‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 259 sur 573 · Var. pour étourdir le vulgaire · texte numérisé non relu

Var. pour étourdir le vulgaire

quelque envie à celui qui possède tout dans l'immense simplicité de son essence. Et c'est pourquoi les puissants et les superbes (') du monde ont trouvé notre Sauveur trop dénué ; sa crèche les a étonnés, sa pauvreté leur a fait peur (^); et c'est cette même erreur qui a fait imaginer aux Juifs cette Jérusalem toute brillante d'or et de pierreries, et toute cette magnificence qu'ils attendent encore aujourd'hui en la personne de leur Messie.

Mais, au contraire, messieurs, si nous voulons raisonner parles véritables principes, nous trouverons qu'il n'est rien plus digne (^) d'un Dieu venant sur la terre que de confondre par sa pauvreté le faste ridicule des enfants d'Adam, de les désabuser des vains plaisirs qui les enchantent, et enfin de détruire par son exemple toutes les fausses opinions qui exercent sur le genre humain une si grande et si injuste tyrannie.

A fond. Voici l'ordre qu'il y tient. Le monde a deux moyens pour nous captiver : il a premièrement de fausses douceurs qui surprennent notre faiblesse ; il a aussi de vaines (^) terreurs qui abattent notre courage. Il est des hommes délicats qui ne peuvent vivre que dans les plaisirs, dans le luxe, dans l'abondance. Il en est d'autres qui vous diront : Je ne demande pas ces grandes richesses, mais la pauvreté m'est insupportable ; je me défendrais bien des plaisirs, mais je ne puis souffrir les douleurs ; je n'envie pas le crédit de ceux qui sont dans les grandes intrigues du monde, mais il est dur de demeurer dans l'obscurité. Le monde gagne les uns, et il épouvante les autres. Tous deux s'écartent de la droite voie ; et tous deux enfin viennent à ce point que celui-ci, pour obtenir les plaisirs sans lesquels il s'imagine qu'il ne peut pas vivre, et l'autre, pour éviter les malheurs qu'il croit qu'il ne pourra supporter, s'engagent entièrement dans l'amour du monde.

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