‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 344 sur 573 · Var. pour leur faire craindre sa colère · texte numérisé non relu

Var. pour leur faire craindre sa colère

Sermons de Bossuet. — V. 26

provinces alarmées. On voit accourir aux pieds de saint Jean-Baptiste toute la Judée saisie de frayeur, tant il annonce fortement aux hommes les sévères jugements de Dieu qui les pressent et qui les poursuivent : « Race de vipères ('*), etc. »

Il n'est point (') ce que les Juifs ont pensé. Il n'est point le Prophète, il n'est point le Christ, il n'est point Élie. II est une voix, il est un cri, qui avertit les pécheurs de leur ruine prochaine et inévitable, s'ils ne font bientôt pénitence.

Il a raison de se définir (^) de la sorte : « Je suis, dit-il, une voix ; » parce que tout parle en lui, sa vie, ses jeûnes, ses austérités, cette pâleur, cette sécheresse de son visage, l'horreur de ce cilice de poil de chameau qui couvre son corps et de cette ceinture de cuir qui serre ses reins, sa retraite, sa solitude, le désert affreux qu'il habite ; tout parle, tout crie, tout est animé. Tels devraient être les prédicateurs : il faudrait que tout fût parlant et résonnant en eux : Totum se vocalem débet verbi nuntius exhibere, comme disait cet ancien Père (^).

Prêtons l'oreille attentivement [à] ce divin prédicateur (^), prophète et plus que prophète. Oui, puisqu'il est tout voix pour nous parler, soyons tout oreille pour l'entendre. « Je suis, dit-il, la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez les chemins (^) du Seigneur; redressez dans la solitude les sentiers de notre Dieu : » Vox clamantis in deserto : Parate viam Domini ; rectas facile in solitudine semitas Dei

a. Matih.^ lii, 7.

i.Edit. Il a donc raison de dire qu'il n'est point... — On reproduit ainsi des mots effacés dans un remaniement. Il est vrai qu'on paraît ne l'avoir pas remarqué, puisqu'on n'a tenu aucun compte ni des chiffres qui marquent l'ordre définitif des phrases, ni des suppressions, ni même des additions destinées à faire le -raccord dans l'alinéa suivant.

2. Var. Il a raison de se dire et [de se] définir... — de nous dire, en se définissant lui-même... — de nous dire qu'il est une voix.

3. Bossuet ne nomme pas cet ancien Père. Nous n'avons pu retrouver la provenance de cette citation. — En marge : Pontifex. — Peut-être ce mot devrait-il se placer avant verbi nuntius.

4. Édit. Prêtons, mes frères, l'oreille attentive... — « Mes frères » provient d'une variante : Écoutons, mes frères, attentivement ce divin prédicateur....

5. Var. la voie. — les voies du Seigneur. — Changé en raison des mots qui précèdent : « Je suis... la voix... »

nosh'i ('*). Tout le mystère de la pénitence, tout l'ordre de l'expiation des crimes, toute la méthode pour les traiter et pour les guérir. Écoutons donc la voix qui nous parle, laissons nous frapper distinctement par tous ses sons : voyons (') ce que c'est que ce désert où elle crie, quelle préparation elle nous demande, quelle droiture elle nous prescrit. Voilà sans détour et sans circuit le partage de mon discours et le sujet de vos attentions.

PREMIER POINT

La voix qui nous invite à la pénitence se plaît à se faire entendre dans le désert. Il faut quitter le grand monde et les compagnies ; il faut aimer la retraite, le silence et la solitude, pour écouter cette voix qui ne veut point être étourdie par le bruit et le tumulte des hommes.

Et certes (^) nous errons dans le principe, si nous croyons que l'esprit de componction et de pénitence puisse subsister dans ce commerce éternel du monde, auquel nous abandonnons toute notre vie. Un pénitent est un homme pensif et attentif à son âme (^) : Cogitabo pro peccato 7neo (') :

a. Is., XL, 40. — b. Fs., xxxvn, 19.

1. Var. Telle est la voix qui nous parle; il reste que nous écoutions quel est le désert où... — Les éditeurs interprètent autrement tout ce passage. Leur leçon est ingénieuse, mais elle nous a paru arbitraire.

2. Passage retraficJié (par un simple trait en marge^ : « La première chose que Dieu fait quand il veut toucher un homme du monde, c'est de le tirer à part pour lui parler en secret : € J'ai trouvé, dit-il, cette âme mondaine avec tous les ornements de sa vanité : » Ornabatïir iftaure sua et monili suo (Ose., Il, 13). Elle ne songeait qu'à plaire au monde, à voir et à être vue. « Elle courait > comme une insensée « après ses galants {var. ses amants), ^ après ceux qui flattaient ses mauvais désirs, « et elle m'oubliait, dit le Seigneur: > Et ibat post ainatores suos^ et obliviscebatur mei^ dicit Do minus (Ibid.). f Et moi je commencerai de l'allaiter, » je lui ferai ressentir une goutte des douceurs célestes ; << je l'attirerai à la solitude, et je lui parlerai selon son cœur : » Propter hoc^ ecce ego lactabo eatn^ et ditcavi eam in solitudine?n, et loquar ad cor ejus. (Ibid., 14 ; texte complété en 7narge.) Je lui dirai des paroles de consolation et d'instruction divine. >

— A la suite se lit un passage formellement effacé, mais qui n'en prouve pas moins deux choses : 1° que ce sermon est destiné, comme nous l'avons dit, au troisième dimanche; 2° que le Cœci vident fut repris le dimanche précédent : « Entrons, mes frères, dans cette pensée ; poussons dans la solitude le chrétien pénitent. Je fis dimanche dernier un portrait en raccourci de la morale chrétienne. Je veux aujourd'hui vous donner l'image de la sainte pénitence ; et je dis que son premier caractère c'est d'aimer le silence et la retraite. >

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