‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 148 sur 573 · DIMANCHE DES RAMEAUX · texte numérisé non relu

DIMANCHE DES RAMEAUX

18 avril 1666.

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Bossuet avait d'abord songé à traiter ce sujet huit jours plus tôt. Un cahier de Remai'qius morales, dont la table sert aujourd'hui d'enveloppe à notre sermon (^), contenait marquées du chiffre 14, des pensées et des citations sur \2^ justice, sur la clc/nence, dont le discours s'est inspiré : or ce chiffre 14 nous conduirait au dimanche delà Passion, si la série des jours de prédication était complète, à compter du 2 février, fête de la Purification. Le brouillon même du sermon sur la Justice atteste l'intention dont nous parlons. Le second exorde avait d'abord pour texte : Et si egojudico (lisez :... si judico ego,..), Judiciujn meuni veruni est: paroles tirées du chapitre de l'évangile de saint Jean que l'Église fait lire à la messe du cinquième dimanche de Carême (viii, i6j.

Il est resté de cette première rédaction, outre le second exorde modifié, un premier et un troisième points {^), dont l'auteur s'écarte quelquefois assez loin dans sa composition définitive. Nous recon-

1. Mss.^ 12823, f 233-266. — In-4*^. Marge d'un quart dans la première rédaction, d'un tiers de la page dans la seconde.

2. F. 233. Voici cette table : « Diverses remarques et extraits des Pères. — Clem. Alexand., Pœdag.. p. i, 4. — Ex Greg. \'II, £p. i, 2. — Greg. Nyss., De Prof, christiana . Item De perfect . Christiani forma^ p. 2, 11. — Ex Hilar., p. 5, 6, 7, 8, 9. — Greg. Naz., Orat. xv, p. 12 ; — xvil, p. 13. — Ex Synesio ; — Greg. Naz. ; — Basil.; — Cyrill. Hieros., p. 15, 16. — Basil., De sa?icta Virginit.^ p. 16, 17, 18, 19. » (La pagination indiquée est celle du cahier.)

Et au bas de cette feuille : « Les remèdes des chrétiens mourants. Le triomphe des funérailles chrétiennes. >

Dans la première rédaction du premier point, Bt)ssuet renvoyait à la p. 11 de ces Remarques morales. Le passage est imprimé dans les Pensées chrétiennes et moraies (Lâchât, X, 618, n. xxv) : € De ta Préoccupation. — Les ennemis de la justice.... » C'est là que nous le donnerons nous-même, à la suite des Sermons, mais en corrigeant le texte d'après le manuscrit, comme nous l'avons fait dans \ Histoire critique de ta Prédication de Bossuet, p. 5.

Une autre Pensée chrétie?ine et morale se trouve annexée au manuscrit du Sermon sur ta Justice \i. 235). Elle est aussi imprimée (dans le n. xxvii des éditions modernes, Lâchât, X, 620) : « Le zèle de la justice... > Elle ne paraît pas avoir fait partie du cahier que nous venons de mentionner.

3. Premier point (r^ rédaction), f. 256-263. — Troisième point (i'= rédaction), f. 263, 252, 264, 265.

158 CARÊME DE SAINT-GERxMAIN.

naîtrons dans ces modifications les mêmes vérités courageuses, qui n'avaient pu être prêchées dans la troisième et la quatrième semaine (s7ir la Charité fraternelle, sur r Ambition); il est glorieux à Bossuet d'avoir voulu à tout prix les faire entendre à son auditoire. Il le fit sans blesser aucune susceptibilité, et la Gazette mentionne « l'excellente prédication » de ce dimanche.

