‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 456 sur 573 · L'orateur s'adresse au duc et à la duchesse d'Orléans · texte numérisé non relu

L'orateur s'adresse au duc et à la duchesse d'Orléans

Sermons de Bossuet. — V. 34

sans cesse à l'union de deux rois qui vous sont si proches, et de qui la puissance et la vertu peuvent faire le destin de toute l'Europe.

Monseigneur, ce n'est plus seulement par cette vaillante main et par ce grand cœur que vous acquerrez de la gloire. Dans le calme d'une profonde paix, vous aurez des moyens de vous signaler ; et vous pouvez servir l'Etat sans l'alarmer, comme vous avez fait tant de fois, en exposant^ au milieu des plus grands hasards de la guerre une vie aussi précieuse et aussi nécessaire que la vôtre. Ce service, Monseigneur, n'est pas le seul qu'on attend de vous ; et l'on peut tout espérer d'un prince que la sagesse conseille, que la valeur anime, et que la justice accompagne dans toutes ses actions ('). Mais où m'emporte mon zèle, si loin de mon triste sujet ? Je m'arrête à considérer les vertus de Philippe, et je ne songe pas que je vous dois l'histoire des malheurs de Henriette.

J'avoue, en la commençant, que je sens plus que jamais la difficulté de mon entreprise. Quand j'envisage de près les infortunes inouïes d'une si grande reine, je ne trouve plus de paroles ; et mon esprit, rebuté de tant d'indignes traitements qu'on a faits à la majesté et à la vertu, ne se résoudrait jamais à se jeter parmi tant d'horreurs, si la constance admirable avec laquelle cette princesse a soutenu ses calamités, ne surpassait de bien loin les crimes qui les ont causées. Mais en même temps, chrétiens, un autre soin me travaille. Ce n'est pas un ouvrage humain que je médite. Je ne suis pas ici un historien qui doive vous développer le secret des cabinets, ni l'ordre des batailles, ni les intérêts des partis : il faut que je m'élève au-dessus de l'homme, pour faire trembler toute créature sous les jugements de Dieu. « J'entrerai, avec David, dans les puissances du Seigneur ('') ; » et j'ai à vous faire voir les merveilles de sa main et de ses conseils ; conseils de juste vengeance sur l'Angleterre; conseils de miséricorde

1 . Ce prince se fit bientôt une tout autre réputation. On a fait remarquer la banalité de cette louange officielle. « Il y a en pareil cas, dit M. Jacquiriet, dans la franche banalité une sorte de convenance. > Dans ce prince médiocre on ne conteste pas du moins la bravoure. Déjà il en avait donné des preuves, en 1667, dans la campagne de Flandre.

2. ho. \2iX\n tnno\.t: Introibo iftpotetttias Do?mni.{V s., h'K.X, 15.)

DE HENRIETTF: de FRANCE. 53 I

pour le salut de la reine ; mais conseils marqués par le doigt de Dieu, dont l'empreinte est si vive et si manifeste dans les événements que j'ai à traiter, qu'on ne peut résister à cette lumière.

Quelque haut qu'on puisse remonter, pour rechercher dans les histoires les exemples des grandes mutations, on trouve (') que jusques ici elles sont causées, ou par la mollesse, ou par la violence des princes. En effet, quand les princes, négligeant de connaître leurs affaires et leurs armées, ne travaillent qu'à la chasse (^), comme disait cet historien, n'ont de gloire que pour le luxe, ni d'esprit que pour inventer des plaisirs ; ou quand, emportés par leur humeur violente, ils ne gardent plus ni lois ni mesures, et qu'ils ôtent les égards et la crainte aux hommes, en faisant que les maux qu'ils souffrent leur paraissent plus insupportables que ceux qu'ils prévoient : alors ou la licence excessive, ou la patience poussée à l'extrémité, menacent terriblement les maisons régnantes.

Charles I^^ roi d'Angleterre (^), était juste, modéré, magnanime, très instruit de ses affaires et des moyens de régner. Jamais prince ne fut plus capable de rendre la royauté, nonseulement vénérable et sainte, mais encore aimable et chère à ses peuples. Que lui peut-on reprocher, sinon la (^) clémence. Je veux bien avouer de lui ce qu'un auteur célèbre a dit de César, « qu'il a été clément jusqu'à être obligé de s'en repentir : » Cœsari proprium et peculiare sit clementiœ insigne^ qua usque ad pœnitentiam omnes superavit ('').Que ce sojt donc là, si l'on veut, l'illustre défaut de Charles, aussi bien que de

a. Plin., Hist. Nat.^ lib. VII, cap. 25.

1. Edit. Jacqiiinet : on trouvera. — Oti trouve^ texte de 1671, de 1689, de Deforis, etc., n'est pas donné, même en variante.

2. En note, renvoi à Ouinte-Curce (sur les rois Indiens) : Venatus tnaxifnus laborest. (Lib. VIII, 9.)^

3. Les historiens, même en dehors de « ceux qui veulent croire que tout est faible dans les malheureux et dans les vaincus, » ont jugé ce roi moins favorablement que ne le fait Bpssuet. Ses réelles qualités se démentaient quelquefois. M. Jacquinet indique une page de Macaulay {Histoire (V Angleterre^ I, 103), où il est convaincu de duplicité. Mais à l'époque de cette oraison funèbre l'opinion se prononçait en faveur de sa mémoire, non seulement en France, mais en Angleterre même, où le trône avait été rendu h son fils.

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