‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 55 sur 573 · Var. qu'il renverse les entreprises des princes · texte numérisé non relu

Var. qu'il renverse les entreprises des princes

grands {^), » et qu'il est « terrible en conseils par dessus les enfants des hommes (^). » C'est lui qui élève ; c'est lui qui abaisse ; c'est lui qui donne la gloire, c'est lui qui la change en ignominie. C'est lui qui prend Cyrus par la main, dit le prophète Isaïe (''), qui fait marcher la terreur devant lui (') et la victoire à sa suite, qui le mène triomphant par toute la terre,'et qui abaisse à ses pieds toutes les puissances du monde. C'est lui-même qui, au moment ordonné, arrête toutes ses conquêtes et le précipite du haut de cette superbe grandeur par une sanglante défaite (').

Tremblons donc sous sa main suprême, et mettons en lui seul toute notre gloire. La gloire que les hommes donnent n'a ni fondement ni consistance. Qu'y a-t-il de plus variable, puisqu'elle s'attache aux événements et change avec la fortune ? C'est pourquoi je souhaite à notre grand roi quelque chose de plus solide. Sire, je désire {') d'une ardeur immense de voir croître par tout l'univers cette haute réputation de vos armes et de vos conseils ; et si ma voix se peut faire entendre parmi ces glorieuses acclamations, j'en augmenterai le bruit avec joie. Mais méditant en moi-même la vanité des choses humaines, qu'il est si digne de votre grande âme d'avoir toujours devant les yeux, je souhaite à votre Majesté un éclat plus digne d'un roi chrétien que celui de la renommée, une immortalité plus assurée que celle que promet l'histoire à votre sage conduite, enfin une gloire mieux établie que celle que le monde admire : c'est celle de l'éternité avec le Père, le Fils, et le Saint-Esprit. ^w^«.

a. Ps.^ XXXII, lo. —b. Ibid., Lxv, 5. — c.Is., i.xv, i, 2.

1. Édit. devant sa face. — Deux mots soulignés, et remplacés au manuscrit.

2. Bossuet supprime ici d'autres exemples, que les éditeurs n'ont garde de laisser perdre. Leur zèle serait louable, s'ils les donnaient en note, et non dans le texte même : « C'est lui qui fait frapper par son ange un Hérode, pour n'avoir pas donné gloire à Dieu {Act.^ xn, 23) ; qui renverse {yar. confond) un Xicanor par une poignée de gens <<. qu'il regardait comme rien, » quos niillos cxistimaverat^ comme dit le texte sacré (II Machab., vni, 35) ; qui confond un Anîiochus avec son armée, par laquelle il croyait pouvoir dominer aux flots de la mer : Qui sibi videbatiir etiaui fiuctibus viaris ùnperare (^Ibid., IX, 8). Et quand aurais-je fini, si j'entreprenais de vous raconter toutes les victoires de ce triomphateur en Israël et de ce monarque du monde .^ »

3. Première rédaction (raturée) : € Sire, je puis bien dire devant ces autels que j'ai un cœur tout français et entièrement dévoué à la gloire de votre règne. Ainsi je verrai... »

^ :^ ;j^ :.^^& :.^ :.0^ .^ :.^ .^^ :^ :^ :iS^ :^^ :^^ ^^^ ^^. ^

EXORDE d'un sermon pour la

jeudi, 25 mars 1666.

La prédication de ce jour dut remplacer par anticipation celle du lendemain, vendredi. Bossuet semble avoir improvisé sur un mystère fondamental de la religion dont la méditation lui était familière. Il se borna à écrire l'exorde suivant. Nous y lisons une promesse de « n'être pas long, » qui vient sans doute de ce qu'il y avait eu sermon la veille.

At ubi venit pienittido temports, misit Deus Filùini suum, factum ex inidiere.

Le temps étant accompli (^), Dieu a envoyé son Fils, fait d'une femme.

{Galat., IV, 4.)

COMME Dieu est riche en bonté (^), il est magnifique en présents. Il a aimé le genre humain, et son amour libéral s'est signalé par ses dons. Mais un Dieu ne doit rien donner qui ne soit digne de lui; c'est pourquoi il a résolu de ne nous rien donner de moins que lui-même (^). C'est ce qui fait voir aujourd'hui au monde cette merveille inouïe, ce miracle incompréhensible, et qui étonne toute la nature, im Dieu fait homme ; et l'Apôtre nous représente cet excès d'amour par les premiers mots de mon texte : « Dieu a envoyé son Fils : » Misit Deus Filitcm suum.

Mais, messieurs, il ne suffit pas qu'un Dieu se donne ; il faut encore qu'on le reçoive, sans quoi (^) le don serait

Page 1