Excellentes aussi étaient les pages qu'il avait sacrifiées. Nous les donnerons en note. Deforis ne l'entendait pas ainsi. Fidèle à son système, il incorpore, autant qu'il peut, la première rédaction dans la seconde, et compose à sa façon un sermon très long, disproportionné, légèrement incohérent, oii Bossuet aurait été bien empêché de reconnaître son œuvre. Par exemple, le troisième point, sous sa forme primitive, se terminait à cette phrase: «. . . promet de le récompenser éternellement par la participation de sa gloire,où nous conduise...: » Deforis imagine de retrancher les derniers mots, après éternellement, et il continue en insérant à la suite la rédaction définitive presque entière !

M. Lâchât, qui a reconnu cette fois ces interpolations systématiques, s'engage à les corriger. Mais, toujours négligent dans l'exécution, il ne voit pas, dans le troisième point, que des deux rédactions la première en date est évidemment celle o\x l'auteur reprend luimême un feuillet ('), pour abréger d'autant son travail : il a fait autrement que Deforis et les éditeurs de Versailles ; cela suffit. M. Gazier, qui, en 1882, a donné pour la première fois, dans son CJioixde Serinons de Bossuet, un texte acceptable, a pu dire, sans trop de sévérité que Lâchât n'avait pas fait mieux que Deforis. A la même date, M. Brunetière faisait entrer ce discours dans un autre recueil de Sermons choisis. Il le rapprochait avec raison, en plusieurs passages, de passages analogues qu'on lit dans la Politique tirée des propres paroles de V Écriture sainte, œuvre de Bossuet publiée cinq ans après sa mort. Il faut regretter que son zèle en soit venu à cet excès de corriger par le texte de la Politique celui du sermon. C'est de Tédition critique de M. Gazier que la nôtre s'éloigne le moins. Nous n'avons eu à la rectifier que sur quelques interprétations de détail, ou sur quelques leçons oij elle a été encore trop fidèle, selon nous, aux errements des éditions antérieures.

I. L'ancien troisième point était pagine' à part, en chiffres romains ; le nouveau continue la pagination des deux premiers. Les pages m et IV deviennent les pages 29 et 30. Il y avait là une indication si claire et si palpable, qu'on s'étonne qu'on ait tant tardé à en tirer parti.

Exultai^) satis^ Jilia Sion ; jubila^ filia Jérusalem : ecce Rex tmis venii iibi justus et Salvator.

Réjouissez-vouSjô Jérusalem:

votre Roi juste et sauveur vient à vous.

{Zach., IX, 9.)

LA prophétie que j'ai récitée se rapporte manifestement à l'entrée que fait aujourd'hui le Sauveur des âmes dans la ville de Jérusalem. Le prophète, pour célébrer dignement le triomphe de ce Roi de gloire, lui donne ces deux grands éloges, qu'il est juste, et qu'il est sauveur ; c'est-à-dire, qu'il unit ensemble, pour l'éternelle félicité du genre humain, ces deux qualités vraiment royales, ou plutôt vraiment divines, la justice et la bonté.

Au bruit des acclamations que fait retentir le peuple juif en l'honneur de ce Roi juste et sauveur, je me sens invité, messieurs, à vous parler en ce jour (^) de ce puissant appui des choses humaines, je veux dire de la justice ; et de vous la faire voir comme elle doit être, avec le nécessaire tempérament de la bonté et de la clémence.

De (^) tous les sujets que j'ai traités, celui-ci me paraît le plus profitable; mais je ne puis vous dissimuler qu'il m'étonne par son importance, et m'accable presque de son poids. Car encore que la justice soit nécessaire à tous les hommes, dont elle doit faire la loi immuable, il est vrai qu'elle enferme en particulier les principales (^) obligations des personnes les

1. Outre le texte que nous avons signalé dans la notice de ce sermon (Si ego yz^^/^<7..,^, Bossuet avait songé à en prendre un autre dans Tévangile du jour : Dicite filiœ Sion : Ecce Rex tmis venit (ms. veniet^ corrigé, et le grec cité à l'appui : £p)(£Ta'.) tibi mansuetiis (Matth., XXI, 5). — C'était l'accomplissement de la prophétie, à laquelle il prend enfin le parti de remonter.

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