inconcevable dans sa nature, nous ne laissons pas toutefois de le vouloir comprendre dans ses pensées et dans les desseins de sa sagesse. Quelques-uns ont osé reprendre l'ordre du monde et de la nature ; plusieurs se veulent faire conseillers de Dieu, du moins en ce qui' regarde les choses humaines ; mais tous, presque sans exception, lui demandent raison pour eux-mêmes et veulent comprendre ses desseins en ce qui les touche. Les hommes se sont formé une certaine idole de fortune que nous accusons tous de nous être injuste ; et sous le nom de la fortune, c'est la sagesse divine dont nous accusons les conseils, parce que nous ne pouvons pas en savoir le fond. Nous voulons qu'elle se mesure à nos intérêts et qu'elle se renferme dans nos pensées (^). Faible et petite partie du grand ouvrage de Dieu, nous prétendons qu'il nous détache du dessein total pour nous traiter à notre mode, au gré de nos fantaisies ; comme
i. Vur. devant lui.