Var. absorber
3. Environ trente ans plus tard, Bossuet écrira : «... Plus on avance à connaître Dieu, plus on voit, pour ainsi parler, qu'on n'y connaît rien qui soit digne de lui : et en s'élevant au-dessus de tout ce qu'on en a jamais pensé ou qu'on en pourrait penser dans toute l'éternité, on le loue dans sa vérité incompréhensible, et on se perd dans celte louange, et on tâche de réparer, en aimant, ce qui manque à la connaissance ; quoique tout cela soit une espèce de connaissance, et une lumière d'autant plus grande que son propre effet est d'allumer un saint et éternel amour. » {Médit, su?- l'Evangile ; la Cène, 11^ partie, XXXVii^ jour.)
4. En partie souligné, tnais non remplacé, ni condamné d'une façon définitive.
si cette profonde sagesse composait ses desseins par pièces à la manière des hommes : et nous ne concevons pas que si Dieu n'est pas comme nous, il ne pense pas {') comme nous, il ne résout pas comme nous, il n'agit pas comme nous ; tellement que ce qui répugne à notre raison s'accorde nécessairement à une raison plus haute que nous devons adorer, et non tenter vainement de la comprendre.
D'autant plus (-) que cette nature incompréhensible est en second lieu une nature souveraine, mais d'une souveraineté qui, supérieure infiniment à celles que nous voyons, n'a besoin, pour se soutenir, d'aucun secours tiré du dehors, et qui contient toute sa puissance dans sa seule volonté. Il ne fait que jeter un regard, aussitôjt toute la nature est épouvantée et prête à se cacher dans son néant. « J'ai regardé, dit le prophète Jérémie [''), et voilà que devant la face du Seigneur la terre était désolée et ne semblait que de l'a cendre ; j'ai levé les yeux au ciel, et il avait perdu sa lumière ; j'ai considéré les montagnes, et elles étaient ébranlées terriblement, et toutes les collines se troublaient, et les oiseaux du ciel étaient dissipés, et les hommes n'osaient paraître, et les villes et les forteresses étaient renversées, parce que le Seigneur était en colère. » Le prophète ne nous dit pas, ni qu'il fasse marcher des armées contre ces villes, ni qu'il dresse des machines contre leurs murailles. Il n'a besoin que de lui-même pour faire tout ce qui lui plait, parce que son empire est établi, non sur un ordre politique, mais sur la nature des choses, dont l'être est à lui en fonds et en tout droit souverain, lui seul les ayant tirées du néant. C'est pourquoi il prononce dans son Écriture avec une souveraine hauteur : « Tous mes conseils tiendront, et toutes mes volontés seront accomplies: l> Çonsilium tneum stabit, et omnis volu7itas 7nea fiet (^').
Donc, pour adorer Dieu en vérité, il faut connaître qu'il
a. Jerein.^ IV, 23 et seq. — b. Is.^ XLVI, 10.
1. Edtt. non plus comme nous. — Les deux premiers mots sont effacés.
2. Var. Après avoir bien connu que Dieu est une nature incompréhensible, il faut connaître en second lieu que c"est une nature souveraine... — Les e'diteurs ont préféré cette première rédaction à la seconde, qui leur a sans doute paru trop elliptique. Ils n'ont pas vu qu'elle est d'autant plus vive.
est souverain. Et à voir comme nous prions, je dis ou que notre esprit ne connaît pas cette vérité ('), ou que notre cœur dément notre esprit. Considérez, chrétiens, de quelle sorte vous approchez de la sainte majesté de. Dieu pour lui faire votre prière. Vous venez à Dieu plein de vos pensées, non pour entrer humblement dans l'ordre de ses conseils (^), mais pour le faire entrer dans vos sentiments. Vous prétendez que lui et ses saints épousent vos intérêts, sollicitent pour ainsi dire vos affaires, favorisent votre ambition. Dans l'espérance de ce secours (^), vous lui promettez de le bien servir, et vous voulez qu'il vous achète à ce prix, comme si vous lui étiez nécessaire. C'est méconnaître votre souverain et traiter avec lui d'égal à égal. Car encore que vous ajoutiez : « Votre volonté soit faite, » si vous consultez votre cœur, vous demeurerez convaincu que vous regardez ces paroles, non comme la règle de vos sentiments, mais comme la forme de la requête ; et permettez-moi de le dire ainsi, vous mettez à la fin de la prière : « Votre volonté, » comme à la fin d'une lettre : « Votre serviteur. » Vous vous êtes échauffé (^) dans la prière, à force de recommander à Dieu vos intérêts ; et si les choses succèdent contre vos désirs, ne vous voit-on pas revenir, non avec ces plaintes respectueuses qu'une douleur soumise répand devant Dieu pour les faire mourir {^) à ses pieds, mais avec de secrets murmures et avec un dégoût qui tient du dédain ? Chrétien, vous vous oubliez. Ce Dieu que vous priez n'est plus qu'une idole dont vous prétendez faire ce que vous voulez, et non le Dieu véritable qui doit faire de vous ce qu'il veut.
L'oraison, dit saint Thomas (''), est « une élévation de l'esprit à Dieu : » Ascensus mentis in Deum. Par conséquent il est manifeste, conclut ce docteur angélique, que celui-là
a. IP 11% Quœst. LXXXIII, art. i.