‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 123 sur 573 · SUR L AMBITION. I · texte numérisé non relu

SUR L AMBITION. I

indignité insupportable de porter le nom de Dieu sans soutenir ce grand nom (') par de grands bienfaits ; et de là les grands de la terre peuvent aisément comprendre qu'ils seront des idoles inanimées et non des images vivantes de l'invisible majesté de Dieu (^), s'ils se contentent de recevoir les adorations {^), de voir tomber les victimes à leurs pieds, sans cependant étendre le bras pour faire du bien aux hommes et soulager leurs misères.

Il y a de telles rencontres où c'est une cruauté que d'exiger une dette (^). Le sage Néhémias avait bien compris cette obligation lorsque, ayant été envoyé par le roi Artaxerxès pour régir les Israélites, dont il fut le gouverneur pendant douze ans, il se mit à considérer l'état et les forces de ce peuple. Il vit que les gouverneurs qui l'avaient précédé dans cet emploi avaient beaucoup foulé ce pauvre peuple, mais surtout que leurs ministres insolents, comme il est assez ordinaire (5), l'avaient tout à fait abattu \ Duces autem piàmi qui fuerunt ante me gravaverunt poptdu^n..., sed et ministri eorum depresserunt populum {"-), Il fut donc touché de compassion, voyant ce peuple fort épuisé (^). Valde enim attenuatus erat populus i^). Il se crut obligé en conscience de chercher 1^) tous les moyens de le soulager ; il ne fit pas seulement de grandes largesses, mais il crut qu'il devait remettre beaucoup de droits qui lui étaient dus légitimement ; et après, plein de confiance en la divine bonté qui regarde d'un œil paternel ceux qui se plaisent à imiter ses miséricordes, il lui adresse du fond de son cœur cette humble prière : « Mon Dieu, souvenez-vous de moi en bien, selon le bien que j'ai fait à ce peuple: » Me-

a. Il Esdr.^ V, 15. — Ms. qui ante nos fuerunt.., — b. Ibid.y 18. — Ms. quia attenuatus erat populus.

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