Var. artificiels
4l6 AVENT DE SAINT-THOMAS DU LOUVRE.
TROISIÈME POINT
Par ces saintes préparations, l'âme qui s'éprouve elle-même, qui se défie des illusions de son amour-propre, rectifiera ses intentions et donnera à son cœur la véritable droiture.
Toute l'Écriture est pleine de saintes bénédictions pour ceux qui ont le cœur droit. Mais quelle est, messieurs, cette droiture.'^ Disons-le en un mot: c'est la charité, c'est la sainte dilection, c'est le pur amour. Dieu a fait l'homme droit,quand il l'a créé avec l'amour chaste qui l'attachait à son Créateur ('). Qîci sunt recti ? d\i saint Augustin ("*). Qui dirigunt cor secundum voluntatem Dei ; ailleurs: Ceux qui veulent tout ce que Dieu veut. Ceux-là sont droits, ceux-là sont justes. Il ne faudrait point ici d'explication : ceux qui ont des oreilles chrétiennes entendent cette vérité. La volonté de Dieu est droite par elle-même. Elle est même la droiture, elle est la règle primitive et originale. Nous ne sommes pas la droiture, nous ne sommes pas la règle, car nous serions impeccables : ainsi, n'étant pas droits par nous-mêmes, nous le devenons, chrétiens, en nous unissant à la règle, à la sainte volonté de Dieu, à la loi qu'il nous a donnée : non étonnés par ses menaces, mais saintement délectés par son équité et charmés par sa beauté et par sa droiture (^).
Si vous craignez seulement les menaces de la loi, sans aimer sa vérité et sa justice, quoique vous ne rompiez pas ouvertement, vous n'êtes pas d'accord avec elle dans le fond du cœur. Elle menace, elle est redoutable: vous, à ces me-
a. In Ps. XXXII Enarr. li, n. 2.
1. Cette phrase est une addition marginale, dont la place n'est pas indiquée dans le texte. Les éditeurs l'ont négligée.
2. Première rédaction^ donnée ici dans les éditions, en y retranchant ce qui était littéralement répété dans celle qu'on vient de lire, qui est écrite en marge du manuscrit : <i ...c'est le pur amour, c'est la chaste et intime attache de l'épouse pour l'Époux sacré, c'est cette céleste délectation d'un cœur qui se plaît dans la loi de Dieu, qui s'y soumet d'une pleine et entière volonté, non par la crainte de la peine, mais par l'amour de la justice, non effrayé par ses menaces, mais charmé par sa beauté et par sa droiture.
Faites droits, mes chers frères, les sentiers de notre Dieu; aimez purement, aimez saintement, aimez constamment, et vous serez droits. » — Puis cette phrase effacée : « Ceux qui ont des oreilles chrétiennes entendent bien ce langage, et la charité leur dit dans le cœur quelle est la véritable droiture. >
naces, VOUS donnez la crainte : que faites-vous pour son équité ? L'aimez-vous, ne l'aimez-vous [pas] ? La regardez-vous avec plaisir ou avec une secrète aversion, ou avec froideur et indifférence ? Que sont devenus vos premiers (') désirs, vos premières inclinations ? La crainte n'arrache pas un désir, elle en empêche l'effet, elle l'empêche de se montrer, de lever la tête; elle restreint (^) les branches,mais non la racine. Elle contraint, elle bride, elle étouffe, elle supprime ; mais elle ne change pas. Le fond du désir demeure; je ne sais quoi qui voudrait, ou que la loi ne fût pas, ou qu'elle ne fût pas si droite, ni si rude, ni si précise ; ou que celui qui l'a établie fût moins fort ou moins clairvoyant. — Mais cette intention ne se montre pas. — Vous n'entendez donc pas quel secret venin coule dans les branches, quand la racine de l'intention n'est pas ôtée, quand le fond de la volonté n'est pas changé (^) ? Je sais qu'il y a de la différence entre la crainte des hommes et celle qu'on a d'un Dieu vengeur; que comme on peut espérer de tromper les hommes, et qu'on sait qu'on leur peut du moins soustraire le cœur, la crainte est plus pénétrante sous les yeux de Dieu. Mais comme elle est toujours crainte, elle ne peut agir contre sa nature ; elle ne peut attirer, ni gagner, ni par conséquent arracher à fond les inclinations corrompues.
Si fallere passes^ quid non fecisses? Ergo et concupiscentiain \hia?n^ 7nalam non ainoi' tollit, sed timo7' premit (^). — Non, je ne le ferais pas. — Qui vous en empêcherait ? Ce ne serait pas la crainte, car nous supposons qu'on ne vous voit pas; ce serait donc quelque attrait interne, quelque bien caché, quelque plaisir innocent et chaste...
Faites donc, mes frères, vos sentiers droits. Un commencement de dilection : Diligere incipitint..., ac pr opter ea nioventur adversMS peccata per odium aliqiwd ac detestatione77i (^'). C'est le motif de votre haine, c'est de ce commencement
a. s. Aug., Ser7n. CLXix, n. 8. — Ms. De Verb. Apost.^ XV (ordre ancien). — b. Concil. Trid., Sess. \'I, cap. vi, de Justifie.