Edit. qu'elle n'en réprime
mauvaises ; il y a des vices que nous honorons ; il y a de fausses vaillances qui ont leur couronne, et de fausses libéralités que le monde ne laisse pas d'admirer ('). Enfin nous mettons de l'honneur dans des choses bonnes ; autrement la vertu ne serait pas honorée (^). Voilà, messieurs, l'honneur attaché à toute sorte de choses. Qui ne serait surpris (5) de cette bizarrerie ? Mais si nous savons entendre le naturel de l'esprit humain, nous demeurerons convaincus qu'il ne pouvait pas en arriver d'une autre sorte. Car comme l'honneur est un jugement que les hommes portent sur le prix et la valeur de certaines choses, parce que notre jugement est faible, il ne faut pas trouver étrange s'il est ébloui par des choses vaines ; parce que notre jugement est dépravé, il était (^) impossible qu'il ne s'égarât jusqu'à en approuver beaucoup de mauvaises ; et parce qu'il n'est ni tout à fait faible, ni tout à fait dépravé, il fallait bien nécessairement qu'il en estimât beaucoup de très bonnes. Toutefois encore y a-t-il ce vice dans l'estime que nous avons pour les bonnes choses, que cette même dépravation et cette même faiblesse de notre jugement fait que nous ne craignons pas de nous en attribuer tout l'honneur, au lieu de le donner tout entier à Dieu, qui est l'auteur de tout bien. Ainsi, pour rendre à l'honneur son usage véritable, nous devons apprendre, messieurs, à chercher dans les choses que nous estimons premièrement du prix et de la valeur, et par là les choses vaines seront décriées ; secondement la conformité avec la raison, et par là les vices perdront leur crédit; troisièmement l'ordre nécessaire, et par là les biens véritables seront tellement honorés, que la gloire en sera toute rapportée à Dieu, qui en est le premier principe. C'esi le partage de ce discours, et le sujet de vos attentions.