‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 49 sur 573 · E^m. à l'honneur. — Retranché · texte numérisé non relu

E^m. à l'honneur. — Retranché

3. Correctio7i de 1669 : <i * soient faites dhiiie manière ingénieuse. > — Du reste l'ancienne rédaction a été récrite sans changement, en 1669, au bas de la p. 12, afin de pouvoir détacher du manuscrit les deux derniers points (p. 13-26), sans tronquer le premier, qui s'achevait au haut de la p. 13.

4. Cette transition est placée par l'auteur au début du second point, et par les éditeurs à la fin du premier.

humaines ne sont pas encore si désespérées, que les vices qui ne sont que vices, qui montrent toute leur laideur sans aucune teinture d'honnêteté, soient honorés dans le monde. Les vices que le monde couronne (') sont des vices spécieux, qui ont quelque mélange de la vertu. L'honneur, qui est destiné pour la suivre et pour la servir, sait de quelle sorte elle s'habille, et lui dérobe quelques-uns de ses ornements, pour en parer le vice, qu'il veut établir et mettre en crédit dans le monde. Pourquoi introduit-on ce mélange ? pourquoi tâche-t-on de donner au vice cette couleur empruntée (^) ? C'est ce qu'il nous faut expliquer, et développer à fond, s'il se peut, ce mystère d'iniquité.

Pour cela, il est nécessaire de philosopher en peu de mots de la nature du mal. Mais je m'abuse d'abord, et il est vrai que le mal n'a point de nature ni de subsistance. Car qui ne sait qu'il n'est autre chose qu'une simple privation, un éloignement de la loi, une perte de la raison et de la droiture ? Ce n'est donc pas une nature, mais plutôt la dépravation, la ruine et la corruption de la nature (^). De cette vérité, qui est si connue, le docte saint Jean Chrysostome en a tiré cette conséquence. Comme le mal, dit ce grand évêque (''), n'a point de nature ni de subsistance en lui-même, il s'ensuit qu'il ne peut pas subsister tout seul ; de sorte que, s'il n'est soutenu par quelque mélange de bien, il se détruit par son propre excès {*). Qu'unhomme veuille tromper tout le monde, il ne trompera personne. Qu'un voleur tue ses compagnons aussi bien que les passants, tous le fuiront également comme une bête farouche. De tels vicieux (^) n'ont pas de crédit : il

a. Homil. II in Acta.

1. Note niarcrùiale^ plus récente (1669), anticipe'e d'un feuillet sur l'autre par distraction : « * Ne sont pas de ces vicieux abandonnés... > Voy. n. 5.

2. Correctio7i (1669) • « * De quelle sorte cela se fait, quoique la chose soit assez connue par expérience, je veux le rechercher jusqu'à l'origine et développer tout au long ce mystère d'iniquité. »

3. Remanié ainsi par l'auteur. — Édit. mais plutôt la maladie, la corruption, la ruine de la nature.

4. Edit. il se détruira lui-même par... — Toujours la même obstination à maintenir les lettres et les mots que Bossuet efface.

5. Note marginale^ ajoutée en 1669, mais apposée par erreur sur le feuillet précédent : « "^ ne sont pas de ces vicieux abandonnés à toute sorte d'infamies : un Acbab, une Jézabel dans l'Histoire sainte ; un Néron, un Domitien, dans les

faut un peu de mélange. Mais aussi, si peu qu'on prenne de soin de mêler avec le vice quelque teinture de vertu, il pourra, sans trop (') se cacher et presque sans se contraindre, paraître avec honneur dans le monde. Par exemple, est-il rien de plus injuste que de verser le sang humain pour des injures particulières, et d'ôter par un même attentat un citoyen à sa patrie, un serviteur à son roi, un enfant à l'Eglise, et une âme à Dieu, qu'il a rachetée de son sang ? Et toutefois depuis que les hommes ont mêlé quelque couleur de vertu à ces actions sanguinaires, l'honneur s'y est attaché avec une attache si opiniâtre (^), que ni les anathèmes de l'Eglise, ni les lois sévères du prince, ni sa fermeté invincible, ni la justice rigoureuse d'un Dieu vengeur, ne peuvent (^) venir à bout de l'en arracher.

