‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 272 sur 573 · Var. combat · texte numérisé non relu

Var. combat

7. Var. l'attachant à ses inclinations particulières, elle le sépare... — Anciennes édit. à cause que rattachement à ses propres inclinations, comme à des lois particulières qu'il se fait lui-même, le sépare... — Faute de lecture. Reproduite par Lâchât, avec les aggravations suivantes : « à cause que l'attachement à lui-mêuie et (effacé) à ses inclinations particulières (deux' omissions) le sépare....

première raison à laquelle il était (') uni par son origine céleste. Ainsi il le tire de son ordre et le dérègle en lui-même. D'où il paraît, chrétiens, que le péché est également contraire à Dieu et à l'homme, mais avec cette différence qu'il est contraire à Dieu parce qu'il est opposé à sa justice ; mais de plus contraire à l'homme parce qu'il est nuisible à son bonheur : c'est-à-dire, contraire à Dieu comme à la règle qu'il combat, et outre cela contraire à l'homme comme au sujet qu'il corrompt. Ce qui fait dire au Psal[miste], que « celui qui aime l'iniquité a de l'aversion pour son âme ; » à cause qu'il y corrompt avec sa droiture les principes de sa santé, de son bonheur et de sa vie : Qui diligit iniquii\atern, odit anïfnain suavï\ (^\ Et certes, il est nécessaire que les hommes se perdent eux-mêmes en s'élevant contre Dieu. Car que sont-ils autre chose, ces hommes rebelles, que sont-ils, dit saint Augustin, que des ennemis impuissants, « ennemis (^) de Dieu, poursuit-il, par la volonté de lui résister, et non par le pouvoir de lui nuire ? » Iiiimici Deo resistendi voluntate, non potestate lœdendi (''). Et de là ne s'ensuit-il pas que la malice du péché, ne trouvant point de prise sur Dieu qu'elle attaque, laisse nécessairement tout son venin dans le cœur de celui qui le commet .^ Comme la terre, qui, élevant des nuages contre le soleil qui l'éclairé, ne lui ôte rien de sa lumière, et se couvre seulement de ténèbres ; ainsi le pécheur téméraire résistant follement à Dieu, par un juste jugement n'a de force que contre lui-même, et ne peut rien que se détruire par son entreprise insensée.

C est pour cela que le Roi-Prophète prononce cette malédiction contre les pécheurs.: Gladius eornm intret in corda ipsorum, et arcus eoj^uin confringatur (^) : « Que leur épée leur perce le cœur, et que leur arc soit brisé. » Vous voyez deux sortes d'armes entre les mains du pécheur, un arc pour tirer de loin, une épée pour frapper de près : l'arc se rompt et est inutile ; l'épée porte son coup, mais contre

a. Ps., X, 6. — d. De Civit. Dei^ ubi supra. — c. Ps., xxxvi, 15.

1. Var. elle le sépare de la première raison à laquelle il est lié par son oiigine céleste.

2. Edi'/. mais ennemis... — Conjonction effacée au manuscrit.

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lui-même. Entendons : le pécheur tire de loin contre le ciel et contre Dieu, et non seulement les traits n'y arrivent pas, mais encore l'arc se rompt au premier effort. Impie, tu t'élèves contre Dieu, tu te moques des vérités de son Évangile, et tu fais un jeu sacrilège des mystères de sa bonté et de sa justice. Et toi, blasphémateur téméraire, impudent profanateur du saint nom de Dieu, qui, non content de prendre en vain ce nom vénérable qu'on ne doit jamais prononcer sans tremblement, profères des exécrations qui font frémir toute la nature, et te piques d'être inventif en nouveaux outrages contre cette bonté suprême, si féconde pour toi en nouveaux bienfaits ; tu es donc assez furieux pour te prendre à Dieu de toutes les bizarreries d'un jeu excessif : ou bien, poussé par tes ennemis sur lesquels tu n'as point de prise, tu tournes contre Dieu seul ta rage impuissante, comme s'il était du nombre de tes ennemis, et encore le plus faible et le moins à craindre, parce qu'il ne tonne pas toujours, et que, meilleur et plus patient que tu n'es ingrat et injurieux, il réserve encore à la pénitence cette tête que tu dévoues par tant d'attentats à sa justice; tu prends un arc en ta main, tu tires hardiment contre Dieu, et les coups ne portent pas jusqu'à lui, que sa sainteté rend inaccessible (') à tous les outrages des hommes. Ainsi tu ne peux rien contre lui, et ton arc se rompt entre tes mains, dit le Prophète royal. Mais, mes frères, il ne suffit pas que son arc se brise, et que son entreprise demeure inutile ; il faut que son glaive lui perce le cœur, et que, pour avoir tiré de loin contre Dieu, il se donne de près un coup sans remède si 1g Sauveur ne le guérit par miracle. C'est la

I. A partir de ce mot, }usqu^h. par mirac/e inclusivement, tout ce passage a été récrit en marge. Voici ce qui y a donné lieu. Ici se terminait la p. lo. Le feuillet suivant, p. ii et j 2, a servi de brouillon, lors de la composition d'un dernier discours sur ce même sujet, celui du i'"' janvier 1687. Au moment de détacher ce feuillet, Bossuet en a récrit les premières lignes sur la page précédente. Pour trouver la suite de la rédaction de 1668, il faut donc se reporter du f. 314 au f. 283. Il faut en outre réserver pour 1687 les corrections qui y ont été apposées. Les éditeurs jusqu'ici ne l'ont pas fait. Ils ont pris le développement dans le /am securis (voy. Avent du Louvre, t. IV, p. 605). — En transcrivant, Bossuet change Prophète royal en Roi-Prophète ; et coup sans remède en coup mortel.

commune destinée de tous les pécheurs : le péché, qui renverse tout l'ordre du monde, le renverse premièrement dans celui qui le commet ('). La vengeance, qui sort du cœur pour tout ravager, porte (^) son premier coup et le plus mortel sur le cœur (^) qui la nourrit (^). L'injustice, qui veut ravir {=) le bien d'autrui, fait son essai sur son auteur, qu'elle dépouille de son plus grand bien, qui est la droiture, avant que de ravir et d'usurper le bien des autres (^). L'impudicité(^), qui veut tout corrompre, commence son effet par sa propre source ; parce que (^) nul ne peut attenter à l'intégrité d'autrui que par la perte de la sienne. Enfin (^) tout pécheur est ennemi de soi-même, corrupteur en sa conscience ('°) du plus grand bien de la nature raisonnable, c'est-à-dire, de l'innocence. Par conséquent le péché (") est le plus grand et le plus extrême de tous les maux : plus grand sans comparaison que tous ceux qui nous menacent par le dehors, parce que c'est le dérèglement et l'entière dépravation du dedans; plus grand et plus dangereux que les maladies du corps les plus pestilentes, parce que c'est un poison fatal à la vie de l'âme ; plus grand (") que la perte de la raison, parce que c'est perdre plus que la raison que d'en perdre le bon usage, sans lequel la raison même n'est qu'une folie('^) criminelle. Enfin, pour conclure ce raisonnement, mal par-dessus tous les maux, malheur

1. Var. qui renverse tout dans le monde renverse premièrement celui... Édi7. qui * trouble tout dans le monde^ met le désordre premièrement dans celui qui le commet (1687J.

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