Var. si considérables
traires ('). Prince téméraire et malavisé, que ne peut-il découvrir de loin les renversements étranges que fera un jour dans son État le mépris de l'autorité ecclésiastique, et les excès inouïs où les peuples seront emportés, quand ils auront secoué ce joug nécessaire (-) ! Mais rien ne peut arrêter ses emportements {'). Les mauvais conseils ont prévalu, et c'est en vain que l'on s'y oppose : il a tout fait fléchir à sa volonté, et il n'y a plus que le saint archevêque de Cantorbéry qu'il n'a pu encore ni corrompre par ses caresses, ni abattre par ses menaces.
A la vérité il met sa constance à des épreuves bien dures. Qu'on le dépouille, qu'on le déshonore, qu'on le bannisse, il s'en réjouit : mais pourquoi ruiner les siens ? C'est ce qui lui perce le cœur. Il n'y a rien de plus insensible ni de plus sensible tout à la fois que la charité véritable. Insensible à ses propres maux, et en cela directement contraire à l'amour-propre, elle a une extrême sensibilité pour les maux des autres. Aussi le grand Apôtre, très peu touché de tout ce qui le regardait, disait aux fidèles : « J'ai appris à me contenter de l'état où je me trouve ; je sais vivre pauvrement, je sais vivre dans l'abondance ; j'ai été instruit en toutes choses et en toutes rencontres à être bien traité et à souffrir la faim, à être dans l'abondance et à être dans l'indigence : » Scio et humilia^'i, scio et abzindare ; tcbiqtce et ïn ûimiibus institutics sum, et satiari et estcrire, et abundare et pcnuriain pati (^). Et cependant cet homme tout céleste, si indifférent, si dur pour lui-même, ressent le contrecoup de tous les maux, de toutes les peines que peut souffrir le moindre des fidèles : « Qui est faible, s'écrie-t-il, sans que je le sois avec lui .-^ Qui est scandalisé sans que je brûle ^. » Quis infirniatîir, et ego non infirmor ? quis scandalisattcr, et ego non uror(^) ? Sa tendresse pour ses frères est si grande, qu'il ne peut les voir dans les larmes et dans l'affliction
a. Philip.^ IV, 12. — b. II Cor., XI, 29.