Var. que ce beau nom lui a été donné
dit saint Epiphane, qu'on ne commence (') [à l'appeler mère des vivants qu'après qu'elle est condamnée à n'engendrer plus que des morts... Et c'est ce qui fait dire à ce grand évêque qu'elle est nommée ainsi en énigme, et comme figure de la sainte V^ierge, qui, étant associée avec Jésus-Christ à la chaste génération des enfants de la nouvelle alliance, est devenue par cette union la vraie mère de tous les vivants, c'est-à-dire de tous les fidèles]... Ave.
[On pourrait (') douter, chrétiens, si la souveraineté paraît davantage ou dans l'autorité de faire des lois auxquelles des peuples entiers obéissent, ou dans la puissance qu'elle se réserve d'en dispenser sagement suivant la nécessité des affaires...
Comme il n'est point dans le monde de majesté pareille à celle des lois, et que le pouvoir de les établir est le droit le plus auguste et le plus sacré d'une monarchie absolue, ne peut-on pas dire avec raison que celui qui dispense des lois, faisant céder leur autorité à la sienne propre, s'élève par ce moyen en quelque façon au-dessus de la souveraineté même ? C'est pourquoi Dieu fait des miracles, qui sont comme des dispenses des lois ordinaires, pour montrer sa toute-puissance. Et par là il semble évident que la marque la plus certaine de l'autorité, c'est de pouvoir dispenser des lois?
D'autre part,... il faut remarquer que la loi s'étend sur tous les sujets, et que la dispense est restreinte à peu de personnes... La puissance la moins limitée n'est-elle pas aussi la plus absolue ?... Et ensuite ne doit-on pas dire que la puissance se fait mieux connaître par un établissement arrêté, tel qu'est sans doute celui de la loi, que par une action extraordinaire, comme est celle de la dispense ?
1. La fin de l'avant-propos manque. Nous achevons la phrase avec les expressions du sermon du Rosaire^ 1657, où se lit une première version de tout ce passage.
2. Une lacune de deux pages dépare ce beau manuscrit, dès le début. D'après Tanalogie de ce qui subsiste, elles pouvaient fournir une trentaine de lignes à l'impression. Ce qui suit était repris du sermon de 1656 (t. II, p. 242 et suiv.) ; c'est là aussi que nous empruntons le commencement de l'argumentation. Nous ne prétendons pas que Bossuet ait redit ces phrases textuellement ; nous les donnons entre crochets, en nous bornant aux idées essentielles.
Pour accorder tout ce différend, disons que le caractère de l'autorité paraît également dans l'un et dans l'autre. On peut considérer dans la loi le commandement général et l'application particulière. Par exemple, dans cette ordonnance d'Assuérus, tous les Juifs sont condamnés à la mort d'une manière si générale] (') qu'on peut former la demande si Esther ellemême (') y sera comprise. Ce règlement (2) général fait l'autorité de la loi, et c'est sur l'application particulière que peut intervenir la dispense. Comme donc il appartient au même pouvoir qui établit les règlements généraux de diriger l'application qui s'en fait sur les sujets particuliers, il s'ensuit que faire des lois et accorder des dispenses sont deux (^) appartenances également nobles de l'autorité souveraine, et qu'elles ne peuvent être séparées.
Ces maximes étant posées {'), venons maintenant à notre sujet. Il y a une loi de mort,une loi de condamnation prononcée généralement contre tous les hommes, contre tous ceux qui naissent d'Adam à la façon ordinaire. Cette loi est si générale et étend son effet si loin, que nous y sommes assujettis aussitôt que nous sommes conçus. Il semble que c'est violer l'autorité de cette loi que d'y apporter quelque exception, quand ce serait en faveur de la sainte Vierge : et on peut répondre au contraire, selon les principes posés (^), que ce n'est pas moins violer l'autorité du souverain de (^) dire qu'il ne peut pas dispenser dans l'application particulière, que de dire qu'il ne peut pas imposer une obligation générale.
Parlons encore plus clairement. Saint Paul assure (''), en
a. jRom.^Vy 18.
1. A partir de cet endroit, il n'y a plus de lacune jusqu'à la fin du manuscrit (p. 3-15). L'avant-propos n'était pas compris dans la pagination de Bossuet. Une main moderne l'a marqué i, 2, afin sans doute de le faire paraître complet. Dans les catalogues, souvent inexacts, d'autographes à vendre, celui-ci était désigné sous le titre : Sermon pour le Rosaire.