SUR LA VIGILANCE CHRÉTIENNE
etc., parce que l'heure approche toujours, et que le temps presse davantage.
Hora est. . . nos de soinno sîirgere. Le sommeil des pécheurs, le sommeil des justes.
Les pécheurs dans l'oubli des jugem.ents de Dieu. Ils s'imaginent que Dieu dort, parce qu'ils dorment eux-mêmes.
Nous jugeons des autres par nous-mêmes. Le paresseux, qui laisse aller les choses, ne s'imagine jamais l'activité de ceux qui sont contraires à ces prétentions. Pendant qu'il dort ('), il croit que tout dort ; et il n'est éveillé que par le coup.
Ne croyons pas néanmoins que Dieu soit comme nous ; ne jugeons pas de lui par nous-mêmes. Vigilabo super eos in malum {^). — Evigilavit adversimi te {^\
Le breuvage d'assoupissement.
Le sommeil des justes. Ils s'endorment dans la vue des bonnes œuvres qu'ils ont faites : dans la vue du calme, ils lâchent la main, ils abandonnent le gouvernail ; ils perdent l'attention à eux-mêmes et à la prière ; ils s'appuient sur leurs forces, ils périssent.
L'attention que Dieu oblige d'avoir à sa loi (voyez Deuter,, vi, 6 ; xi, i8).
Plus grande dans la loi nouvelle, parce que nous sommes chargés d'une obligation plus précise d'aimer. Non chargés, car ce n'est pas une charge, c'est l'allégement de tous les fardeaux.
Ce n'est pas assez d'être attentif dans le mal pour en sortir, dans le péril et la tentation pour la combattre : Vigilate et orate, ne intretis in tent\ationevi\ ('") . . .
Faute de cette attention, l'âme périt ; elle est à l'abandon.
On ne conçoit pas assez quel crime c'est que cette omission et ce défaut d'attention.
Ceux qui ont en garde (-) votre vaisselle, vos pierreries,
a. Jerem.^ XLIV, 27. — Ms... Super vos. — b. Ezech., vu, 6. — c. Matth.^ xxvi, 41.
1. Bossuet avait écrit, dans sa précipitation : « pendant que tout dort... ; > il a corrigé en marge, au crayon. On apercevra la correction en regardant bien.
2. Note marginale (1669): «* Une place confiée. La négligence. Sans garde. Elle est livrée aux ennemis en tant qu'en lui. Les trésors sont déjà pillés. Les
382 CANEVAS d'une CONFÉRENCE
VOS trésors, s'ils négligent de les garder, les perdent en tant qu'en eux est, encore que le voleur ne vienne pas. On ne les châtie pas néanmoins toujours, parce que l'on n'aperçoit la faute de cette négligence que quand le malheur est arrivé. Alors on crie, alors on s'échauffe. La faute n'est pas qu'on ait pris, mais qu'on a laissé aller à l'abandon. Si on ne l'a fait plus tôt, c'a été bonheur et non conduite (').
Les hommes punissent les fautes selon qu'ils les connaissent, et Dieu de même. Il impute donc la négligence d'une âme qui se met à l'abandon, comme une perte déjà arrivée, parce qu'il connaît le mal de la négligence (^).
Vigilate; attendite. (^) Faire garde comme dans une place de guerre. Garder les sens : 'Acpcojp/.Twv Ojowv ('^).
Prendre garde à ce qui entre dans la place. Un espion (^) avec une mine innocente, il gagne tantôt l'un, tantôt l'autre ; défection, etc. Les grandes passions ont commencé par des désirs qui paraissaient innocents. S. Grégoire de Nysse ('").
Il faut savoir qui entre et qui sort ; d'où viennent ceux qui entre[nt], et où ils vont ; avec qui ils conversent, et ce qu'ils pratiquent. Ainsi des désirs.
a. Luc.y XXI, 36, 34.— à. Clem. Alex., Pœdag.^ I, viii. — c. In Eccli.^ Hom. viii. hommes ne jugent que par les événements malheureux... » — Cette note marginale et les suivantes ont été ajoutées en 1669, lorsque Bossuet relut cette esquisse, avant de composer le sermon du premier dimanche de l'Avent de Saint-Germain: Hora est...
1. Note marginale {166c,) : * Fac ho mine m pri??io 7iihil (ms. nil) quœrentem^ secundum vita?n veterem seductoria seairitate viventem^... negligetîteju qttemdam et socordem^ obrutitm cor habentem illecebris mundi^ et 7noriiferis délectationibus co7isopitîim : ut excitetur iste...^ ut fiât sollicitus., et ta7iqitam de so77i7io evigitet^ no7ine 7nanus Dei excitât illian ? Sedtamen a qiio sit excitatus ignorât (S. Aug., I71 Ps.c\i, n. 4). Bossuet, qui cite sans doute de mémoire, d'après ses extraits, ajoute: Non longe a proprio. En effet il serait possible de compléter la citation, en comblant quelques lacunes ; mais il n'y a rien à rectifier.
2. Note marginale (1669) :* Cithara^et lyra^.., et tibia... i7i co7iviviis vestris ; et opus Dojnini (ms. Dei) 7ton 7'espicitiSj 7iec opéra 7nanuu7n ejus consideratis. Propterea captivus ductus est populus 77ieus., quia 7ton habuit scient ia77î... Dilatavit infernus (ms, infernus dilatavii) a7iii)ia7n sua77i^ et aperuit os suu77i absque ullo ter77ti7io^ et descende7it fortes ejus., et populus êjus^ et subli7nes gloriosique ejus ad eu77i (Is., V, 12, 13, 14).
3. Environ deux ans plus tôt, Bossuet avait écrit des Re/narques 7norales^ contenant les passages de Clément d'Alexandrie et de saint Grégoire de Nysse, qui lui reviennent ici en mémoire. Nous avons vu et transcrit de notables fragments de ces cahiers dansla collection Floquet.Ils appartiennent aujourd'hui àM.Gasté, Professeur à la Faculté .des Lettres de Caen.