‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 21 sur 573 · Var. je le confesse · texte numérisé non relu

Var. je le confesse

6. Var. mais je n'ai ni la résolution ni la force d'armer mon bras, — ma main, — de m'armer, — d'entreprendre {e^acé) ainsi contre moi-même.

vidence ces rencontres épineuses, ces accidents importuns, ces contrariétés (') imprévues et insupportables ; parce qu'il veut abattre et dompter ma volonté trop licencieuse, que je n'ai pas le courage (') d'attaquer moi-même. Il la lie, il la serre, de. peur qu'elle ne résiste au coup salutaire qu'il lui veut donner pour la guérir (3). Enfin il frappe où je suis sensible, il coupe et enfonce bien avant dans le vif, afin qu'étant pressé sous sa main suprême et sous les ordres inévitables de sa volonté, je sois enfin obligé de me détacher de la mienne : et c'est là ma guérison, c'est là ma vie.

Si vous savez entendre, ô mortels, comme vous êtes composés, et combien vous abondez en humeurs peccantes, vous comprendrez aisément que cette conduite vous est nécessaire. Il faut ici vous représenter en peu de paroles l'état misérable de notre nature. Nous avons deux sortes de maux : il y a des maux qui nous affligent, et, chrétiens, qui le pourrait croire ? il y a des maux qui nous plaisent. Etrange distinction, mais néanmoins véritable! « Il y a des maux, dit saint Augustin, que la patience supporte : » ce sont les maux qui nous affligent ; « et il y en a d'autres, dit le même saint, que la tempérance modère : » ce sont les maux qui nous plaisent : Alla qitœ pe7' patientiam ferinius, ait a quœ per temperantiain refrenamus (""). O pauvre et désastreuse humanité, à combien de maux es-tu exposée ! Nous sommes donnés en proie à mille cruelles infirmités : tout nous altère, tout nous incommode, tout nous tue ; et vous diriez que quelque puissance ennemie ait soulevé contre nous toute la nature, tant il semble qu'elle prend plaisir à nous outrager dé toutes parts. Mais encore ne sont-ce pas là nos plus grands malheurs. Notre avarice, notre ambition, nos autres passions insensées et insatiables sont des maux et de très grands maux, mais ce sont des maux qui nous plaisent, parce que ce sont des maux qui nous flattent. O Dieu ! où en sommesnous, et quelle vie est la nôtre, si nous sommes également

a. S. Aug., Contr.Julian.^ iib. V, cap. v.

Page 1