‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 239 sur 573 · Var. chercher · texte numérisé non relu

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4. Var. sur ceux qui sont humbles et tremblants devant sa majesté sainte.

Sermons de Bossuet. — V. . 17

Il a été assez ordinaire aux sages du monde de rechercher la retraite, et de se soustraire à la vue des hommes : ils y ont été engagés par des motifs fort divers. Quelques-uns se sont retirés pour vaquer à la contemplation, et à l'étude de la sagesse : d'autres ont cherché dans la solitude la liberté et l'indépendance; d'autres, la tranquillité et le repos; d'autres, l'oisiveté ou le loisir. Plusieurs s'y sont jetés par orgueil: ils n'ont pas tant voulu se séparer que se distinguer des autres par une superbe singularité; et leur dessein n'a pas tant été d'être solitaires que d'être extraordinaires et singuliers. Ils n'ont pu endurer ou le mépris découvert des grands, ou leurs froides et dédaigneuses civilités ; ou bien ils ont voulu montrer du dédain pour les conversations, pour les mœurs, pour les coutumes des autres hommes, et ont affecté de faire paraître que, très contents de leurs propres biens et de leur propre suffisance, ils savaient trouver en eux-mêmes non seulement tout leur entretien, mais encore tout leur secours et tout leur plaisir. Il s'en est vu un assez grand nombre à qui le monde n'a pas plu, parce qu'ils n'ont pas assez plu au monde. Ils l'ont méprisé tout à fait, parce qu'il ne les a pas assez honorés au gré de leur ambition ; et enfin ils ont mieux aimé tout refuser de sa main que de sembler trop faciles en se contentant de peu.

Vos motifs sont plus solides et plus vertueux. On sait assez, ma sœur, que le monde ne vous aurait été que trop favorable, si vous l'aviez jugé digne de vos soins. Vous n'affectez pas non plus de lui montrer du dédain ; vous aimez mieux qu'il vous oublie, ou même qu'il vous méprise, s'il veut, que de tirer parade et vanité (') du mépris que vous avez pour lui; enfin, vous cherchez l'abaissement et l'abjection dans la maison de votre Dieu : c'est ce que les sages du monde n'ont pas conçu ; c'est la propre vertu du christianisme.

Parmi ceux qui aiment la gloire, saint Augustin a remarqué qu'il y en a deux sortes ('') : les uns veulent éclater aux yeux du monde ; les autres, plus finement et plus délicatement glorieux, se satisfont en eux-mêmes. Cette gloire cachée et

a. De Civil. Dei, lib. V, cap. XX.

I. Locution suspecte. Résulterait-elle d'une variante -.faite parade?

intérieure est sans comparaison la plus dangereuse. L'Écriture condamne en nous le désir de plaire aux hommes (''), et par conséquent à nous-mêmes ; parce que, si vous me permettez de parler ainsi, nous ne sommes que trop hommes, c'est-à-dire, trop faibles et trop grands pécheurs. « Il faut, dit le saint Apôtre {^), que celui qui se glorifie se glorifie uniquement en Notre Seigneur; parce que celui-là n'est pas approuvé qui se fait valoir lui-même, mais celui que Dieu estime. » Ainsi, entrant aujourd'hui dans la maison de votre Dieu par une profession (') solennelle, il faut quitter toute hauteur, et celle que le monde donne et celle qu'un esprit superbe se donne à soi-même. Il faut choisir l'abaissement et l'abjection, et enfin vous rendre petite, selon le précepte de l'Évangile {") : petite aux yeux des autres hommes, très petite à vos propres yeux. Ce sont les deux vérités que je traiterai dans ce discours, et je les joindrai l'une à l'autre dans une même suite de raisonnement.

PREMIER POINT

Il est aisé de remarquer dans l'Évangile que ce que le Fils de Dieu a entrepris (') par des paroles plus efficaces, c'a été la gloire du monde. C'est elle aussi qui a apporté le plus grand obstacle à l'établissement de sa doctrine, non seulement à la profession externe et publique, mais à la foi et à la croyance. Elle n'a point eu de plus emportés, ni de plus opiniâtres contradicteurs que les pharisiens et les docteurs de la loi ; et le Sauveur ne leur reproche rien avec tant de force que la vanité et le désir de la gloire. « Ils aiment, dit-il, les premières places ; ils se plaisent à recevoir des soumissions. Ils veulent qu'on les appelle maîtres et-docteurs ; ils prient publiquement dans les coins des rues, afin que les hommes les voient : enfin, ils ne font rien que pour être vus et ho-

a. Ga/at., I, 10. — ^.11 Cor., X, 17, 18. — c. MattJi.^ xvili, 3^ 4.

1. Ni la notice de V Année sa/n/e,m ce qu'on lit plus loin dans le discours même, ne permettent de prendi"e cette expression dans un sens trop absolu. Aussi, sachant que c'était la Vêlitre^ non la Profession^ que Bossuet avait prêchée, les Visitandines cherchèrent à remplacer ce mot par -.protestation.

