Lâchât : mes sœurs. — Il y a un m. seulement
rOUR LE JOUR DE NOËL. 277
cet état d'humiliation était forcé, s'il y était tombé par nécessité, et non pas descendu par miséricorde. Mais comme son abaissement n'est pas une chute ('), mais une condescendance, et qu'il n'est descendu à nous que pour nous marquer les degrés par lesquels nous pouvons remonter à lui, tout l'ordre de sa descente fait celui de notre glorieuse élévation; et nous pouvons appuyer notre espérance abattue sur ces trois abaissements du Dieu-Homme, puisque, s'il vient (^) à notre nature tombée, c'est à dessein [de] la relever ; s'il prend nos infirmités, c'est pour les guérir ; et s'il s'expose aux misères et aux outrages de la fortune, [c'est] pour les surmonter et triompher glorieusement de tous les attraits et de toutes les illusions, [et] de toutes les terreurs du monde. Divines marques, sacrés caractères par lesquels je reconnais mon Sauveur, [que (^) ne puis-je vous expliquer à cette audience avec les sentiments que vous méritez !]
PREMIER rOINT.
Comme Dieu est unique en son essence, il est impénétrable en sa gloire, il est inaccessible (^) en sa hauteur et incomparable en sa majesté (^). C'est pourquoi l'Ecriture nous dit si souvent qu'il est plus haut que les cieux et plus profond que les abîmes, qu'il est caché en lui-même par sa propre lumière, et que « toutes les créatures sont comme un rien devant sa face : » Omnes gentes, quasi non sint, sic sunt coram eo, et quasi nihiluni et inane reputatœ sunt ei (f).
Le docte Tertullien, écrivant contre Marcion nous explique cette vérité par ces magnifiques paroles : Ex defectione (^) œmuli solitudinem \(qua7ndain\ de singularitate
a. Is., XL, 17.
1. Note marginale : Descendit ui levaret^ 11071 cecidit ut jaceret (S. Aug., hi Joan. Tract, cvii, n. 6).
2. Var. puisqu'il vient à notre nature tombée pour la relever, qu'il prend nos infirmités pour les guérir, et qu'il s'expose aux misères pour les surmonter et triompher glorieusement de tous les attraits du monde,
3. Nous empruntons la fin de la phrase au sermon de 1656 (t. II, p. 273).
4. Var, impénétrable en sa hauteur et inaccessible en sa majesté.
5. Note Diarginale: Il est en nous, et nous ne pouvons l'atteindre. — Omise par Lâchât.
6. Bossuet lui-même rétablit en marge le texte de Tertullien. IU'avait d'abord
prœstantiœ \s7ttE\ possidens, unicum est ("). Les expressions de notre langue ne reviennent pas à celles de ce grand homme ; mais disons après lui, comme nous pourrons, que Dieu étant grand souverainement, il est par conséquent unique, et qu'il se fait par son unité une auguste solitude, parce que rien ne peut l'égaler ni l'atteindre, ni en approcher, et qu'il est de tous côtés inaccessible.
Plus à fond. Il n'y a point de grandeur en la créature qui ne se démente par quelque endroit ('), et tout ce qui s'élève d'un côté s'abaisse de l'autre. Celui-là est relevé en puissance, mais médiocre en sagesse ; cet autre aura un grand courage, mais qui sera mal secondé par la force de son esprit ou par celle de son corps. La probité n'est pas toujours avec la science, ni la science avec la conduite. Enfin, sans faire ici le dénombrement de ces infinis mélanges par lesquels les hommes sont inégaux à eux-mêmes, il n'y a personne qui ne voie [qu']il n'y a rien de si fort qui n'ait son faible (^), il n'y a rien de si haut qui ne tienne au plus bas par quelque endroit. Dieu seul est grand en tous points, parce qu'il possède tout en son unité, parce qu'il est tout parfait, et en un mot tout lui-même, singulier en toutes choses, et seul à qui on peut dire: « O Seigneur, qui est semblable à vous: profond en vos conseils, terrible en vos jugements, absolu en vos volontés, magnifique et adorable en vos œuvres (^) } » Et c'est ce que veut dire Tertullien par cette haute solitude en laquelle il fait consister la perfection de son être.
Le mystère de cette journée nous apprend que Dieu (3) est sorti de cette auguste et impénétrable solitude. Quand un Dieu s'est incarné, l'Unique s'est donné des compagnons, l'Incomparable s'est fait des égaux, l'Inaccessible s'est rendu palpable à nos sens ; « il a paru (^) parmi nous, » et
a. Advers. Marcioii.^ lib. I, n. 4. — b. Exod.^ xv, 11. cité en ces termes, qui ont inspiré son commentaire : Summum magnum^ ipsa sua magnitudine soliticdinem possidens^ uiiicwn est. On voudrait que ces paroles fussent la vraie leçon, au lieu d'en être une analyse sublime.
1. Var. qui soit soutenue de toutes parts. (Préférée au texte par Lâchât.)
2. Var. l'homme est un composé de pièces très inégales, qui ont leur fort et leur faible.
3. Var. [Dans] le mystère de l'Incarnation, Dieu est sorti...