‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 336 sur 573 · Huit mots ajoutés à la phrase de · texte numérisé non relu

Huit mots ajoutés à la phrase de

2. Var. par la rigueur... — En 1656 : En vertu de l'autorité de la loi, j'avoue que Marie était condamnée, ainsi que le reste des hommes ; et c'est par les grâces...

3. Var. c'est donner des ouvertures fâcheuses. — Au lieu d'atténuer son objection, à la manière des orateurs plus ingénieux que puissants, Bossuet la développe et la rend plus pressante qu'en 1Ô56.

4. Var. dans son état. — Ce qui était dit en quelques mots dans le premier point de 1656 sera ici développé. Ce qui tenait dans un seul paragraphe devient le premier point.

second lieu les exemples qui peuvent autoriser la grâce dont il s'agit. Considérons en troisième lieu la gloire [qui] (') en revient à son Fils, n[otre] Sauveur. C'est ce que [vous verrez] dans la suite de ce [discours, et ce que je] vous prie de m[éditer attentivement].

PREMIER POINT

Comme le privilège de la sainte Vierge est fondé sur la hauteur de sa vocation, et sur l'alliance particulière avec la nature divine à laquelle elle a été élevée, il est nécessaire de bien entendre quelles sont les prérogatives de cette alliance. Et pour cela, rappelez en votre mémoire que le Fils de Dieu a deux rapports avec cette Vierge admirable, le premier (^) en qualité de Sauveur, le second en qualité de Fils. La première des alliances lui est commune, comme vous savez, avec tous les hommes. Jésus-Christ est un bien commun ; ses mystères sont à tout le monde. Il appelle tout le genre humain au banquet où il se donne lui-même ; sa mort est le sacrifice public ; son sang est le prix de tous les péchés ; sa prédication instruit tout le monde ; et nous verrons bientôt assez clairement que Jésus est le bien commun de toute la nature, puisque ce divin Enfant ne sera pas plus tôt né que les Juifs seront appelés à sa crèche par les anges, et les Gentils par les astres. Cependant, et voici, messieurs,le privilège incomparable de la sainte Vierge, elle a un droit [particul]ier (3) de posséder Jésus [toute seu]le, parce qu'elle peut le posséder comme Fils ; nulle [autre créature] n'a part à ce [titre : il n'y a qu]e Dieu et Marie qui puissent avoir le Sauveur pour Fils ; et par cette sainte alliance Jésus-Christ se donne tellement à elle qu'on peut dire avec un saint Père que le trésor commun de tout l'univers devient son bien particulier.

Écoutez les belles paroles que nous lisons dans une de ces

1. Légère déchirure au bas de la page 5. Mais les lignes sont si peu larges,qu'il est aisé de retrouver les mots qui ont disparu.

2. Ms. la première..., la seconde... — Inadvertances provenant de la rapidité de la rédaction.

.3. Les mots enlevés ici (p. 6.) par la déchirure dont nous avons parlé se retrouvent un peu plus loin dans une première rédaction effacée (p. 8).

homélies qui porte le nom d'Eusèbe Emissène (') : « Réjouissez-vous, Mère bienheureuse, qui avez enfanté le salut aux hommes. Vous recevez la première, vous recevez seule, celui qui a été promis depuis tant de siècles à tout l'univers ; vous devenez le temple de la Divinité; et ce Jésus, ce divin Sauveur, l'espérance du genre humain, la gloire de toute la nature, le bien commun de tous les hommes, est à vous par un titre particulier (^), » que Dieu seul peut partager avec vous : tant la puissance divine vous a voulu distinguer de toutes les créatures !

