Ledieu, Mémoires., p
3. Lâchât, VIII, 52, et les autres éditeurs modernes. L'erreur remonte à M. Floquet {Études...., II, 220).
représentaient le sermon prêché à Jouarre, en 1662 : un instant d'examen du manuscrit, un simple coup d'oeil suffit à montrer l'impossibilité d'une telle hypothèse.
Ut sit Deus o?nnia in omnibus.
Dieu sera tout en tous.
(IC^r.,xv,28.)
LE Roi-Prophète fait une demande, dans le psaume XXXIII, à laquelle vous jugerez avec moi qu'il est aisé de répondre : « Qui est l'homme (') qui désire la vie et souhaite de voir des jours heureux ? » Quïs est homo qui vitlt vitani, diligit dies videre bonos ? A cela toute la nature, si elle était animée, répondrait d'une même voix que toutes les créatures voudraient être heureuses. Mais surtout les natures intelligentes n'ont de volonté ni de désir que pour leur félicité : et si je vous demande aujourd'hui si vous voulez être heureux, quoique vos bouches se taisent, j'entendrai le cri secret de vos cœurs, qui me diront d'un commun accord que sans doute vous le désirez et ne désirez autre chose. Il est vrai que les hommes se représentent la félicité sous des formes différentes : les uns la recherchent et la poursuivent sous le nom de plaisir ; d'autres sous celui d'abondance et de richesses ; d'autres sous celui de repos, ou de liberté, ou de gloire (') ; d'autres sous celui de vertu. Mais enfin tous la recherchent, et le Barbare et le Grec, et les nations sauvages et les nations polies et civilisées, et celui qui se repose dans sa maison, et celui qui travaille à la campagne, et celui qui traverse (^) les mers, et celui qui demeure sur la terre : nous voulons tous être heureux; et il n'y a rien en nous ni de plus intime, ni de plus fort, ni de plus naturel que ce désir.
Ajoutons-y, s'il vous plaît, messieurs, qu'il n'y a rien aussi de plus raisonnable. Car qu'y a-t-il de meilleur que de souhaiter le bien, c'est-à-dire la félicité ? Vous donc, ô mortels qui la recherchez, vous recherchez une bonne chose ; prenez
1. Effacé : dit ce divin chantre. — Correction (également effacée) : psalmiste.
2. Var. d'autres sous celui de gloire, ou de liberté, ou de repos.
3. Var. navigue — passe. — On peut être tenté de regarder « navigue » (naiiige) comme la leçon définitive.
garde seulement que vous ne la recherchiez où elle n'est pas. Vous la cherchez sur la terre, et ce n'est pas là qu'elle est établie ('), ni que l'on trouve ces jours heureux dont nous a parlé le divin Psalmiste. En effet, ces beaux jours, ces jours heureux, ou les hommes toujours inquiets les imaginent du temps de leurs pères (^), où ils les espèrent pour leurs descendants ; jamais ils ne pensent les avoir trouvés, ou les goûter pour eux-mêmes(2). Mais ("♦) peut-être que nos neveux regretteront {=) la félicité de nos jours avec la même erreur qui nous fait regretter le temps de nos devanciers : et je veux dire en un mot, messieurs, que nous pouvons ou imaginer des jours heureux, ou les espérer, ou les feindre ; mais que nous ne pouvons jamais les posséder sur la terre.
Songez, ô enfants d'Adam, au paradis de délices, d'où (^) vous avez été bannis par votre désobéissance : là se passaient les jours heureux. Mais songez, ô enfants de Jésus-Christ, à ce nouveau paradis dont (') son sang nous a ouvert le passage : c'est là que vous verrez les beaux jours (^). Ce sont ici les jours de misères, les jours de sueurs et de travaux, les jours de gémissements et de pénitence, auxquels nous pouvons appliquer ces paroles du prophète Isaïe ('') : « Mon peuple, ceux qui te disent heureux, t'abusent (^) et renversent toute ta conduite ('°). » Et encore {^) : « Ceux qui font croire à ce peuple qu'il est heureux, sont des trompeurs ; et ceux dont on vous vante la félicité (") sont précipités dans l'erreur ('"). »
a. /s., III, 12. — â. Ibid., IX, 16.