‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 223 sur 573 · DE LA QUIN(;)UAGÉSIME. 24 I · texte numérisé non relu

DE LA QUIN(;)UAGÉSIME. 24 I

ment qu'ils ne dussent participer à tous les états de sa vie. C'est pourquoi j'ai observé dans son Evangile qu'ils avaient une grande pente et beaucoup de facilité à reconnaître ses grandeurs, parce qu'ils se laissaient flatter à une douce espérance d'entrer en société de sa gloire Que les hommes (') croient facilement ce qui favorise leurs inclinations, et ce qui flatte leurs espérances ! Ils entendaient parler avec joie de son règne, de ses victoires, et même de sa divinité (^). Nous ne lisons pas, si je ne me trompe, qu'ils eussent peine à recevoir ces magnifiques vérités ; et il leur fâchait seulement qu'il ne déclarait pas assez tôt sa toute-puissance. Il n'y a que les mystères de sa Passion qu'ils ne veulent pas comprendre, de peur d'être enveloppés dans les disgrâces de leur Maître. Aussi comme ils avaient vu en plusieurs rencontre[s] la haine furieuse et envenimée qu'avaient contre lui les principaux de Jérusalem, quand ils virent qu'il y allait, ils furent saisis d'étonnement : et saint Marc a observé « qu'ils le suivaient en tremblant : » Et seqicentes thnebant (^). Et quand il se déclara sur les maux qu'il allait souffrir, vous avez déjà vu, mes frères, combien ils appréhendaient ces paroles. En effet, saint Matthieu remarque que ce fut aussitôt après qu'il eut achevé ce qu'il leur avait dit de sa Passion, que les deux enfants de Zébédée, comme pour changer de discours et dissiper (f) ces idées funèbres, s'approchèrent pour lui demander les premières places de son royaume {^) : tant il est vrai qu'ils ne voulaient croire que les grandeurs de leur Maître, pour y avoir part avec lui, et refusaient d'entendre parler de ses peines, par la crainte d'être appelés à cette société !

Mais j'ai pris garde, au contraire, en lisant les saintes paroles de Jésus-Christ Notre Seigneur, que c'est dans le

a. Marc.^ X, 32. — b. Matth.^ xx, 20.

1. Addition marginale, renvoyée en note dans l'édition Lâchât.

2. Var. de ses victoires, de son auguste souveraineté ; (et il leur fâchait...) — Introduite dans le texte par les éditeurs.

3. On peut être tenté de faire de ce mot une variante, et de le remplacer par éloigner. Mais cette surcharge appartient, ce semble, à une première rédaction effacée : «deux disciples l'abordèrent, et comme s'ils eussent voulu éloigner {var. dissiper) ces idées funèbres...»

Sermons de Bossuet. — V. i6

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même temps qu'il déclare le plus ses grandeurs divines qu'il appuie aussi le plus fortement sur ses humiliations. Quand ces deux disciples inconsidérés lui demandent les places d'honneur autour de son trône, il leur présente le calice de sa Passion ('*). Au jour de sa glorieuse transfiguration, il s'entretient avec Moïse et avec Elie de la fin tragique qu'il devait faire en Jérusalem {^) ; et vous verrez en saint Matthieu [que] ce fut (') dans le temps précis qu'ils reconnurent sa divinité qu'il s'attacha plus que jamais à les instruire des cruautés inouïes qu'il devait endurer à Jérusalem par la malice de ses envieux (^). Tout cela se fait-il en vain ? Et au contraire ne voyez-vous pas que le Sauveur veut faire entendre aux apôtres, et non seulement à eux, mais encore à nous, à nous qui avons été baptisés en sa croix et en sa mort, qu'il n'y a point d'espérance d'avoir part à ses grandeurs, si nous n'entrons généreusement dans la société de ses souffrances ?

La voilà, messieurs, cette parole que les apôtres n'entendaient pas, et qu'ils ne voulaient pas entendre : c'est qu'il faut souffrir, c'est qu'il faut mourir, c'est qu'il faut être crucifiés avec Jésus-Christ. O qu'ils l'ont entendu[e] (^) depuis, lorsqu'ils s'estimaient si heureux d'être maltraités pour son nom? Mais nous, mes frères, l'entendons-nous, cette parole fondamentale du christianisme ? Chrétiens, enfants de la croix et des plaies (^) de Jésus-Christ, qui n'approchez jamais de sa sainte table sans communiquer à sa mort et à ses blessures ('^), songez-vous qu'il n'y a point de salut pour vous, si vous ne souffrez avec lui ! O que ce discours est véritable mais aussi qu'il est dur aux sens ! ils ne veulent point (-) qu'on l'approfondisse : et que j'appréhende, mes frères, que vous ne crai-

a. MaUh., XX, 22. — ô. Luc, ix, 31. — c. Matth., XVI, ^\.

1. Première rédacHo?j : et ce fat... — Dans l'addition interlinéaire (à la sanguine) que est oublié.

2. Il y a lieu ici de se demander si /' n'est pas mis pour le, au neutre (cela). Toutefois la phrase suivante rend plus probable l'hypothèse d'un lapsus.

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