TROISIÈME POINT. (FRAGMENTS
[...OÙ nous ne voyons {^) que des eaux courantes, c'est-àdire des plaisirs qui passent. Soin des hommes pour s'établir. Tous ces faibles soutiens que nous recherchons contre la fortune sont encore de son ressort ; et quand tout serait ferme, le fondement est caduc et chancelant. Les murailles massives ; mais le fondement est faible, ruineux, caduc. Tout chancelle, tout s'évanouit. Est-ce que la tête nous tourne, ou que tout tourne autour de nous ? L'un et l'autre. Tout tourne autour de nous : nous sommes le jouet de la fortune, la victime de la mort, la proie des années. Enfin « la figure
a. Ps.y LXi, II. — ^. lâiW., XXXIII, 9. est tout ensemble la grandeur et la faiblesse de l'esprit humain que nous ne pouvons égaler nos propres idées, tant celui qui nous a formés a pris soin de marquer son infinité. >
1. Note 7narginale (inachevée) : Et toutefois cette expression telle quelle de la vérité,, . — ^I. Lâchât, pour innover, transporte ces mots un peu plus loin, en variante, de la façon la plus malheureuse. Voy. note suivante.
2. Ici la prétendue variante donnée dans l'édition Lâchât: «Il a parlé une fois; et toutefois cette expressio?i telle quelle de la vérité a e7ige7idré son Verbe... » C'est prêter à Bossuet un langage blasphématoire !
3. Ms. où ne nous voyons... — Deux pages ont encore disparu ici (p. 17, 18). L'auteur montrait, au commencement du troisième point, qu'il n'y a point icibas de consistance, La fin de cette esquisse se trouve dans un passage effacé de la p. 19, moitié dans la rédaction primitive, moitié en surcharges marginales. Nous la donnons entre crochets ; elle n'a été effacée qu'en 1669, quand l'auteur a donné un nouveautour à ces pensées dans un nouveau sermon.
de ce monde passe : » où est donc la solidité ? où le fondement ? C'est vous, ô sainte Sion, cité permanente, cité éternelle, « dont Dieu est l'architecte et le fondateur, » cujus artifex et conditor Deus ("), dont sa main est le soutien immuable, dont sa puissance invincible est l'inébranlable fondement, en laquelle sera le repos, parce qu'on y trouve l'appui, la sûreté et la consistance.]
Mais, mes frères, pour parvenir à ce repos il ne nous faut donner aucun repos. Nul travail quand nous serons au lieu de repos ; nul repos tant que nous serons au lieu de travail. Pour être chrétien, il faut sentir qu'on est voyageur ; et celuilà ne le connaît pas qui ne court point sans relâche à sa bienheureuse patrie. Écoutez un beau mot de saint Augustin : Qui non gémit peregrinus, non gaudebit civis {^): « Celui qui ne gémit pas comme voyageur ne se réjouira pas comme citoyen. » Il ne sera jamais habitant du ciel, parce qu'il séjourne trop volontiers sur la terre ; et s'arrêtant où il faut marcher, il n'arrivera pas où il faut parvenir.
Mes frères, nous ne sommes pas encore parvenus, comme dit le saint Apôtre {') ; notre consolation, c'est que nous sommes sur la voie. Jésus-Christ, est « la voie, la vérité et la vie {'^) : » c'est à lui qu'il faut tendre et c'est par lui qu'il faut avancer. Mais,mes frères, dit saint Augustin {'), «cette voie veut des hommes qui marchent : » Via ista ambulantes quœrit ; c'est-à-dire, des hommes qui ne se reposent jamais, qui ne cessent jamais d'avancer ; en un mot, des hommes généreux et infatigables.
Via ista ambulantes quœrit. Tria sunt gênera hominum.quce odit : rei7ianentem, rétro redeuntem, aberrantem. Ecoutez : « Elle ne peut souffrir trois sortes d'hommes : ceux qui s'égarent, ceux qui retournent, ceux qui s'arrêtent. »
Ceux (') qui se détournent, ceux qui s'égarent, ceux qui sortent entièrement de la voie : ceux qui suivent leurs passions insensées, et qui se précipitent aux péchés damnables. Je
a. Hebr.^xi, lo. — b. In Ps. cxLvni, n. 4. — c. Philip.^ ni, 12. — d. Joan.^ XIV, 6. — e. Serni. de Ca7itic. 7iovo^ n. 4.
I. Les éditeurs ponctuent tout ce commentaire de façon aie rendre peu intelligible.
n'entreprends pas de vous dire tous les égarements et tous les détours; mais je vous veux donner une marque pour reconnaître la voie: la marque de l'Évangile, celle que le Sauveur nous a enseignée. Marchez-vous dans une voie large, dans une voie spacieuse, y marche-t-on à son aise, y marche-t-on avec la troupe et la multitude, avec le grand monde, etc. : ce n'est pas la voie de votre patrie; vous n'êtes pas sur la voie : c'est la voie de perdition. Le chemin de votre patrie est un sentier étroit et serré. Le train et l'équipage embarrasse[nt] dans cette voie : je veux dire l'abondance, la commodité. Les vastes désirs du monde ne trouvent pas de quoi s'y étendre. Les épines qui l'environnent se prennent à nos habits et nous arrêtent. Tous les jours il nous en coûte quelque chose, tantôt un désir, et tantôt un autre ; comme dans un chemin difficile le train diminue toujours ; et tous les jours dans un sentier si serré, il faut laisser quelque partie de notre suite, c'est-à-dire quelqu'un de nos vices, quelqu'une de nos passions, tant qu'enfin nous demeurions seuls, nus et dépouillés non seulement de nos biens, mais de nous-mêmes. C'est Jésus-Christ, c'est l'Évangile Oui de nous, etc. ? Tous les jours plus à l'étroit ('). etc.
Ceux qui retournent en arrière : ils sont sur la voie, mais ils reculent plutôt que d'avancer. Entendons et pénétrons. Vous avez embrassé la perfection, vous avez choisi la retraite, vous vous êtes consacrée (') à Dieu d'une façon particulière : vous avez banni les pompes du monde, vous avez appréhendé de plaire trop. Vous avez recherché les véritables ornements d'une femme chrétienne, c'est-à-dire la retenue et la modestie, retranchant les vanités et le superflu. La prière, la prédication, les saintes lectures ont fait votre exercice le plus ordinaire. Vous vous lassez dans cette voie (^) : vous ne sortez pas de la voie, vous ne vous précipitez pas aux péchés damnables, mais vous faites néanmoins un pas en arrière. Vous prêtez de nouveau l'oreille aux dangereuses flatteries du monde ; vous rentrez dans ses joies, dans ses jeux, et
1. Édit. Oui de nous est tous les jours plus à l'étroit .'* — Erreur de lecture.