Quel édifice assez grand et assez auguste- pourrons-nous bâtir sur un si beau fondement ? Toute la source de notre gloire, c'est la bienheureuse alliance que Jésus a contractée avec nous en qualité de Sauveur, c'est à cause que le Père nous l'a donné et nous a donnés à lui. C'est pour cela que vous avez cessé d'être enfants d'Adam, devenus par sa miséricorde enfants de Dieu ; non plus enfants de malédiction et de colère, mais enfants d'adoption, de bénédiction et de grâce ; c'est pour cela que nous avons été séparés de cette masse corrompue. Si donc la très sainte Vierge a été donnée à Jésus, si Jésus a été donné à la sainte Vierge d'une façon singulière et incomparable, si l'alliance est particulière et sans exemple, serons-nous téméraires d'avancer que la grâce de la Rédemption a dû lui être appliquée avec un privilège incommunicable ? Puisque Jésus est son Sauveur, elle doit être séparée avec les autres ; mais puisque Jésus est son Fils, elle doit être séparée avec une prérogative extraordinaire ; et ne sera-t-il pas permis de penser de la sainte Vierge quelque chose qui soit unique ?

Je demande maintenant à ceux qui craignent d'apporter une exception en faveur de la sainte Vierge à la généralité

1. Sur cette syntaxe, très usitée au xvii^ siècle, voy. t. I*''", In/roduc/wn, p. xi {Latinismes^ 5°). — On a aussi attribué cette homélie à saint Eucher, et c'est sous ce nom que Bossuet la citait en 1656 (2^ point). Ici même ce nom était d'abord revenu sous sa plume. Sur Eusèbe d'Émèse, voy. Patrol. gy.^ Lxxxvi,

2. En marge le latin : Exulta^ mater salutis Jmmanœ : ecce Domini mei per tôt rétro secula proinissum prima suscipere mereris adve7itu7n ; habitacuhtm iinmensœ Divifiitaiis efficeris ; spem terrarutn^ decus seculorum^ commune mu?idi gaudium peailiari munerc sala possides.

de la loi qui condamne tout le genre humain, quelle raison leur inspire cette retenue. Ce que l'on craint ordinairement, c'est la conséquence. Voyons quelle peut être cette conséquence, et si on la doit appréhender en cette rencontre. Mais peut-être prévenez-vous déjà ma pensée, et vous voyez bien, chrétiens, qu'on ne doit craindre la conséquence qu'où il peut y avoir de l'égalité. Mais parcourez tous les chœurs des anges, considérez tous les ordres des prédestinés, et toutes les demeures diverses qui sont établies dans la maison du Père céleste : voyez si vous trouverez une créature qui puisse, je ne dis pas s'égaler, mais même se comparer en aucune sorte à la divine Marie. Non, ni la foi des patriarches, ni la [prévoyance] (') des prophètes, ni le zèle infatigable des apôtres, ni la constance invincible des martyrs, ni la pénitence persévérante des confesseurs, ni la pureté inviolable des vierges, ni cette infinie variété de grâces et de vertus que l'efficace du Saint-Esprit et le sang fécond d'un Dieu Rédempteur fait reluire dans les différents ordres des bienheureux, n'ont rien qui puisse approcher de cette Vierge admirable. Cette maternité glorieuse, cette alliance éternelle qu'elle a contractée avec Dieu la met dans un rang très singulier, qui ne souffre aucune comparaison. Et, dans une telle inégalité, quelles conséquences pouvons-nous craindre? Montrez-moi une autre Mère de Dieu, montrez-moi une autre Vierge féconde, faites-moi voir ailleurs cette plénitude de grâce (^), cet assemblage de vertus divines, cette humilité si profonde dans une dignité si auguste, et toutes les autres merveilles que j'admire en la sainte Vierge : et puis dites après cela que l'exception qu'on apporte à une loi générale en faveur d'une personne non seulement extraordinaire, mais singulière et unique, a des conséquences dangereuses !

1. Var. la force. — Souligné ; c'est-à-dire condamné. C'était apparemment un lapsus. Dans l'ancienne page 6, d'où ceci est repris textuellement, il y avait : la Prévoyance.

2. L'i-est effacé à la fin de ce mot, sans doute à cause de l'expression évangélique : gratia plefia. (Luc, i, 28^).

SECOND POINT

Voulez-vous que nous passions maintenant aux exemples que j'ai promisPToutefois ne croyez pas, chrétiens, que j'espère trouver dans les autres saints des exemples de la grandeur [de] Marie. Car puisque nous avons dit qu'elle est toute extraordinaire, ce serait se tromper de chercher ailleurs des privilèges semblables aux siens. D'où tirerons-nous donc les exemples en faveur de la dispense que nous proposons ? Il les faut nécessairement tirer d'elle-même : et voici quelle est ma pensée.

