I. Édit. vous détruisez. — Faute de lecture
DU LOUVRE
8 décembre 1668.
Ce sermon, malheureusement incomplet, était resté inédit, jusqu'à la publication de \' Histoire critique de la Pi'édication de Bossiiet^ par laquelle nous avons préludé à la nouvelle édition de ses Œuvres oratoires. Ce n'est pas que le manuscrit fût demeuré inconnu aux anciens éditeurs; mais il leur avait semblé faire double emploi avec le second sermon pour la même fête. Une subdivision du premier point de l'ancien discours fournit en effet le plan du nouveau. Mais, bien que les réminiscences tiennent ici une grande place, l'auteur trouve, comme toujours, à enchérir sur lui-même : des expressions sont heureusement modifiées dans le détail, et, ce qui est beaucoup plus important, l'argumentation reçoit un surcroît de force. Nous signalons à l'attention des théologiens une démonstration saisissante du privilège par lequel Marie fut préservée du péché originel : deux cents ans avant la définition de l'Immaculée Conception, on était encore tenu à une certaine réserve ; mais on ne pouvait, ce semble, mieux préparer les esprits que par le raisonnement original qu'on lira dans le second point.
Le Journal d'Olivier Lefèvre d'Ormesson atteste que Bossuet prêcha à Saint-Thomas du Louvre, à la date que nous indiquons (''). L'écriture et la disposition du manuscrit ne permettent pas de douter que le présent discours ait été écrit à cette occasion. Il y a ici ressemblance absolue avec le reste de l'Avent de 1668. C'est alors pour la première fois, nous l'avons remarqué, que Bossuet s'est mis à donner moitié de marge aux feuilles sur lesquelles il écrivait. Il continua, il est vrai, durant plusieurs années ; mais nous sommes à la veille d'une longue interruption dans sa prédication, et nous n'avons à choisir qu'entre 1668 et 1669 Or, dans l'Avent de Saint-Germain (1669), nous avons un autre sermon pour la même fête.
1. Ms. de la collection de IM. H, de Rothschild. In-4°, avec moitié de marge. — Il comprend : 1° l'avant-propos, dont la fin manque ; 2° le second exorde, moins la première feuille ; 3° le premier et le second point.
2. « Le samedi, 8 décembre [1668], fête de la Conception, je fus avec mon fils faire mes dévotions et dîner aux Chartreux, où était M. de Charost ; au retour, entendre le sermon de M. l'abbé Bossuet, à Saint-Thomas du Louvre. > (Journal^ II, 561.)
Sermons de Bcssuet. — V. 25
[^Fectt (') vïihi 7nag7ia quipotens est. Le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses.
{Luc, 1,49.)]
C'EST un trait merveilleux de miséricorde que la promesse de notre salut se trouve presque aussi ancienne que la sentence de notre mort, et qu'un même jour ait été témoin de la chute de nos premiers pères et du rétablissement de leur espérance. Nous voyons en la Genèse, chapitre III, qu'en même temps que Dieu nous condamne, il nous promet notre grâce (^) ; en prononçant la malédiction contre nous, il prédit au serpent qui nous a trompés que sa tête sera brisée, c'est-à-dire que son empire sera renversé et que nous serons délivrés de sa tyrannie : les menaces et les promesses se touchent ; la lumière de la faveur nous reluit dans l'ardeur même de la colère ; afin que nous entendions que Dieu se fâche contre nous comme un bon père, qui dans les sentiments les plus vifs d'une juste indignation ne peut oublier ses miséricordes, ni retenir les effets de ses tendresses.
Bien plus, ©incomparable bonté ! Adam même qui nous a perdus, et Eve qui est la source de nos malheurs (2), nous sont représentés dans les saintes Lettres comme des images vivantes des mystères qui nous sanctifient. Jésus-Christ ne dédaigne pas de s'appeler le nouvel Adam ; Marie, sa divine Mère, est la nouvelle Eve : et par un secret merveilleux, notre réparation nous est figurée même dans les auteurs de notre ruine.
Je ne dois pas taire en ce lieu la remarque de saint Epiphane, qui ayant examiné attentivement le passage de la Genèse où Eve est nommée la mère de tous les vivants, observe qu'elle n'est ainsi appelée (^)par l'ordre de Dieu qu'après la condamnation du genre humain, et qu'elle n'avait pas ce beau nom lorsqu'elle était encore dans le Paradis ; si bien,
1. Ce texte initial était inscrit, selon l'habitude de l'auteur, en tête du second exorde, dont la première page est perdue.