‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 247 sur 573 · Hardouin de Péréfixe, archevêque de Paris · texte numérisé non relu

Hardouin de Péréfixe, archevêque de Paris

3. La reine d'Angleterre, Henriette-Marie de France, dont Bossuet fera l'oraison funèbre deux ans plus tard dans cette même chapelle de la Visitation de Chaillot.

272 POUR LA VETURE

temps ('), vous-même lui rendissiez ce qu'il n'a fait que vous prêter.

Mais, messieurs, suis-je chrétien quand je parle comme je fais ? Traiterai-je comme morte celle qui v't avec Dieu ; et croirai-je qu'elle nous manque aujourd'hui, parce qu'elle ne se montre pas à ces yeux mortels ? Non, non ; il n'est pas ainsi. Nous avons ici plus d'une reine, s'il est vrai, comme nous enseigne la théologie, qu'on voit tout dans ce miroir infini de la divine essence. Si les âmes bienheureuses y découvrent principalement ce qui touche les personnes qui leur sont attachées par des liaisons particulières, ma sœur, Anne- Maurice d'Espagne, votre unique et chère maîtresse, vous voit du plus haut des cieux : sans doute, elle a trop de part au sacrifice que vous faites. Après elle vous n'avez voulu servir que Dieu seul. Après lui avoir fermé les yeux, vous avez fermé pour jamais les vôtres aux folles vanités du siècle (^). Il semble que vous n'avez pas voulu même la survivre ; puisque, dans le même moment que cette âme pieuse a quitté le monde, vous l'avez aussi quitté : vous avez passé de sa cour dans le cloître, pour vous consacrer à une mort mystique et spirituelle. En sortant de cette cour si chrétienne, si sainte, si religieuse, vous avez cru qu'aucune maison n'était digne de vous recevoir que celles qui sont dédiées à votre Dieu ; et vous venez professer ici solennellement qu'une reine si puissante et si magnifique, après vous avoir honorée de son affection et comblée si abondamment de ses grâces, n'a pu néanmoins vous rendre heureuse. Et tant s'en faut que vous estimiez qu'elle ait pu faire votre bonheur par toutes ses largesses, qu'au contraire, mieux éclairée par les lumières de la foi, vous mettez votre bonheur à quitter généreusement tout ce qu'elle a pu faire pour vous, tout ce qu'une libéralité royale a voulu accumuler de biens sur votre tête. O pauvreté et impuissance des rois ! qui peuvent faire

1. Dès 1661, à 23 ans, mademoiselle de Beauvais avait voulu se retirer à Chaillot. (Voy. la notice.)

2. Elle prit seulement le temps de faire remettre à Louis XIV, par l'entremise de Le Tellier, l'expression des dernières volontés de la reine mère, dont le dépôt lui avait été confié. {Mémoires de M'*^' de Motieville^ année 1666.)

leurs serviteurs riches, puissants, fortunés, mais qui ne peuvent pas les faire heureux ! Et certes, il n'appartient qu a celui qui est lui-même le souverain bien de donner la félicité.

Venez donc, ma chère sœur en Jésus-Christ, venez vous jeter entre ses bras ; venez vous cacher sous ses ailes, venez vous humilier dans sa maison. Recevez-la, monseigneur, au nombre des vierges sacrées, que votre haute sagesse et votre sollicitude pastorale sait si bien conduire dans la voie étroite. Donnez-lui, de ce cœur toujours pacifique et véritablement paternel, votre sainte bénédiction, que je vous demande aussi pour moi-même, comme une authentique approbation de la doctrine que j'ai prêchée. Ainsi soit-il.

Sermons de Bossuet. — V.

SERMON POUR LE JOUR de NOËL (■),

à Dijon, chez les Carmélites, en 1667.

A la suite de ce sermon, nous en donnerons un autre, que Bossuct a certainement prêché dans sa ville natale, devant Condé, le i^^ janvier 1668. Celui qu'on va lire, assez semblable pour l'aspect et la disposition du manuscrit, faisant d'ailleurs également mention du Jubilé, ne peut avoir été prononcé qu'à la fin de lôô/.Les Carmélites, auxquelles il est fait allusion dans le troisième point, ne peuvent être celles de Paris, comme on l'a prétendu, car Bossuet n'était plus en cette ville à la fin de décembre de cette année.

Il n'y a pas lieu de se préoccuper d'une note, qu'on voit sur le manuscrit (f. 250) : « Jour de la Nativité : Avent aux Carmélites. » Elle n'est point de la main de Bossuet, mais de celle de son neveu; et comme la plupart de celles qui ont la même origine, elle est erronée : ce sermon ne fait partie d'aucune station. On a imaginé de le rattacher à celle de Saint-Thomas du Louvre; mais il fallait pour cela supposer des remaniements, dont il n'y a pas trace au manuscrit. Les passages où l'auteur écrit : « m.es sœurs » et ceux où il dit : « messieurs, » sont bien du même jet : les uns et les autres remontent à la rédaction primitive.

On pourra, avec profit et intérêt, comparer cette œuvre avec le sermon de 1656 pour la même fête. Elle en reproduit la division ; mais tout autres sont la plupart des développements, surtout dans le premier point. En revanche, on y rencontre d'autres réminiscences : elles proviennent du sermon sur le mystère de l'Incarnation, dans le Carême des Carmélites (1661).