Je remarque dans les histoires que lorsque les grâces des souverains ont commencé de prendre un certain cours, elles y coulent avec profusion : les bienfaits s'attirent les uns les autres et se servent d'exemple réciproquement. Jésus-Christ nous dit même dans son Evangile: Habenti dabitur (f)\ « On donnera à celui qui a déjà ; » c'est-à-dire que selon l'ordre des libéralités divines, une grâce ne va jamais seule,et qu'elle est le gage de beaucoup d'autres. Ainsi (') les privilèges extraordinaires qui ont été accordés à la sainte Vierge sont une preuve suffisante que Dieu ne veut pas qu'elle ait été assujettie aux règles communes : et en voici un exemple, qui pour être assez connu (^) n'en est pas moins digne d'une singulière considération.

Il est écrit de tous les hommes généralement qu'ils pèchent tous en beaucoup de choses : In 7mdtis offenditmts omîtes (^). Ces paroles qui nous enseignent que tous les hommes tombent dans les péchés actuels, du moins dans ces péchés de fragilité que nous appelons véniels, ne sont ni moins expresses ni moins générales que celles où l'obligation au péché originel est clairement établie. C'est pourquoi saint Augustin, qui est le grand maître des théologiens en cette matière, parle de l'une et de l'autre obligation dans la même

a. Matth.^ XXV, 29. — b. Jacob., m, 2.

I. Ce qui précède était une réminiscence du sermon de 1656. L'argumentation qui suit est toute nouvelle.

2. Ms. assez commun. — Lapsus, amené par le voisinage de : règles commîmes.

généralité (') ; jusque-là qu'il a avancé dans le cinquième livre contre Julien que tous ceux qui ont contracté le péché originel tombent aussi dans la suite dans les péchés actuels, [et ('') qu'il] n'exempte que Jésus-Christ seul de cette double obligation, dont l'une, à ce qu'il prétend, est une suite de l'autre {^). C'est pourquoi, s'étant aperçu que la sainte Vierge serait enfermée dans ces expressions générales, quand il a été nécessaire de s'expliquer en particulier sur ce sujet, il a déclaré hautement que, par respect pour son Fils, il ne prétendait pas qu'elle fût comprise dans ce qui se dit des péchés.

L'autorité d'un si grand homme a été d'un si grand poids, et la doctrine qui enseigne que la bienheureuse Vierge n'a jamais commis aucun péché actuel a été si universelle, que le saint Concile (^) a dit positivement que l'Eglise le tient ainsi.

Que si la piété des fidèles a exempté la très sainte Vierge d'une suite si universelle et si nécessaire du péché originel, n'est-ce pas un fondement suffisant pour porter sa pureté jusques à la source? Et ne voit-on pas clairement que sa dignité éminente peut fonder une exception dans les lois les plus générales ?

Et certes, chrétiens, si nous reconnaissions qu'elle eût été assujettie aux ordres communs, nous croirions peut-être avec apparence qu'elle aurait été conçue en iniquité, ainsi que les autres hommes. Mais si nous y remarquons au contraire une dispense presque universelle de toutes les lois; si nous y voyons, selon la foi catholique ou selon le sentiment des docteurs les plus approuvés, si, dis-je, nous y voyons un enfantement sans douleur, une chair sans rébellion, des sens sans fragilité, une vie sans tache, une mort sans peine ; si son

1. Note marginale : « Les Pères, dites-vous, ne l'ont pas ainsi enseigné. — Ils nous ont donné les ouvertures, »

2. A reprendre dans une ligne effacée. L'auteur se dispense de récrire les premiers mots.

3. En marge le latin : Profecto enim peccatiim major fecisset^ si parvuhis habuisset ; tiam propterea nullus estprceter ipsum qui peccainm 7ionfecerit grandioris œiatis accessu^quia nullus est prœter ipsum qui peccatum ?i07t habuerit infanfilis œiatis exortu (Lib. V Co7itr. Julian., cap. 9). — (Id., lib. III De peccat. mer. et reined.^ 13.)

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