Édit. et parce que
Sermons de Bossuet. — V. ±
dans les passions, riches et véritables ornements de la nature raisonnable, quand est-ce que nous apprendrons à vous estimer ? Mais laissons les beaux esprits dans leurs disputes de mots, dans leur commerce de louanges qu'ils se vendent les uns aux autres à pareil prix, et dans leurs cabales tyranniques, qui veulent usurper l'empire de la réputation et des lettres. Je voudrais n'avoir que ces plaintes, je ne les porterais pas dans cette chaire. Mais dois-je dissimuler leurs délicatesses et leurs jalousies ? Leurs ouvrages leur semblent sacrés : y reprendre seulement un mot, c'est leur faire une blessure mortelle. C'est là que la vanité, qui semble naturellement n'être qu'enjouée, devient cruelle et impitoyable. La satire sort bientôt des premières bornes, et d'une guerre de mots elle passe (') à des accusations outrageuses contre les mœurs et les personnes. Là on ne regarde plus combien les traits sont envenimés, pourvu qu'ils soient lancés avec art ; ni combien les plaies sont mortelles (^), pourvu que les morsures soient ingénieuses {^) : tant il est vrai, chrétiens, que la vanité corrompt tout, jusqu'aux exercices les plus innocents de l'esprit, et ne laisse rien d'entier dans la vie humaine.
DEUXIÈME POINT
Elle ne se contente pas (^) de donner aux crimes des ouvertures favorables, elle les autorise publiquement, et entreprend de les mettre en honneur par des maximes ruineuses à la pureté des mœurs. Il me semble que vous vous élevez ici contre moi, et que vous me dites que jamais il ne sera véritable que les crimes soient en honneur, puisque nous les voyons au contraire et détestés et proscrits par une commune sentence du genre humain. Et certes les ch.oses
1. ÉdiL à des libelles diffamatoires. — Addition interlinéaire, que l'auteur a ensuite écartée, en la soulignant.