‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 237 sur 573 · SUR L ASSOMPTION · texte numérisé non relu

SUR L ASSOMPTION

Fecit mihi viagna^ qui potens est.

Le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses.

{Luc, I, 49-)

SI Notre Seigneur Jésus-Christ, après avoir accompli l'œuvre que son Père céleste lui avait commise sur la terre, est retourné au ciel, d'où il est sorti, pour y occuper éternellement la place qui était due à sa divine naissance, l'Apôtre nous a enseigné qu'il ne le fait pas seulement pour sa propre gloire, mais encore pour l'utilité de sa sainte Eglise. En effet, il nous est très avantageux qu'un ambassadeur si agréable soit auprès de Dieu pour y traiter nos affaires ; un avocat si pressant, pour y défendre notre cause ; un si puissant médiateur, pour terminer nos différends. Ainsi quand il s'est assis à la droite de son Père, il ne l'a pas fait seulement pour se mettre en possession de son trône ; mais encore pour procurer nos intérêts, et pour paraître pour nous devant la face de Dieu : Ut appareat . . . vultui Dei pro nobisif). Ce que Jésus-Christ notre chef a accompli une fois en sa personne, il ne cesse de l'accomplir tous les jours dans les membres de son corps mystique, selon la mesure convenable et selon la proportion de la créature. Autant de fidèles serviteurs de Dieu, qui entrent avec Jésus-Christ dans son paradis de délices, autant de pieux intercesseurs, qui ne cessent de prier pour leurs frères, et pour cette partie de l'Eglise, qui voyage et qui combat sur la terre, au milieu des tentations de la fragilité humaine.

Vous devez entendre, mes frères, par cette doctrine très sainte et très véritable, que si la Mère de Dieu est aujourd'hui élevée au-dessus de tous les esprits célestes, une si haute exaltation ne regarde pas 'seulement sa gloire, mais encore notre avantage. Car si elle est aujourd'hui reçue dans les embrassements de son Fils, dans la participation de son trône, dans la plénitude de sa gloire, elle est d'autant plus puissante pour nous obtenir ses grâces ; et sa charité consommée rendra son intercession plus utile et plus fructueuse

a. Hebr.^ IX, 24.

à tous les enfants de Dieu, auxquels elle a enfanté leur salut et leur rédemption en Jésus-Christ Notre Seigneur. Ce n'est donc pas sans raison, qu'en célébrant son triomphe nous implorons son secours : ce n'est pas sans raison, que l'Eglise catholique inspire à tous ...

Tous les actes religieux doivent se terminer à Dieu; et le propre delà religion, c'est de nous réunir à ce premier Etre. Saint Augustin nous enseigne que c'est de cette origine que cette vertu a pris son nom : (Religio diciiur eo qiioci) nos religet omnipotenti Deo ('). Elle nous lie, elle nous attache, elle nous unit à Dieu ; et c'est par cette union qu'elle est définie. L'honneur que nous rendons à la sainte Vierge appartient très certainement à la religion, puisque nous le lui rendons dans les lieux consacrés à Dieu, dans l'assemblée de sa sainte Eglise, et dans la célébration des divins mystères. Il faut donc nécessairement que ce culte, que cet honneur, que cette dévotion se rapporte à Dieu, et le regarde comme sa fin.

L'inconsidération de nos adversaires, qui nous objectent que nous rendons à la créature un culte religieux. L'objection porte sa réponse dans ses propres termes : si ce culte est religieux, donc il se termine enfin à Dieu seul ; et quel inconvénient d'honorer la créature pour l'amour de Dieu '^ une créature si excellente ?

Mais laissons la dispute et la controverse, et revenons, chrétiens, à notre instruction. Par conséquent vous devez entendre que toute votre dévotion pour la sainte Mère de Dieu ne mérite pas le nom de dévotion, et n'a que l'apparence de religion et la montre de la piété véritable, si elle ne vous conduit à Dieu, et ne sert à vous y unir immuablement, selon les lois du christianisme etdel'Evanorjle. Deux movens pour cette union : ses prières et l'imitation de ses vertus. Vous vous adressez à elle comme à une créature excellente, qui est très intimement unie à Dieu par Notre Seigneur Jésus-Christ : unie premièrement, par l'union du sang ; unie en second lieu, par la société des souffrances ; unie enfin aujourd'hui, par la plénitude de la gloire.

I. Voy. De ver. Rei/'jr., n. ni, 113 ; mais aussi Retract.^ I, XI II, 9.

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