‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 284 sur 573 · Édît. vous · texte numérisé non relu

Édît. vous

contre lui tous ses bienfaits, et font de ses miséricordieuses facilités un chemin à la rébellion et à la licence ? Donc, mes frères, que ce Jubilé finisse nos ingratitudes. Ne nous moquons pas de Dieu; car, comme ajoute rAp[ôtre] ('*), « l'homme recueillera ce qu'il aura semé (') ; » [ne nous moquons pas de Dieu], de peur qu'il ne se moque à son tour, et que nous ne puissions soutenir cette cruelle et insupportable moquerie. Ah ! (') mes frères, détournons nos yeux ; je veux espérer de vous de meilleures [choses]. Prions le divin Sauveur qui a lavé tous nos péchés, qu'il guérisse encore toutes nos langueurs, et par là nous obtiendrons la dernière grâce, qui est celle d'être à jamais impeccables. C'est ma dernière partie.

TROISIÈME POINT

C'est donc ici, chrétiens, la dernière grâce, le prix, la perfection et le comble de toutes les autres, d'être menés à la vie où nous serons impeccables, où nous jouirons éternellement avec les saints anges de cette heureuse nécessité de ne pouvoir plus être soumis au péché (^). C'est là le bonheur parfait, c'est le salut accompli, c'est enfin le dernier repos qui nous est promis en Notre Seigneur. Le commencement de notre repos, c'est de pouvoir ne plus pécher ; la fin de notre repos, c'est de ne pouvoir plus pécher. Le commencem.ent de notre repos, c'est de pouvoir être justes ; la fin de notre repos, c'est d'avoir une assurance infaillible de ne déchoir jamais aux siècles des siècles de la grâce ni de la justice.

Pour comprendre profondément la différence de ces deux repos, dont l'un est la consolation de la vie présente et l'autre

a. Galat.^ VI, 8.

1. Cette nouvelle citation est une addition interlinéaire^ dont la place n'est pas douteuse. Les éditeurs cependant la renvoyaient à la fin de la phrase, comme la suite de la première rédaction, à laquelle ils s'attachaient.

2. Addition, à la suite du second point. Elle n'est qu'indiquée. — Le feuillet suivant (f. 326) appartient au remaniement du i" janvier 1669. Pour trouver la suite du sermon de 1668, il faut passer au f. 332.

3. Noies marginales (pour Noël 1669) : < * C'est pour cela qu'il nous est né un Sauveur, sur qui le péché ne pouvait jamais avoir de prise, afin que nous pussions par sa grâce devenir un jour heureusement incapables de succomber au péché. > — « * Régénérés du même Esprit dont il a été conçu. »

3l6 POUR LA CIRCONCISION

est la félicité de la vie future, il faut remarquer, messieurs, que nous sommes très assurés par la grâce de la nouvelle alliance que Dieu ne manquera pas à nos besoins (') ; mais nous ne sommes point assurés que nous ne manquerons pas à ses grâces (^) : c'est-à-dire, si nous l'entendons, que nous sommes assurés de Dieu, mais toujours incertains de nous et de notre propre faiblesse. Nous sommes assurés de Dieu ; car il ne change pas comme un homme, et « ses dons, dit le saint Apôtre, sont sans retour et sans repentance (''). » Jésus (^) invite à lui tous ceux qui ont soif de la vérité et de la justice ; mais lui-même il a soif des âmes, il donne plus volontiers que les autres ne reçoivent. Il ouvre ses bras à tous ; à tous son sang et ses plaies, à tous sa miséricorde et sa grâce ; et « si on ne l'abandonne, il n'abandonne jamais : » Non dese7'it, nisi deseratur (^). C'est la doctrine de tous les saints, c'est la foi constante de tous les conciles : si quelqu'un ne le croit pas, qu'il soit anathème ! C'est pourquoi tous les oracles divins nous assurent que le traité qu'il fait avec nous est un traité éternel : Feriam vobiscum pactum sempitermim (^) ; et ailleurs : Despondi te \mihi\ in fide (^) : « Je t'ai épousée en foi. » C'est-à-dire que cet Epoux, toujours fidèle à lui-même et à ses saintes promesses, ne fera jamais de divorce (^) ; mais cette âme, ingrate et perfide épouse, qui tant de fois s'est souillée d'un amour indigne et profane, l'obligera peut-être à se séparer ; et ainsi, dit le prophète Isaïe, « elle casse et annule (^) le pacte éternel : » Transgressi sunt leges, mutaveritnt jus, dissipaverunt fœdus sempitermun {^). Comment est-il annulé (°), s'il est éternel et irrévocable ? « C'est à cause, nous dit le prophète, que les

a. Rom., XI, 29. — â. S. Aug., In Ps. CXLV, n. 9. — c. Is., LV, 3. — d. Ose., Il, 20.

— Le texte véritable est : Spo7isabo ie mihi in fide. — e. Is., XXIV, 5.

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