Var. redresse
4. Pronière rédaction : etc. — Complété ensuite par une addition marginale, à la sanguine.
UE LA QUINQUAGÉSIME. 237
chète pas en se montrant Dieu ; il nous rachète en se rabaissant au-dessous des hommes : il ne nous rachète pas en faisant des miracles incompréhensibles ; il nous rachète en souffrant des indignités inouïes. C'est pour cela que nous voyons dans son Évangile que pendant que tout le peuple était étonné d'un miracle qu'il venait de faire, omnibus (') mirantibus in omnibus qiice faciebat, il parle ainsi à ses disciples: « Mettez, vous autres, ces paroles dans vos cœurs : le Fils de l'homme sera livré entre les mains des hommes:» Ponite, vos, in cordibus vestris sermones istos : Filius \eni7}ï\ hominis futurum est ut tradatur in marnes hominum (^), De même que s'il eût dit : Cette nation infidèle s'attache seulement à mes miracles ; mais vous, qui êtes mes disciples, je veux que vous vous attachiez à mes souffrances : sachez que j'opérerai votre salut, non en guérissant dans les autres les maux corporels, mais en les souffrant moi-même (^) : « mettez ceci dans vos cœurs. » Voyez qu'il parle de sa Passion comme d'une chose incompréhensible, à laquelle l'esprit répugne, et qu'on a peine à y faire entrer quand il est préoccupé des pensées du monde.
En effet, que voient les yeux de la chair dans la Passion de Jésus 1 que voient-ils, messieurs, autre chose que des témoins subornés, des juges corrompus, des soldats insolents, une populace irritée, et un innocent accablé par le concours de ses envieux (3), «et rangé avec les méchants ? » Et cum, iniquis reput atus est {^). Mais faisons taire la raison humaine; entrons dans les voies de Dieu, sous la conduite de Dieu même. Ces plaies sont notre santé ; cette croix, c'est notre autel (^) ; cette couronne d'épines nous assure la couronne
a. Luc, IX, 44. — d. Marc, xv, 28. — Cf. Is., lui, 12.
1. Ces six mots latins sont ajoutés en marge. Le reste du verset, cité plus loin, en justifie l'introduction dans le texte.
2. Seconde rédaction (en marge, à la sanguine). La première, que les éditeurs maintiennent également dans le texte, y fait double emploi, et doit être considérée comme une variante : « Ne regardez pas tant les maux que je guéris dans les autres que ceux que j'endurerai moi-même pour votre salut. »
3. Var. des méchants. — A la fin de la phrase, il y avait (au lieu de ce mot): « pécheurs, » qui a été effacé. Peut-être l'auteur s'est-il souvenu qu'on lit dans le passage correspondant d'Isaïe : Et cu7n sceleratis...
4. Var. espérance. — Préféré par Lâchât à la correction (au crayon).
de gloire ; ce sang répandu est notre baptême ; ce visage défiguré et ce corps déchiré inhumainement par les coups de fouet nous promettent l'immortalité. « O merveille ! s'écrie ici le philosophe martyr, je veux dire saint Justin (^), 6 échange incompréhensible, et surprenant artifice de la sagesse de Dieu ! Dieu frappe son Fils innocent pour l'amour des hommes coupables, et pardonne aux hommes coupables pour l'amour de son Fils innocent (') : un seul est frappé, et tous sont délivrés; le juste est déshonoré,et les coupables en même temps remis en honneur : l'innocent subit ce qu'il ne doit pas, et il acquitte tous les pécheurs de ce qu'ils doivent. Car qu'est-ce qui pouvait couvrir nos péchés, si ce n'était sa justice ? comment peut être mieux expiée la rébellion des serviteurs que par l'obéissance du Fils ? L'iniquité de plusieurs est cachée dans un seul juste, et la justice d'un seul fait que plusieurs sont justifiés. » C'est ce que dit saint Justin (^), c'est ce qu'il a appris de l'Apôtre. Voilà, mes frères, ce grand conseil de la sagesse de Dieu ; conseil profond, conseil inconnu aux plus hautes puissances du ciel, que le Père, dit saint Justin, n'avait communiqué qu'à son Fils, et à l'Esprit éternel qui procède de l'un et de l'autre : conseil qui s'est découvert dans les derniers temps, et qui a fait, dit l'Apôtre P), que «la sagesse de Dieu a été manifestée par l'Eglise aux célestes intelligences : » conseil dont la raison ne se doutait pas, et qui ne pouvait monter dans le cœur de l'homme ; mais que ceux-là ont appris qui savent renoncer à leur propre sens.
Apportons à Dieu un esprit dompté ; abaissons (^) nos entendements ; portons (^) le joug de la foi, aimons ses saintes ténèbres, adorons Dieu humblement dans cette vénérable obscurité ; ne recherchons pas curieusement, mais adorons
a. Epi st. ad Diognei.^ n. 9. — b. Ephes.^ m, 9, 10,
1. Addition marginale, renvoyée dans les notes par Lâchât. — Bossuet a écrit ici quelques années plus tard : « Ces paroles [ne sont] pas de saint Justin. »Elles lui sont cependant encore attribuées dans le Discours sur V Histoire tmiverselle^ IP part. ch. XIX. {Édit. Jacquinet, p. 309.)