Il n'est rien de plus odieux que les concussions et les rapines : et toutefois ceux qui ont su s'en servir pour faire une belle dépense, qui paraît libéralité et qui est une damnable injustice, ont presque effacé toute cette honte dans le sentiment du vulgaire (^). L'impudicité même,c'est-à-dire la honte même, que l'on appelle brutalité quand elle court ouvertement à la débauche, si peu qu'elle s'étudie à se couvrir de

histoires profanes. Leur attirer de la gloire, réconcilier l'honneur avec eux, c'est une chose impossible. Mais aussi, si peu qu'on prenne de soin de mêler avec le vice quelque couleur de vertu, il pourra, sans trop se cacher et presque sans se contraindre, paraître {var. vivre) avec honneur parmi les hommes. »

1. Edit. sans trop se cacher. — Adverbe souligné, avec intention de le supprimer. Repris toutefois en 1669. Voy. note précédente.

2. Première rédactio7i : appliqué avec une attache si opiniâtre... — Troisième re'daction : arrêté... (supprimée pour revenir à la seconde). — Une surcharge : « d^u7ie manière^ >> étant elle-même soulignée, il faut lire définitivement : « s'y est attaché avec une attache si opiniâtre, que... >

3. Correction (1669 : * n'ont pas assez de force pour (l'en arracher). — Edit. n'ont point assez de force pour venir à bout de l'en arracher.

4. Addition 7narginale de 1669, que les anciens éditeurs plaçaient dans le texte, bien qu'elle formât redite avec la fin du i^"" point ; Lâchât la renvoie avec raison dans les notes : €* Est-il rien de plus haïssable que la médisance, qui déchire impitoyablement la réputation du prochain '^. Toutefois faites-la paraître franchise de naturel qui dit ce qu'il pense, ou, sans faire tant de façon, qu'on la débite avec esprit, en sorte qu'elle divertisse, car c'est une grande vertu dans le monde que de savoir divertir {var. Mais si peu qu'on l'appelle franchise et liberté, ou qu'on la débite...), on ne regarde plus combien les traits sont envenimés, il suffit qu'ils soient lancés avec art; ni combien les plaies sont mortelles, pourvu que les morsures soient ingénieuses. »

belles couleurs de fidélité, de discrétion ('), de persévérance, ne va-t-elle pas la tête levée, ne semble-t-elle pas digne des héros ? ne perd-elle pas son nom d'impudicité, pour prendre celui de galanterie ; et n'avons-nous pas vu le monde poli traiter de sauvages et de rustiques ceux qui n'avaient point de telles attaches ? Il est donc vrai, chrétiens, que le moindre mélange de vertu trompeuse concilie de l'honneur au vice : et il ne faut pas pour cela beaucoup d'industrie ('). Ceux qui ne se connaissent pas en pierreries sont trompés {^) par le moindre éclat, et le monde se connaît si peu en vertu (^) que souvent la moindre apparence éblouit sa vue. C'est pourquoi il ne s'agit presque plus parmi les hommes d'éviter les vices, il s'agit seulement de trouver des noms {'=) et des prétextes honnêtes. Ainsi le nom et la dignité d'homme de bien se soutient plus par esprit et par industrie que par probité et par vertu ; et Ton est en effet assez vertueux et assez réglé pour le monde, quand on a l'adresse de se ménager et l'invention de se couvrir.

Mais Dieu, protecteur de la vertu, ne souffrira pas longtemps que le vice se fasse honorer sous cette apparence. Bientôt il découvrira toute sa laideur et ne lui laissera que sa seule honte. C'est de quoi lui-même se glorifie par la bouche de son prophète : Discooperui Esau, revelavi abscondita ejiis, et celari non poterit i^) : «J'ai découvert Esaû, » j'ai dépouillé cet homme du monde de ces vains prétextes dans lesquels il s'enveloppait ; «j'ai manifesté toute sa honte, et il ne peut plus se cacher. » Car dans ce règne de la vérité et dé la justice on ne se payera point de prétextes, on ne prendra point le nom pour la chose ni la couleur pour Ja vérité. Tous les tours, toutes les souplesses, toutes les habiletés de l'esprit, ne seront plus capable[s] de rien diminuer de la honte d'une mauvaise action ; et tout l'honneur que votre adresse vous

a. Jerem.^ XLIX, 10,

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