I. Var. que nous fréquentons
raison ; car on le contraint, contre sa nature, à quitter la demeure qu'il voulait garder, et d'où chassé une fois il ne reviendra qu'avec répugnance : c'est crucifier Jésus-Christ encore une fois (''), fouler aux pieds son sang répandu pour nous, et renouveler toutes les sanglantes railleries dont les Juifs l'ont persécuté dans son agonie : car en effet c'est lui reprocher qu'il ne peut pas conserver une âme qu'il a acquise, ni descendre de la croix où le pécheur le va mettre, ni soutenir sa victoire contre le démon. Le même saint Paul ajoute que la terre qui a été cultivée et qui a reçu la pluie du ciel, c'est-à-dire, une âme renouvelée par les sacrements et arrosée de la grâce, qui malgré cette culture sacrée ne produit que de mauvais fruits, est maudite et réprouvée {^).
Saint Pierre sera-t-il moins fort ? Écoutez-le. Vous déplorez, et avec raison, la misère des nations infidèles, qui, n'ayant jamais connu Dieu, ni les mystères de son royaume, périssent dans leur ignorance ; mais saint Pierre vous dit qu'il vaudrait mieux n'avoir jamais connu la voie de justice, que de se retirer de la sainte loi dont on a connu l'équité : car c'est justement, poursuit cet apôtre, ce qui est dit dans les Proverbes : Canis rêver sus ad stiU7n vomituui (^). Si je traduis ces paroles, je ferai horreur à vos sens ; si je vous dis que, selon saint Pierre, le pénitent qui retombe dans ses premiers crimes, c'est un chien qui reprend ce qu'il a jeté, vos oreilles délicates seront offensées : et néanmoins nous ne craignons pas quelque chose de plus horrible : c'est de reprendre nos voies corrompues et de ravaler le poison qu'un remède salutaire nous avait ôté, afin qu'il achève de nous perdre et de déchirer nos entrailles !
Mais que dit le Fils de Dieu lui-même, lui qui, trouvant dans sa parabole l'arbre cultivé, et n'y voyant point paraître de fruit, prononce qu'il n'est plus bon que pour le feu ('^) ; qui nous montre le démon chassé, plus fort quand il a repris sa première place (') : plus fort en nombre, sept pour un ; plus fort en malice, « plus malins que lui ; » plus fort en stabilité, « et il demeure ; » et l'état du pécheur toujours
a. Hebr., vi, 6. — b. Ibid., 7, 8. — c. II Petr., 11, 21. — d. Luc, xni, 6, 7. — c, Ibid., XI, 26.