L'abbé Vaillant avait signalé la nécessité de dégager ce second sermon pour la fête de Noël du premier, dans lequel les anciens éditeurs s'étaient ingéniés à l'incorporer i^). Lâchât l'a entrepris. Chose étrange ! dans un texte de lecture facile, il a fait de si nombreuses erreurs ou omissions, que nous userions la patience du lecteur à les relever en détail. Nous en signalerons quelques-unes seulement, tout en corrigeant les autres.

1. Mss.^ 12821, f. 247-268. — In-4°, avec marge des deux cinquièmes.

2. D'ailleurs ils en avaient averti. Sur l'enveloppe môme du manuscrit, (f. 248) Deforis note : € ... semblable en grande partie au précédent. Dont on [n']a retenu qu'un fragment. » A leur tour les éditeurs de Versailles indiquent, sur la même page, l'endroit où ce i. fragment » aurait dû être placé dans l'imprimé.

Natus est vobis hodie Salvator (') ;... et hoc vobis siqmim : Invenietis infant em^ pannis iftvoluiiwi^ \et\ posiium in prœsepio.

Le Sauveur du monde vous est né aujourd'hui ; et vous le reconnaîtrez à cette marque (*) : Vous trouverez un enfant, enveloppé de langes, couché dans une crèche.

{^Luc.^ II, 12.)

LE Verbe qui était au commencement dans le sein de Dieu, par qui toutes choses ont été faites (''), et qui soutient toutes choses par sa force toute-puissante (^), a disposé comme trois degrés par lesquels il est descendu (2) de la souveraine grandeur à la dernière bassesse : premièrement il s'est fait homme, secondement il s'est fait passible, troisièmement il s'est fait pauvre, et s'est chargé de tous les opprobres de la fortune la plus méprisable.

Le texte de mon évangile renferme en trois mots ce triple abaissement du Dieu-Homme: «Vous trouverez un enfant,» c'est le commencement d'une vie humaine ; « enveloppé de langes, » c'est pour défendre l'infirmité contre les injures de l'air (f) ; « couché dans une crèche, » c'est la dernière extrémité d'indigence. Et par là vous voyez, mess[ieurs] (5), quel est l'ordre de sa descente. Son premier pas est de se faire homme, et par là il se met au-dessous des anges, puisqu'il prend une nature moins noble : Mmuisti\eiun patdo mimes ab a7igelis\ (^). Suivons attentivement, et arrêtons-nous sur

a. Joan.^ I, 3. — b. Hebr.^ I, 3. — c. Ps., viii, 6.

1. Ms. Salvator niundi. — Cette inexactitude a la même origine qu'un certain nombre d'autres dans nos manuscrits : elle remonte à la liturgie, où les textes sont cités ou paraphrasés assez librement. Ce /mindi^ venu spontanément à la mémoire de l'auteur, est passé dans la traduction. Du reste, il n'en modifie pas le sens, Sauveur du inonde étant l'équivalent de Salvator ô.\i texte sacré.

2. Var. et voici (mot effacé) la marque — le signe pour le reconnaître.

3. Ici la faute de l'édition Vives (Lâchât) est assez heureuse : «... par lesquels est descendue la souveraine grandeur à la dernière bassesse. »

4. Les Elévations ajoutent une autre raison à celle-ci, qu'elles reproduisent : <L Sa Mère l'enveloppe de langes, avec ses chastes mains. Il faut couvrir le nouvel Adam, qui porte le caractère du péché, que l'air dévorerait, et que la pudeur doit habiller autant que la nécessité. >

5. Lâchât : mes sœurs. — Il y a mess., qui doit se lire 7)iessieurs. Du reste, mes sœurs se trouve un peu plus loin.

tous les degrés de cette descente mystérieuse. Si le Sauveur s'est rabaissé (') par son premier pas au-dessous de la nature angclique, il fait une seconde démarche qui le rend égal aux pécheurs, parce qu'il ne prend pas la nature humaine telle qu'elle était dans son innocence, saine, incorruptible, immortelle ; mais (^) dans l'état malheureux où le péché l'a réduite, exposée de toutes parts aux douleurs, à l'infirmité (^), à la mort {^). Mais mon Sauveur n'est pas encore assez abaissé (=). Vous le voyez déjà, mes sœurs (^), au-dessous des anges par notre nature ; égalé aux pécheurs par l'infirmité : maintenant voici (^) son troisième pas, il se va pour ainsi dire mettre sous leurs pieds, en s'abandonnant au mépris par la condition misérable de sa vie et de sa naissance. Voilà, mes sœurs, les degrés par lesquels le Dieu incarné descend de son trône, et vous les avez remarqués par ordre dans les parties de mon évangile. Mais ce n'est pas ce qu'il y a de plus important ni ce qui m'étonne le plus. Quoique je ne puisse (^) assez m'étonner des abaissements de mon Dieu, je m'étonne beaucoup davantage qu'on nous donne ces abaissements comme une marque certaine pour reconnaître le Sauveur du monde: £^ hoc vobis signwn. Quel est ce nouveau prodige ^ Que peut servir à notre faiblesse que notre médecin devienne infirme, et que notre libérateur se dépouille de sa puissance ? Est-ce donc une ressource pour des malheureux qu'un Dieu en vienne augmenter le nombre } Ne semble-t-il pas, au contraire, que le joug qui accable les enfants d'Adam est d'autant plus dur et inévitable, qu'un Dieu même est assujetti à le porter (^) } Cela serait vrai, m[essieurs] ('°), si

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