2. Var. repris. — Deforis croyait devoir ajouter : [de combattre] ; mais entreprendre seul avait la même signification.

26o POUR LA VÊTURE

norés ("). » Aussi quelques-uns des sénateurs qui crurent en Jésus n'osèrent le reconnaître publiquement, « de crainte d'être chassés de la synagogue : car ils aimaient plus la gloire des hommes que la gloire de Dieu : » Ex principibus fuidti crediderunt in eum; sed propter pharisœos non confitebantur, ut e synagoga non ejicerentur: dilexernnt enwi gloriam hominum inagis qiiain gloriam Dei (^). Mais il n'a rien dit de plus efficace, ou, si vous me permettez cette expression, de plus foudroyant, que cette parole que nous lisons en saint Jean : Quojnodo vos potestis credere, qui gloriam ab invicem accipitis, et gloriam quœ a solo Deo est non quœritis (^) ? « Comment pouvez-vous croire, vous qui recevez la gloire les uns des autres, et ne recherchez pas la gloire qui vient de Dieu seul ? » Méditez cette parole. C'est la gloire qui nourrit dans l'esprit de l'homme ce secret principe d'incrédulité ; c'est elle qui entretient la révolte contre l'Evangile. Si la plupart des autres vices combattent la charité, celui-ci combat la foi : les autres détruisent l'édifice, celui-ci renverse le fondement même.

Le même conseil de la sagesse divine qui a porté un Dieu à s'abaisser et à se rendre petit l'a porté à ne se communiquer qu'à ceux qui sont petits et humbles : Revelasti \ea\ parvulis {^), Un Dieu dépouillé et anéanti. Il a pris la faiblesse tout entière, la bassesse, l'humiliation : il n'a rien ménagé, rien épargné de tout ce que les hommes méprisent, de tout ce qui fait horreur à leurs sens. A ces esprits enflés qui se nourrissent de gloire, Jésus-Christ est trop nu et trop bas pour eux ; les lumières de l'Évangile, trop simples ; la doctrine du christianisme, trop populaire. Ils n'estiment rien de grand que ce qui fait grande figure dans le monde, et ce qui occupe une grande place. C'est pourquoi le propre de la gloire, c'est d'amasser autour de soi tout ce qu'elle peut. L'homme se trouve trop petit tout seul : ou de grands domaines, ou de grands palais, ou des habits somptueux, ou une suite magnifique, ou les louanges et l'admiration publique. Il tâche de s'agrandir et de s'accroître comme il

a. Matth., xxiii, 6, 7. -- b. Joan., Xli, 42, 43. — c. Ibid.^ V, 44. — d. Maiih.^ XI, 25.

DE MADExMOISELLE DE BEAUVAIS. 201

peut : il pense qu'il s'incorpore tout ce qu'il amasse, tout ce qu'il acquiert, tout ce qu'il gagne : il s'imagine croître luimême avec son train qu'il augmente, avec ses appartements qu'il rehausse, avec son domaine qu'il étend. Il ne peut augmenter sa taille et sa grandeur naturelle ; il y applique ce qu'il peut par le dehors, et s'imagine qu'il devient plus grand et se multiplie quand on parle de lui, quand il est dans la bouche de tous les hommes, quand on l'estime, quand on le redoute('), quand on l'aime, quand on le recherche, enfin quand il fait du bruit dans le monde. La vertu toute seule lui semble trop unie et trop simple. Ces esprits enflés trouvent Jésus-Christ si petit, si humble, si dépouillé! Ils ne peuvent comprendre qu'il soit grand, et ne savent comment attacher ces grands noms de Sauveur, de Rédempteur, et de Maître du genre humain, à cette bassesse et à cette pauvreté du Dieu-homme.

Voulez-vous être capable de connaître les grandeurs de Ji^sus-Christ ? Quittez toutes ces idées, plutôt vastes que grandes, plutôt pompeuses que riches, que la gloire inspire, dont la gloire remplit les esprits, ou plutôt dont elle les enfle, car l'esprit ne se remplit pas de choses si vaines. Il faut savoir que Dieu seul est tout ; que tout ce que nous amassons autour de nous, pour nous faire valoir et nous rendre recommandables, n'est pas une marque de notre abondance, mais plutôt de notre disette, qui emprunte de tous côtés. Dieu seul est grand ; et toute la grandeur consiste à lui plaire, à être à lui, à le posséder, à faire sa volonté sainte, et ne se glorifier qu'en lui seul ; parce que « ceux qui recherchent la gloire des hommes, ne sauraient chercher celle qui vient de Dieu seul : » Gloi^iam ad invicem accipitis^ et glo7'iam quœ a solo Dco est non quœritis-.

A quoi travaillent dans le monde, je ne dis pas les âmes basses et vulgaires, mais ceux que l'on appelle les honnêtes gens et les vertueux, sinon à la gloire et à l'éclat ? Glo7'iam ab invicem accipitis : on loue pour être loué ; on fait honneur aux autres pour en recevoir, et on se paye mutuellement d'une si vaine récompense. Ne parlons pas de ces esprits faibles qu'on mène où l'on veut par des louanges, qui s'arrêtent à

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