SERMON SUR LES RECHUTES
-*^ 22 décembre 1669.
Nous ne doutons pas qu'une œuvre nouvelle n'ait été composée pour le IV^ dimanche (^). Elle a dû l'être avec beaucoup de soin, à en juger par six petites pages autographes, qui subsistent encore. Peut-être ce sermon a-t-il servi à défrayer l'éloquence de l'évêque de Troyes, neveu de Bossuet. Il est difficile de s'expliquer pourquoi ces pages sont les seules qui aient été conservées. Elles ne présentent un sens complet ni au commencement ni à la fin. Les chiffres dont elles sont marquées (45-50) indiquent qu'elles se rapportent à la dernière partie du discours. Une note (3) annexée au manuscrit nous apprend que Deforis les a envoyées en 1769 à un de ses collaborateurs. C'est donc avant cette date que l'œuvre avait été mutilée et presque détruite, soit à dessein, soit accidentellement. Le présent fragment se trouve dans les éditions à la fin du sermon de 1660 sur les Rechutes, au III^ dimanche du Carême des Minimes.
[ T T N fruit commence] par être vert (^), et sa crudité l^ offense le goût; mais il faut qu'il vienne à la maturité: ainsi le pécheur qui se convertit peut demeurer quelque temps infirme et fragile ; et les fruits de la pénitence, quoique encore amers et désagréables, ne laissent pas d'être supportés par l'espérance qu'ils donnent de maturité. Mais que jamais nous ne soyons mûrs, c'est-à-dire, jamais fermes, ni jamais constants ; que jamais nous ne produisions
1. Mss.y 12822, f. 242-246. — In-4°, avec moitié de marge. Le sermon de 1660, où on a intercalé ces pages, était in-f°, sans marge, comme tous ceux de la même
date.
2. La prédication de ce jour est mentionnée dans la Gazette. Le roi et la reine y assistèrent. De même Monsieur et Madaine, qui suivirent assidûment cette station.
3. <k Feuillets détachés de quelque sermon, que D. Deforis m'a envoyés, ce 6 mars 1769 : Sur la stabilité d'une vraie conversion. » — Cette note est probablement de la main de dom Coniac.
4. Le 3^ point du sermon de Pâques, 1681, contiendra une nouvelle exposition de ces pensées. Un feuillet détaché de ce sermon a été joint à ceux-ci.
SUR LES RECIÎUTES. 6 ^ ^î
ces dignes fruits de pénitence tant recommandés dans l'Evangile, c'est-à-dire, une conversion durable et constante; que notre vie toujours partagée entre la vertu et le crime ne prenne jamais un parti de bonne foi, ou plutôt qu'en ne gardant plus que le seul nom de vertu elle prenne le parti du crime, et le fasse régner en nous malgré les sacrements tant de fois reçus (') : c'est un monstre dans la doctrine des mœurs.
Faites-moi venir un philosophe, un Socrate, un Pythagore, un Platon ; il vous dira que la vertu ne consiste pas dans un sentiment passager, mais que c'est une habitude constante et un état permanent. Que nous ayons une moindre idée de la vertu chrétienne, et qu'à cause que Jésus-Christ nous a ouvert dans ses sacrements une source inépuisable pour laver nos crimes, plus aveugles que les philosophes qui ont cherché la stabilité dans la vertu, nous croyions être chrétiens lorsque nous passons notre vie dans une perpétuelle inconstance ; aujourd'hui dans le bain de la pénitence, et demain dans nos premières ordures ; aujourd'hui à la sainte table avec Jésus- Christ, et demain avec Bélial et dans toutes les corruptions du monde : peut-on faire un plus grand outrage au christianisme ?
Ce n'est pas ainsi que nos pères nous ont parlé des rechutes. Un saint concile d'Espagne dit que la rechute fait un jeu profane et un sacrilège amusement de la communion(''). Un ancien Père nous dit que retomber dans le crime auquel on a renoncé, c'est se repentir de sa pénitence, c'est condamner Jésus-Christ avec connaissance de cause et après l'avoir goûté, c'est le sacrifier à ses passions, et faire satisfaction au démon de ce qu'on avait osé secouer son joug détestable {^).
Mais, quelque véhéments que soient les saints Pères à nous exprimer l'horreur des rechutes, rien n'égale les expressions des apôtres. Saint Paul dit que retomber dans les premiers crimes, c'est affliger le Saint-Esprit (f) : et avec
a. ConciL Eliberit.^ can. XLVii {Labb.^ t. I, col. 975). — b. Tertull., De Pœnit.^ n. 5. — c. Ephes.^ iv, 30.